Agrokor va-t-il entraîner la Croatie et tous les Balkans dans sa chute ?

Agrokor va-t-il entraîner la Croatie et tous les Balkans dans sa chute ?
Photo AFP

Agrokor, c’est le navire amiral du capitalisme croate, un géant de l’agroalimentaire et de la grande distribution qui pèse près de 15 % de l’économie du pays et représente 60 000 emplois directs, dont les deux tiers en Croatie, les autres dans les Etats voisins, notamment en Bosnie-Herzégovine. Agrokor, c’est le second pilier de l’économie nationale, avec le tourisme. C’est aussi une dette évaluée à six milliards d’euros, soit presque autant que le chiffre d’affaires annuel du groupe, une dette principalement détenue par deux banques russes, VTB Banka et Sberbank.

Agrokor, c’est aussi l’aventure et la gestion très personnelle d’Ivica Todoric – considéré comme l’homme le plus riche, le plus puissant, mais aussi le plus discret de Croatie. Fils du directeur d’un combinat agricole de l’époque socialiste, il a bâti sa fortune au début des années 1990, profitant de la guerre et du passage brutal à l’économie de marché pour faire main basse sur l’essentiel du secteur agroalimentaire croate. Sa grande acquisition intervient en 1994 : il s’offre pour 57 millions de marks allemands la chaîne de distribution Unikonzum, rebaptisée Konzum et dont les enseignes sont omniprésentes de la Slovénie au Kosovo.

Parmi les actifs du groupe Agrokor, on trouve aujourd’hui pêle-mêle des vignobles et des salines, le principal distributeur de presse du pays et l’eau minérale la plus consommée de Croatie. Ivica Todoric s’est aussi lancé dans de complexes opérations de rapprochement avec ses « collègues » oligarques de la région qui, eux aussi, ont tous bâti leurs fortunes durant les années de guerre, comme le Serbe Miroslav Miskovic. Mais Agrokor paie la frénésie incontrôlée de rachats et d’acquisitions qui a saisi Ivica Todoric. Depuis plusieurs années, l’entreprise ne trouvait plus à emprunter, hormis des crédits très risqués qui permettent à certaines banques d’avoir désormais la haute main sur l’avenir du groupe.

L’effet d’une bombe

Au début de l’année, l’annonce de la situation de quasi-faillite d’Agrokor a fait l’effet d’une bombe en Croatie. Depuis, les fournisseurs ne sont plus payés, et chacun spécule sur les conséquences que pourrait avoir sa disparition : le fragile secteur agricole croate n’y survivrait sûrement pas. Le gouvernement étudie donc tous les scénarios pour tenter de conjurer le pire, y compris une nationalisation provisoire ou une introduction en Bourse.

La loi votée en urgence par le Sabor (Parlement), le 6 avril, donne une petite bouffée d’oxygène : elle permet à l’Etat d’apporter une aide financière directe au groupe, tandis que des négociations doivent s’ouvrir avec les six principaux créanciers d’Agrokor. La facture risque d’être salée pour les contribuables croates, tandis que la survie définitive du géant dépendra de toute manière de la bonne volonté de Moscou et des banques russes, qui ont une mainmise inédite sur l’économie croate.

 

JEAN-ARNAULT DÉRENS ET LAURENT GESLIN

Source : lalibre.be

Sabrina Lallemand
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