Un « Grand Peuple » assiste passivement au désordre de son pays

Un « Grand Peuple » assiste passivement au désordre de son pays

Le désordre est né de la désobéissance morale contre les injustices sociales. C’est une complainte exposée par une belle histoire. Elle se passait au milieu d’un « grand peuple », qui descendait d’une géographie envahie par une grande nation dite « civilisée ». Elle nous passionnait par des horripilations humaines qui étaient la douleur, la faim, les haillons, l’ignorance, la peur, la soumission et « Al Hogra ».

Depuis le débarquement à Sidi Fredj en 1830, ce « Grand Peuple » ne se laissait pas faire, il avait la logique de sa pensée mais aussi celle de l’action. La France de « De Gaule » appuyée par la force de l’OTAN reconnaissait, en fin de compte, son bien fait, il savait parer ce « Grand Peuple » et il ne pouvait humilier son idée..oh pardon ! Son indépendance.

Enfin libre en 1962, le destin de l’Algérie est entre les mains de ce « Grand Peuple ».  La joie et le bonheur, ça se fête grandement ; la date du 5-Juillet devient historique et mérite son anniversaire à la hauteur de ce « Grand Peuple ». En 1962, il y avait ceux qui étaient dans les camps de concentrations, la misère et la pauvreté étaient généralisées. Ces malfaisances poussaient les gens à un exode ou transmigration de la campagne misérable vers les cités oxygénées. Il y avait de la place « habitable » laissée par ceux venus d’ailleurs et qui ne souhaitaient pas, ou ne voulaient pas, y rester.

Le chômage se confondait avec la misère, la misère avec la pauvreté et la pauvreté avec la colonisation; une équation de trois variables connus mais très difficiles à résoudre. Les conflits politiques se « clan-nifiaient », l’administration s’est vidée de sa sève nourricière. L’agriculture se cherchait entre un socialisme russe et un modèle « yougoslave » (autogestion), les entreprises se comptaient sur le bout des doigts. L’éducation, ses structures humaines, matérielles et financières étaient incapables de prendre en charge les enfants de ce « Grand Peuple », car dans toute société qui commence à se faire voir c’est du côté éducatif et non rémunérateur qu’il importe de considérer dans le travail pour sauvegarder la grandeur de ce « Grand Peuple ». Il est bien dit que les peuples qui dorment n’ont pas d’histoire mais des tourments.

Devant cette romance, commence la belle histoire d’un « Grand Ami » qui avait quitté le pays pour aller « gagner » sa vie ailleurs, sa jeunesse lui faisait oublier totalement  le temps,  le pays, les amis d’enfance, et même sa grande famille.

Apres la révolution industrielle, la révolution agraire et la révolution culturelle sous le signe du socialisme algérien.

La décennie 80, période de la préparation de la grande bourgeoisie  par la « Tchippa » et les détournements, le retour de la misère matérielle et spirituelle et l’absence de la liberté faisait que 88, donnait naissance à une autre situation contextuelle très in- commande financièrement, socialement, économiquement, culturellement suivie d’une guerre de système sans ce « Grand Peuple ». Le prix du pétrole explose parallèlement  avec la « réconciliation » et la « concorde », les recettes en  devises remplissent les caisses de l’Etat, et le manque de retenue,  suivi de l’excès  du maitre à bord dans sa manière de vivre, d’agir et de penser rendaient ivre.

Le pays est devenu, pour un temps, un grand consommateur pour mieux punir la misère de 62, on vivait par des crédits non remboursables. Tous les biens nous venaient d’ailleurs, les habits, le livre, le transport (par-air- mer et terre), la santé, le pain, le lait en poudre pour « bébé adulte », le chaud et le froid, les gadgets, l’information, la communication, les armes…..

L’environnement, les valeurs, le travail, la morale, la religion, l’école, l’ordre, la discipline, le respect… ne représentent pas grand-chose aujourd’hui pour cette génération issue du « Grand Peuple » d’hier, la mauvaise  loi de l’argent transgresse  ce nouveau « Peuple ».

Notre ami émigré en R.F.A de longue date, depuis 1975, n’a pas mis les pieds en Algérie, a été accueilli à l’aéroport d’Oran pour une visite familiale, avec un retard « normal » sinon « algérien ».

Au moment du départ  en voiture vers la destination Benisaf (ville natale), la voiture se trouvait comprimée par d’autres voitures mal stationnées sans aucun scrupule au niveau du parc de l’aéroport.

L’émigré de longue date, rétorquait à son cousin et chauffeur en même temps :

– Qu’est ce qui se passe !, ce n’est pas raisonnable ! Du tout ?

