Cosmétiques : apprendre à décrypter les étiquettes

Cosmétiques : apprendre à décrypter les étiquettes

Parabens, sels d’aluminium, phtalates… A moins d’être diplômé en chimie, savoir réellement ce que contiennent nos cosmétiques et s’ils sont dangereux pour notre santé relève du casse-tête. Comment identifier les substances nocives ? Quelles sont les alternatives possibles ? Le point avec Valérie Domeneghetty, référente santé-environnement au WECF.

Cancer, baisse de la fertilité, Alzheimer… Et si nos produits de beauté nous empoisonnaient ? La question est d’autant plus légitime que les polémiques se succèdent depuis plusieurs années : autour des parabens, d’abord, mais aussi des sels d’aluminium, du phénoxyéthanol, des phtalates… Des noms barbares réservés jusque-là aux chimistes, que nous sommes bien obligés aujourd’hui de connaître pour y voir plus clair dans notre trousse beauté.

Les produits à surveiller de près

–      Les colorations pour cheveux : « Ne serait-ce que parce qu’elles sont faites pour durer plusieurs semaines ! Sans compter les brûlures et les démangeaisons qu’elles peuvent occasionner. » Picotements, impression de chaleur… Et si nos sensations redevenaient notre premier indicateur ?

–      Les crèmes de soin, pour le visage ou le corps : Parce qu’on les garde toute la journée et qu’elles sont conçues, justement, pour être bien absorbées par la peau.  « Elles pénètrent tellement, d’ailleurs, que certaines réussissent à traverser la barrière transcutanée et à passer dans le sang. N’oublions pas que, par sa surface, la peau est un espace d’intoxication important. »

–      Le dentifrice : « Parce qu’on en avale, qu’on le veuille ou non, et que les muqueuses de la bouche sont particulièrement sensibles ! » De quoi redoubler de vigilance pour nos enfants qui en avalent d’autant plus volontiers que ceux qui leur sont destinés ont un goût de bonbon…

–      Le vernis à ongle : « Ils sont conçus pour tenir le plus longtemps possible. Sans oublier le recours au dissolvant pour le retirer. » Notre nez ne nous avait-il pas mis en garde ?

–      Le déodorant : Car lui aussi, on le garde toute la journée, tous les jours… « Il faut également savoir qu’une peau irritée, comme celle laissée par les rasages ou les épilations, laisse passer six fois plus de substances ! »

Les substances à éviter

PEG et PPG, ammonium et sodium, suffixes en –eth et en –one… « Il faudrait être un chimiste aguerri pour décrypter parfaitement l’ensemble des composants utilisés en cosmétique, reconnaît Valérie Domeneghetty. Pour le commun des mortels, c’est tout bonnement impossible. En revanche, on peut apprendre à discerner ceux dont on sait qu’ils peuvent être dangereux ».

–      Les sels d’aluminium et les chlorates d’aluminium (sels d’aluminium synthétiques) : « Le lien n’a pas été formellement prouvé mais ils sont suspectés d’avoir un rôle dans des maladies de type Alzheimer et des cancers, notamment du sein. »

Où les trouve-t-on ? Dans les déodorants, pour leur effet bactéricide et anti-transpirant.

L’alternative : la pierre d’alun naturelle. Elle supprime les bactéries responsables des mauvaises odeurs mais contrairement aux sels d’aluminium, elle ne bloque pas la transpiration. Comment la reconnaître ? Le seul ingrédient doit être du potassium alum.

–      Le triclosan : « C’est un antibactérien qui a la particularité d’être persistant dans l’environnement. On en a déjà retrouvé dans des poissons et même du lait maternel. Le problème, c’est qu’il développe une résistance aux antibiotiques.

Où le trouve-t-on ?Dans certains dentifrices, mais aussi dans la maison, dans les planches à découper en plastique et les oreillers antibactériens.

