Des musiciens en aquarium font du bruit dans le monde du silence

Des musiciens en aquarium font du bruit dans le monde du silence
AFP / Jonathan NACKSTRAND Performance en apnée dans un aquarium à Aarhus (Danemark), le 19 avril 2017

Complètement baroques, des musiciens danois plongés en apnée dans des aquariums ont imaginé un concerto sous-marin avec des instruments modifiés pour résonner dans le monde du silence.

La scène du Godsbanen, une salle de spectacle à Aarhus (centre du Danemark), capitale européenne de la culture 2017, ressemble un peu à une ferme piscicole avec son fatras de bacs, de bonbonnes, de tuyaux et d’artefacts rétrofuturistes.

L’un après l’autre, Laila, Robert, Morten, Dea Maria et Nanna s’immergent dans leur baignoire transparente où trempent violons, cymbales, cloches, un cristallophone à pédalier et une sorte de vielle à long cou.

Des hydrophones – micros qui captent la musique dans l’eau – amplifient des ondes évoquant les sifflements ronds des mammifères marins.

Pionnière de la musique aquatique, Laila Skovmand cumule les casquettes de directrice artistique, auteur-compositeur et vocaliste de l’ensemble Aquasonic. Telle une sirène, les lèvres à fleur d’eau, elle produit une envoûtante cantilène.

AFP / Jonathan NACKSTRANDPerformance en apnée dans un aquarium à Aarhus (Danemark), le 19 avril 2017


« Je suis chanteuse de formation et je voulais explorer de nouvelles voies lyriques. Je me suis dit que si je chantais à la surface de l’eau, je pourrais obtenir un autre timbre, quelques réverbérations », explique-t-elle.

La troupe collabore avec des ingénieurs et des facteurs pour inventer des instruments résistants à l’eau, tout en produisant des sons dans le respect des harmonies définies par Laila.

« Il y a beaucoup de limitations musicales. Il y a énormément de choses qu’on ne peut pas jouer à cause de la lutte contre l’eau, la lutte avec le son, mais je pense que ce que donne l’eau, c’est ce timbre spécial qu’on ne peut pas avoir dans l’atmosphère », dit-elle.

– Jean-Michel Jarre au ralenti –

À l’écoute, les compositions s’apparentent plus à des pièces d’accompagnement pour méditation tibétaine qu’à des oeuvres de musique de chambre. On est loin, ici, des « Jeux d’eau » de Maurice Ravel ou du « Piano aquatique » de Luciano Berio.

Si le liquide transporte les sons, il les étouffe aussi et les freine considérablement, un peu comme si l’on jouait du Jean-Michel Jarre au ralenti.

Robert Karlsson, musicien et impresario, est au violon (en fibre de carbone) et au cristallophone, lointain héritier de l’harmonica de verre inventé par Benjamin Franklin.

Nanna Bech officie sur un rotacorda, conçu sur le modèle d’une vielle à roue byzantine. Cet instrument est pourvu de six cordes d’acier à pincer ou à faire vibrer de façon continue selon la technique du « bourdon » propre à la vielle et à la cornemuse.

AFP / Jonathan NACKSTRANDPerformance en apnée dans un aquarium à Aarhus (Danemark), le 19 avril 2017, avant le concert de l’ensemble Aquasonic

« C’est un exemplaire unique au monde – ce qui explique que malheureusement je n’ai pas de professeur… », plaisante Nanna.

Laila joue également de l’hydraulophone, un orgue à eau.

« Nous voulions montrer que l’impossible est possible, faire découvrir une nouvelle dimension dans la musique live », plaide Robert Karlsson.

Aquasonic se produit partout en Europe. Après Rotterdam l’an dernier, ils sont actuellement en tournée au Danemark et participeront en mai au festival Diaghilev de Perm, en Russie.

 

AFP

Samia Fali
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