Il a fallu attendre avec patience, pendant une misère de temps, pour que les propriétaires de ces voitures  dégagent la piste avec un petit mot banal « Asmahli ». Le départ s’annonce lourd avec une petite effervescence de nerfs ! Tout en disant à l’émigré : « chez nous c’est tout à fait « normal » ! Faut pas s’énerver ! doucement le matin ! pas trop vite le soir ! Telle est notre devise ! »

Au cours du voyage Oran-Benisaf notre émigré constate déjà la saleté embellie d’une seule couleur à prédominance bleue en plastique, une multiplicité de dépotoirs de couleur bleue, certainement avec des odeurs désagréables au niveau des bourgs traversés.

Ses interjections « ! Oh ! Et ah ! » sont continuelles, ses questions fusent de partout « c’est quoi ca ? », « Qui a fait tout cela ? », Y a-t-il une mairie ici ? », « Où sont les responsables ? », « Et ce « Grand Peuple » qu’est il devenu ? ». « Avant en 1970, il n’y avait pas cela et nous nous n’étions pas comme ça !! C’était bien propre avant  !! La situation était bien meilleure ! ».

Son pseudo-chauffeur ne dit pas un mot. Sur la route, les fous du volant ne respectent ni ligne continue, ni plaques, ni…ni… dans leur trajet ! Devant un barrage de police ou de gendarmes, les fous du volant ne s’inquiètent pas du tout, car leurs « épaulés » sont faits pour leur effacer toute infraction faite à la loi ! Et la loi ici est incarnée par des personnes bien placées !

L’émigré dira : « où est ce « Grand Peuple » ?

– Patience ! On fait un arrêt pour prendre un pot à l’entrée de la ville, dans un café situé face à une stèle (Maqam E-chahid) pour se délasser de toutes ses péripéties.

L’émigré avait l’image de l’Algérie d’hier, où tout était en ordre, bien discipliné et la propreté était le premier des soucis des responsables d’antan.

L’émigré reconnait l’endroit, c’est ici (Maqam E-Chahid) dans ce puits où sont ensevelies plus de 400 chahids et ce dépotoir de sachets bleus !, c’est une profanation, une insulte aux Chouhadas , c’est une honte, vraiment c’est décevant ! Pour un  « Grand Peuple »……

Son cousin, d’un tant lent et mesuré, lui répond : « c’est normal pour nous, car tout ce qui n’est pas bien est invisible pour nos yeux. Nos sens sont inactifs et nos facultés percluses et impotentes ».

Ils prennent place sur la terrasse de bistrot de la cité qui fait face au « Maqam E-Chahid ». Ils se sont mis dans une table non encore débarrassée, ni nettoyée. L’émigré constate par une voix rauque : « elle est trop sale cette table ! »

Son cousin lui répond : « il n’ya pas mieux ! Pour nous ceci est tout à fait normal ».

Il appelle fort : « Garçon ! », en direction d’un jeune homme portant un sac autour de la ceinture.

Ce mec lui répond : « ce n’est pas moi le serveur », et ce dernier fait un geste de bonne volonté en appelant le serveur du café.

Le serveur a remarqué la scène, il leurs répond nerveusement : « je ne suis pas un garçon et je ne travaille pas chez ton père pour me dire ainsi ! »

L’émigré désorienté et son cousin le tranquillise par : « chez nous  c’est  tout  à fait  normal ».

L’émigré dira à son cousin : « au moins il devrait y mettre un tablier pour qu’on le remarque ! Et d’ailleurs durant les années 60et 70, ca ne se passait ainsi ! »

Le serveur débarrasse et  essuie quand même la table d’une façon où la poisse  reste apparente mais oubli de vider le cendrier encore plein à craquer ! Le parterre de la terrasse est parsemé de cendre, de mégots, de klynex et de taches noirâtres de café déversé….

-L émigré constate et le cousin rétorque : « chez nous, c’est normal. On ne voit plus le bien, le mal nous absorbe ! On s’est habitué à ces situations paradoxales qui nous apparaissent normales »

Le serveur ramène la commande, un thé et un café « presse », dans un « jetable  en papier», les petites cuillères déposées sur la table encore sale !

Le cousin se précipite pour lui dire que c’est « normal » pour nous !

La cuillère plongée dans la tasse, et le jetable, une fois mouillé, replonge de nouveau dans la sucrière laissant par derrière quelques gouttes de thé, de café, ou…, la sucrière est déjà emplie de petits pavés de sucre coloré.

-L’émigré regarde et le cousin lui devance que c’est « normal ».

Une fois terminée, le cousin règle l’addition à 55 DA avec un billet de 200 DA. Le serveur lui rend 140DA en lui disant je n’ai pas de monnaie sans aucune excuse !

L’émigré constate le mauvais fait et le cousin lui répond, encore une fois, que c’est « normal ».

Ils reprennent la route à destination vers leur chez soi, le même constat désagréable pour l’environnement, c’est « normal ».

L’émigré utilise sa langue de bois d’hier, il  interpelle son cousin : « Dis-moi, où est- ce « Grand Peuple » ?