L’alternative : le dentifrice bio, garanti sans triclosan ! »

–      Les parabens : « Ces conservateurs sont fortement suspectés d’être des perturbateurs endocriniens. Au fil des études, leur nocivité est revue en permanence. Résultat : la législation les concernant évolue sans cesse et diffère d’un pays à l’autre. En France, ils ne sont pas interdits dans les cosmétiques s’ils respectent certaines doses ». Certaines marques de cosmétiques ont recours au phénoxyéthanol comme conservateur. « Mais ce composant, qui permet avant tout de favoriser le mélange des ingrédients, est très allergisant, irritant. »

Où le trouve-t-on ? « Dans la grande majorité des produits industriels… »

L’alternative : « Les produits certifiés bio qui ont recours à des conservateurs plus naturels. Mais aussi les cosmétiques maison, que l’on fabrique soi-même sans conservateur, ni de procédé chimique de transformation »

–      La paraffine (paraffinum liquidum et ceresin wax notamment) : « C’est une substance issue des hydrocarbures, notamment des huiles minérales. Elles sont utilisées pour donner du liant aux produits mais elles sont surtout très occlusives. C’est-à-dire qu’elles vont boucher les pores et empêcher l’oxygénation de la peau. Elles sont donc très comédogènes. » (elles peuvent favoriser les boutons)

Où les trouve-t-on ? « Dans les mascaras, les baumes à lèvres, les cires pour cheveux… Tout ce qui ‘colle’.

L’alternative : Les produits bio et de manière générale tous ceux qui font appel à des huiles végétales ou des cires naturelles. »

–      Le Sodium laureth sulfate (SLS) est un tensioactif très courant. « Mais c’est aussi un détergent que l’on retrouve dans nombre de produits d’entretien. Sans surprise, il est aussi décapant pour la peau. »

Où le trouve-t-on ?« Dans des dizaines de produits cosmétiques, notamment dans les shampoings. »

« De manière générale, le suffixe ‘–eth’ est important car il indique que le composé a subi un procédé chimique lourd qui génère des résidus très toxiques (certains sont classés cancérigènes par le Centre International de Recherche sur le Cancer). Ce sont de puissants irritants pour la peau et les poumons, mais ils ne sont pas mentionnés sur les étiquettes car ce sont des résidus, pas des composants ! On peut toutefois repérer leur présence grâce au suffixe ‘–eth’ et par les mentions PEG et PPG ».

–      Les filtres solaires : « Les filtres solaires sont accusés d’être des perturbateurs endocriniens. Ceux qu’il faut absolument éviter : les filtres invisibles car cela signifie qu’ils contiennent beaucoup de nanoparticules. Depuis juillet 2013, celles-ci doivent obligatoirement figurer sur la liste des ingrédients. Mais mieux vaut privilégier les produits solaires ‘blancs’. Tant pis pour les traces ! »

Quelle alternative ? « Les produits solaires bio ne contiennent pas de filtres chimiques. Mais il est également possible de trouver, notamment en pharmacie et parapharmacie, des solaires aux filtres minéraux. »

 

Parmi les autres substances à éviter de préférence, on trouve également :

–      Le formaldéhyde : un dérivé du formol, utilisé comme conservateur. Il est accusé d’être irritant et potentiellement responsable de cancers.

Où le trouve-t-on ? Notamment dans les vernis à ongles car il a un effet durcissant. Il ne doit être mentionné sur la composition qu’au-delà d’une certaine dose.

–      Les phtalates : utilisés comme fixateurs de fragrances et pour adoucir le plastique, ils sont accusés d’être des perturbateurs endocriniens.

Où les trouve-t-on ? Principalement dans les parfums et les vernis à ongles.

Qu’est-ce que WECF ?

WECF (Women in Europe for a Common Future) est un réseau d’associations environnementales féminines qui a pour objectif de créer un environnement sain, notamment en sensibilisant le public aux impacts sur la santé des polluants chimiques de l’habitat. En France, il organise notamment des ateliers participatifs, dont les ateliers Nesting destinés aux parents qui souhaitent créer un environnement intérieur le plus sain possible pour leur enfant. Ils proposent également des rencontres « Ma maison, ma santé » en Province et à Paris, à la Maison de l’Air. Cuisine, ménage, jouets, cosmétiques…

Elyane Vignau

http://www.psychologies.com/

Issam Saidi
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