Un autre regard sur l’Ordre International : Un monde en quête de puissance

Un autre regard sur l’Ordre International : Un monde en quête de puissance

Les Etats sont les principaux acteurs géopolitiques, les rapports de puissance entre eux ont été bouleversés : la forme directe de la colonisation a disparu, la bipolarisation Est-Ouest s’est effondrée, la puissance chinoise a émergé, des Etats post-coloniaux se désintègrent. Le monde a radicalement changé.

La fin de la guerre froide en 1991 a marqué le passage d’un monde bipolaire à un monde unipolaire. Le monde s’est retrouvé face à l’existence d’une seule puissance : les États-Unis d’Amérique. De 1991 à 2008, cette puissance s’est constituée en gendarme du monde, en intervenant militairement à l’extérieur et au mieux en influençant, par ses attraits culturels et économiques, les différents acteurs.

Les Relations Internationales, très tendues au cours des dix dernières années, sont fortement marquées par une quête effrénée de puissance. Cette dernière, trouve son origine dans la politique étrangère mise en œuvre par le président américain Barack Obama. Son recours privilégié au soft power et à l’usage des drones et forces spéciales a fait disparaitre tant cette conscience de puissance que cette reconnaissance de puissance, à la fois aux États-Unis et dans la Communauté Internationale, ce qui suscite la réémergence d’un certain nombre d’anciennes puissances et accentue le désir de puissance de certain pays émergents.

Cette course à la puissance augure un monde multipolaire avec en substance l’élargissement du Conseil de sécurité des Nations Unies et, au pire, la réaffirmation brutale de l’hégémonie américaine. Ces deux perspectives dépendent essentiellement de l’issue des élections présidentielles américaines du 8 novembre 2016. Si Hillary Clinton sort vainqueur de la prochaine élection présidentielle, on s’acheminera vers un monde multipolaire. Dans la perspective d’une victoire de Donald Trump en novembre 2016, on s’acheminera probablement vers le renouveau de l’unilatéralisme américain.

En Géopolitique et en Relations Internationales, toute puissance dominatrice est toujours animée par une conscience de puissance qui désigne généralement un pouvoir politique, militaire, économique, social ou religieux, sous l’angle de sa force et de son efficience. Les Etats jouent un rôle déterminant dans la vie politique internationale. Cette primauté accordée à l’État n’exclut pas la considération d’autres acteurs, car les firmes transnationales, les organisations non-gouvernementales, les institutions financières, les médias ou même les individus peuvent intervenir sur le cours des relations internationales. Raymond Aron entend par puissance sur la scène internationale la capacité d’une unité politique d’imposer sa volonté aux autres unités.

Par ailleurs, la puissance affichée par les États-Unis était unanimement reconnue par l’ensemble des acteurs internationaux. Le peuple américain souhaite toujours que son pays ait un mot décisif sur les grandes questions du monde; les citoyens de la plus grande puissance du monde. La mise en œuvre de cette politique étrangère comporte une double conséquence. Il s’agit tout d’abord d’une perte de la conscience de puissance du citoyen américain qui constate avec consternation l’ « effacement » de son pays sur la scène internationale. Ensuite, il s’agit d’une perte de reconnaissance de la puissance américaine aux yeux du citoyen étranger, pour qui l’Amérique ne compte plus comme avant dans la Communauté Internationale.

Le président Barack Obama a retiré, en 2011, les troupes américaines d’Irak ; il a refusé d’assumer le leadership de l’intervention militaire en Libye en 2011 ; il n’a pas effectué de frappes militaires contre le régime de Damas après que celui-ci ait franchi la ligne rouge établie par lui en 2012.

Il a normalisé, en 2015, les relations de son pays avec Cuba, rompues depuis 1961. Celui-ci a également normalisé les relations de son pays avec l’Iran dans le cadre de l’accord de Vienne sur le nucléaire conclu en juillet 2015. Ces deux rapprochements peuvent être perçus comme une défaite aux yeux de l’observateur américain et étranger, car les sanctions américaines n’ont pas su déstabiliser le régime communiste de Cuba et la République islamique d’Iran.

L’expression de la colère issue de la perte de la conscience de puissance aux États-Unis est portée par le candidat républicain à la présidence Donald Trump qui veut replacer au premier rang les États-Unis. D’autres puissances tentent de combler le vide créé par la mise en œuvre des politiques étrangères américaines et laissé à d’autres puissances en attente de suprématie l’occasion de s’introduire militairement dans la région. Celles-ci sont des puissances ré-émergentes, c’est l’occasion de se repositionner dans la hiérarchie des puissances mondiales.

Les puissances ré-émergentes sont la Russie, l’Iran et la Turquie. Les trois ont été des puissances considérables avant de devenir des puissances moyennes. Les trois constitué des empires redoutables.

Cette réapparition peut s’expliquer par le souvenir de ces États d’un passé puissant et glorieux, une source de motivation à retrouver la grandeur perdue.

La stratégie de réémergence de ces anciennes puissances passe d’abord par des ambitions régionales. La Russie de Vladimir Poutine manifeste ses ambitions régionales en intervenant militairement dans le conflit syrien en 2015. En août 2016

La République islamique d’Iran dont le souvenir de l’empire perse fait la fierté. Il joue un rôle capital dans les conflits syrien et irakien, car il soutient les régimes chiites en place dans ces deux pays au grand dam de l’Arabie Saoudite, de la Turquie et de l’État islamique.

La signature de l’accord de Vienne sur le nucléaire qui permet la levée des sanctions contre l’Iran devrait permettre à Téhéran d’accélérer sa réémergence comme puissance dans la région.

La Turquie qui vit sous un régime conservateur et religieux depuis 2003, regarde avec nostalgie son passé ottoman. Le pouvoir de Recep Tayyip Erdogan qui s’enorgueillit d’avoir redonné de la croissance à l’économie du pays veut désormais renouer avec le passé ottoman. Pour cela, elle se tourne vers la région du Moyen-Orient avec laquelle elle a des affinités historiques, culturelles et religieuses.

Son poids économique, sa puissance militaire, sa relative stabilité politique et sa position stratégique militent en faveur d’une Turquie hégémonique dans la région du Moyen-Orient. La Turquie de Recep Tayyip Erdogan a démontré sa volonté de réémergence en rompant unilatéralement la trêve avec le PKK irakien en 2015 et en intervenant militairement en Syrie en août 2016.

Par Nacera TOUMI SIAMER

Experte en Organisation et Diplomatie, Relations Internationales

admin
ADMINISTRATOR
PROFILE

Voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse électronique ne sera pas publiée. Les champs Exigés sont marqués avec *

Cancel reply