Un mensonge aux 3 minutes

Un mensonge aux 3 minutes
AFP Donald Trump et Hillary Clinton s’affronteront de nouveau en débat les 9 et 19 octobre.

La trentaine de mensonges que Donald Trump a dit en près de 1 h 30 de débat lundi soir aura peu d’impact sur les intentions de vote, estiment des journalistes et spécialistes de la politique américaine.

Tandis que le candidat républicain a pratiquement menti une fois aux trois minutes, la démocrate Hillary Clinton aurait fait quatre fausses affirmations, selon les informations compilées par le Toronto Star.

«Le mensonge a toujours fait partie de la politique, mais de manière compulsive, à ce point-là, c’est du jamais-vu», estime le chercheur en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand, Christophe Cloutier-Roy.

Après ce premier débat présidentiel, Donald Trump n’a donc probablement pas amélioré sa moyenne plutôt déficiente au titre de l’honnêteté. SelonPolitifact, 70 % de ce qu’il dit est soit globalement ou totalement faux.

 

Peu d’impact

Des chroniqueurs et journalistes américains estiment que peu d’électeurs se formalisent des mensonges et des approximations de M. Trump.

«[Il] continuera à désinformer la population, avec la triste, mais juste certitude que plusieurs d’entre nous ne s’intéressent pas aux faits pourvu que nous soyons divertis», écrit le journaliste Neal Garble sur le site de l’émission d’affaires publiques américaine Moyers & Company.

L’impunité avec laquelle Trump ment aux électeurs est «alarmante non seulement pour cette élection, mais aussi pour le futur de la démocratie» affirmait pour sa part le commentateur politique Gabriel Schoenfeld sur le site du USA Today la semaine dernière.

Un avis partagé par Christophe Cloutier-Roy, qui doute que la réputation de menteur de Trump lui nuise d’ici l’élection.

«Cela fait longtemps qu’on sait que Trump ment plus que la moitié du temps, mais cela ne l’a pas empêché de se rendre où il est en ce moment», dit le chercheur.

 

Le débat en chiffres

 

– 13 millions $: Somme que Trump a dit avoir levée au cours des 24 dernières heures pour sa campagne électorale. Il a fait cette affirmation par l’entremise d’un tweet à 15 h 37 hier. C’est une somme considérable pour le candidat républicain, qui a collecté moins de fonds que sa concurrente démocrate.

– 33%: Pourcentage des électeurs américains qui ont regardé le débat

– 51: Nombre de fois où Donald Trump a interrompu Hillary Clinton durant le débat

– 17: Nombre de fois où Clinton a interrompu Trump

DONALD TRUMP

La presse américaine a passé au peigne fin chacune des affirmations des candidats à la présidence lors du débat de lundi pour détecter le moindre mensonge. Voici une sélection des meilleures d’entre eux.


« Je n’ai pas soutenu la guerre en Irak… »

Dans une entrevue donnée en 2002, Donald Trump avait pourtant répondu «Oui, j’imagine», lorsque l’animateur Howard Stern lui avait demandé s’il était pour l’intervention américaine dans le pays du Moyen-Orient.


« Je n’ai pas dit ça. Je n’ai pas dit ça », a répondu Trump lorsque Hillary Clinton a rappelé que son adversaire avait déjà affirmé que le réchauffement climatique était un canular des Chinois.

Un tweet du candidat publié en 2012 prouve le contraire.


« Mon père m’a fait un très petit prêt en 1975 avec lequel j’ai bâti une compagnie qui vaut maintenant plusieurs milliards de dollars. »

En vérité, le «petit» prêt en question aurait été de 1 million de dollars. Des journalistes ont aussi découvert que Donald Trump aurait reçu au total 14 millions en prêts de son père au début de sa carrière.


Clinton : « [Trump] a dit que la grossesse est gênante pour les patrons. »

Trump : « Je n’ai jamais dit ça. »

Le républicain a la mémoire courte. Dans une entrevue donnée en octobre 2004 à la chaîne NBC, il affirme que la grossesse est une chose magnifique, «mais que c’est certainement un inconvénient pour une entreprise.»


« [Hillary Clinton] a dépensé des centaines de millions de dollars pour faire de la publicité négative à propos de moi. »

Selon CBS, Mme Clinton a dépensé jusqu’à présent et pour l’ensemble de sa campagne tout juste 100 millions de dollars en publicité.

 

HILLARY CLINTON

« La plupart des créations d’emplois viennent de petites entreprises. »

Le site américain Politico considère que cette affirmation de Mme Clinton est erronée. S’il est vrai que les jeunes entreprises créent plus d’emplois aux États-Unis, elles ne sont pas nécessairement petites.


La démocrate a affirmé que son plan d’imposition « ne devrait pas alourdir la dette américaine, alors que le plan de Trump ajouterait 5 milliards à la dette. »

Selon le Comité pour un budget fédéral responsable, le plan de Mme Clinton alourdirait en vérité la dette de 200 M$.