Le cousin lui répond : « aujourd’hui, on ne parle plus de nos devoirs comme hier, mais de nos droits. On ne pense plus. Que le véritable problème n’étant pas essentiellement dans nos besoins, plus ou moins légitimes, mais dans nos mauvaises  habitudes, notre affreuse conduite, dans nos détestables pensées, dans nos impropres actes , dans notre injuste optique sociale, dans toutes les déchéances qui frappent ce « Grand Peuple », qui dort depuis bien longtemps, et cela devient « normal », « por nos » , « por vos » et « por to le monde » quand s’est aberrant, antinaturel, arriéré,  déficient, déformé, déraisonnable,  étonnant,  extraordinaire, fou, illogique, inadapté, inconvénient, inhabituel, injuste, irrationnel, irrégulier, malade, monstrueux, paradoxal, phénoménal.

Arrivé à bon port, une mauvaise nouvelle; le frère unique de l’émigré vient de tirer sa révérence. Son frère était un lambda de la cité, ayant bossé durement, il avait quand même construit durement une habitation avec une dalle ne dépassant pas les 100m2.  C’était son seul et unique capital et sa fierté, qu’il pouvait, en son absence,   la transférer à ses trois fils et cousins de l’émigré via l’héritage suivant notre rite.

Avant de rendre l’âme, le frère de l’émigré avait laissé comme testament, une grande enveloppe où c’est écrit sur cette enveloppe : « Ici, à l’intérieur de cette enveloppe  se trouvent trois petites enveloppes numéroté de 1 à 3. Je vous sollicite respectueusement, lors de ma mort prochaine,  d’ouvrir l’enveloppe et respectant scrupuleusement l’ordre, la première enveloppe contenant une  lettre que vous exécutez lors de mon lavage (ablution) -rite musulman-  avant de me mettre le linceul , la seconde lors de mon inhumation sous terre et la troisième lors de votre retour à la maison.

Au moment de son lavage par l’imam, ses enfants ouvrirent  la première enveloppe. Ils lisent la lettre où c’est écrit une fois le lavage rituel terminé mettez moi une chaussette sur mon pied droit.

Ses fils insistaient auprès de l’imam pour lui mettre la chaussette dans son pied droit, comme il avait souhaité, mais l’imam leur fait comprendre que selon le rite musulman, il n’est pas permis de lui mettre quoi se soit sur son corps à part le linceul. Ses enfants ont été quand même compréhensibles et contraint d’accepter le fait accompli du rite religieux.

Une fois mis sous terre, ils ouvrirent la seconde enveloppe pour lire ce qui avait dedans !

Il est écrit dans cette lettre : « Vous voyez bien  mes fils que je n’ai même pas eu ce privilège de ramener avec moi une chaussette sur mon pied droit comme  je vous ai pourtant demandé de faire !».

De retour à la maison, ses enfants  étaient un peu trop pressés, curiosité oblige, et le respect était de mise, pour ouvrir la troisième et dernière enveloppe et  voir ce qu’il y avait dans la lettre.

Ils lurent la lettre où c’était écrit qu’il y avait en dessous d’une des assises de la maison un écrin contenant un bien d’une valeur inestimable, soit mille fois plus importante que cette maison laissée en héritage. Ce n’est pas l’histoire  de « Kilia et Dimya » du temps de la perse, ni de Jean de la Fontaine du temps des serfs, ni d’autres légendes d’autres temps. C’est une apologie bien de chez nous !

« Gardez vous bien mes fils de vendre la maison familiale, mais ne vous empêche point de la démolir », avait-il écrit.

Le climat familiale prenait une autre dimension, intérêt egocentrique oblige, chacun venait avec ses propositions pour dépasser le temps qui s’en va et l’argent qui revient. Avec cette richesse sous la maison, point d’héritage ! La décision était collégiale pour un permis de démolition. Elle ferait l’affaire à ses enfants !

Ainsi firent ses  enfants ! Ayant démoli la maison, ils trouvèrent sous les décombres un petit écrin comme s’est écrit sur la lettre. Ils s’empressèrent joyeusement de l’ouvrir pour y découvrir en fin de compte  une feuille avec ce message transcrit : « Votre père, un simple lambda Benisafien, avais construit cette maison qui vous abritait, soyez de véritables « Hommes » et faites de même maintenant ».

C’est ainsi que termine notre belle romance avec comme histoire une moralité : mieux vaut sagesse que richesse  pour un « Grand Peuple » qui aborde la notion du temps, l’orientation du travail utile, du capital nécessaire et de l’art. Ce peuple  devrait avoir un sens pour cette vie ! Sinon un peuple qui dort perd sa force motrice, sa force transformatrice, sa force créatrice… donc, sa force d’existence.

BENALLAL MOHAMED

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