Mme Clinton a affirmé que pour les « seules années » où Trump a publiquement dévoilé ses déclarations d’impôts, « on constate qu’il n’a jamais payé d’impôt fédéral ».

Toutefois, selon les documents, le républicain a bel et bien payé des impôts pendant trois ans dans les années 70.

 

QUELQUES FAITS MARQUANTS

Le premier débat opposant Hillary Clinton et Donald Trump continuera probablement de faire jaser jusqu’à la prochaine joute prévue le 9 octobre. Voici quelques-uns des sujets chauds de ce premier affrontement.

« Miss Piggy »

Alicia Machado, ancienne Miss Univers, est finalement devenue la troisième vedette du débat, après avoir été citée par Hillary Clinton comme exemple de la muflerie de Donald Trump envers les femmes. La démocrate avait expliqué à la fin du débat lundi soir que Donald Trump avait surnommé cette ancienne reine de beauté vénézuélienne «Miss Piggy» et «Miss housekeeping» (Miss femme de ménage) «parce qu’elle est latino». Le candidat républicain était jusqu’à l’an dernier propriétaire du concours Miss Univers. Hier, il s’est défendu en expliquant que cette Miss Univers 1996 avait à l’époque «pris beaucoup de poids et que c’était un vrai problème». «Elle était la pire que nous ayons jamais eue, elle était impossible», a-t-il déclaré sur Fox. Pour faire bon poids, bonne mesure, l’équipe de campagne de Mme Clinton a diffusé une vidéo sur Twitter, affirmant que le candidat républicain à la Maison-Blanche avait menacé à l’époque de lui retirer sa couronne.


Le langage corporel

Le National Post a fait appel à des experts du langage corporel pour analyser les performances d’Hillary Clinton et de Donald Trump lors du débat de lundi. Voici quelques-unes de leurs conclusions.


Poignée de main

En posant sa main sur le dos d’Hillary Clinton lors de l’entrée en scène, Trump a démontré une certaine supériorité face à sa rivale


Expressions faciales

– Trump a l’habitude de froncer les sourcils, ce qui lui donne un air frustré et colérique.

– Le républicain utilise une large gamme d’expressions faciales et d’émotions, ce qui est à son avantage. Les gens expressifs attirent la sympathie.

– Clinton a beaucoup souri… presque trop. On aurait dit que sa nervosité passait par son sourire.

– Le manque d’expressions faciales diversifiées a joué contre Clinton.

 


Records d’écoute

Au Québec comme aux États-Unis, le débat Clinton-Trump a fracassé des records d’écoute lundi soir. Alors qu’au pays de l’oncle Sam, 84 millions d’Américains étaient au rendez-vous, plus de 300 000 téléspectateurs ont regardé le face-à-face au Québec.

Selon les données préliminaires de Numéris, 113 000 téléspectateurs ont suivi la joute verbale à RDI, 89 000 à LCN et 100 000 à NBC, ABC, CBS, CNN et Fox. RDI confirme qu’il s’agit du débat américain le plus regardé de son histoire. Aux États-Unis, le record du débat le plus couru de tous les temps appartenait à celui opposant Jimmy Carter à Ronald Reagan, qui avait captivé 80,6 millions d’électeurs en 1980, d’après les chiffres de Nielsen. En comparaison, le dernier Super Bowl a attiré 112 millions d’Américains.

— Marc-André Lemieux, Le Journal de Montréal


Lendemain de débat

Les deux candidats ont repris leur campagne sans tarder au lendemain du premier débat.

Hillary Clinton s’est rendue en Caroline du Nord hier, où elle est partie à l’assaut du vote des jeunes, un électorat peu engagé dont elle aura besoin pour battre son rival. Elle en a profité pour décocher de nouvelles piques à son adversaire. «Tout le monde a pu voir son attitude, son tempérament, son comportement sur le plateau et les gens ont pu en tirer leurs conclusions», a-t-elle dit.

De son côté, Donald Trump était en Floride, un État où les deux candidats sont toujours au coude-à-coude. En entrevue sur Fox News, le candidat a promis qu’il «taperait plus fort» sur sa rivale lors du prochain débat.


Sur les médias sociaux

Durant la soirée, Twitter a confirmé qu’il s’agissait du débat le plus «tweeté», a rapporté CNN. Les reniflements répétés de Trump ont aussi animé les discussions sur les réseaux sociaux. Plusieurs internautes ont supposé que le candidat républicain était atteint d’une pneumonie, après qu’Hillary Clinton eut été au repos forcé à cause de cette infection il y a quelques semaines. D’autres ont spéculé sur des allergies, ou même de la drogue.

 


Avec le Toronto Star, USA Today, Le Soir, AFP, Moyers & Company, Politifact, Vox, CNN et L’OBS

 
BENOÎT PHILIE

Source: JDM

Sabrina Lallemand
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