Ultra-trail: Anton Krupicka, le trail et la montagne dans la peau

Ultra-trail: Anton Krupicka, le trail et la montagne dans la peau
AFP/Archives / JEAN-PIERRE CLATOT L'Américain Anton Krupicka lors de la 11e édition de l'Ultra-trail du Mont-Blanc, le 30 août 2013 à Chamonix

Il court comme il respire et ne jure que par les montagnes : à 33 ans, l’Américain Anton Krupicka est l’une des célébrités du petit monde de l’ultra-trail, intrigué par son détachement et son allure de néo-hippie.

Ses cheveux longs, sa barbe, ses boucles d’oreille en turquoise, son équipement minimaliste – chaussures, short, bandeau, t-shirt en option – lui ont collé une image difficile à défaire.

Tout comme cette légende du type qui court pieds nus.

« Parfois oui, mais 99% du temps avec des chaussures ! En montagne, vous ne pouvez pas faire sans ! », assure à l’AFP ce gaillard introverti et néanmoins cordial, venu dans les Alpes présenter son film intimiste « Purpose ».

Avant les itinéraires escarpés, il y a eu les grandes plaines de son Nebraska natal. Il y a grandi avec ses deux sœurs aînées dans une ferme reculée, au-dessus de la rivière Missouri. Au contact permanent de la nature et sous la férule de parents attachés à l’éducation, eux la cinquième génération d’immigrants.

Il commence à courir à l’école et découvre que les longues distances lui conviennent. A 12 ans, il finit son premier marathon. Une grosse décennie plus tard, en 2006, il remporte la célèbre Leadville 100 (miles, donc 160 kilomètres) dans les Rocheuses du Colorado. Rebelote en 2007.

Krupicka entre alors dans le cercle des meilleurs coureurs d’endurance extrême.

Il court donc depuis plus de 20 ans, parfois 200 ou 300 km par semaine et pourrait avoir déjà l’équivalent de 4 ou 5 tours de la Terre sous les semelles.

– ‘Besoin’ –

Pourquoi courir ? « Pour me sentir bien », lâche-t-il, « j’en ai besoin comme de dormir ou de manger. Si je ne peux pas courir ou aller dehors, ça va vraiment me manquer ». C’est pour cela qu’il réside à Boulder dans le Colorado, une ville de 100.000 habitants au pied du massif des Flatirons, son terrain de jeu et d’entrainement.

« C’est ce que je fais depuis toujours, aussi. C’est la chose la plus simple qui soit, la plus pure, la plus pratique », énumère-t-il, même s’il aime aussi le ski, l’escalade, le vélo qu’il s’est mis à pratiquer.

Sans conteste, il « préfère vraiment » courir en montagne. « Les hommes ont toujours été attirés par les montagnes. Vous les regardez… Elles sont immenses et vous êtes tout petit. Elles vous remettent à votre place », raconte-t-il.

Les yeux perdus vers le Mont-Blanc, il évoque ces « paysages saisissants », la « peur » qu’il a pu ressentir parfois et surtout ce sentiment d’avoir « surmonté une sorte de défi » qui permet « d’apprécier la vie un peu plus fort ».

« La société occidentale, avec ses besoins primaires assurés, nous fait vivre dans le confort. On a besoin de connaître l’inconfort parfois », estime l’athlète.

Le massif-roi des Alpes lui a apporté son lot de sensations fortes. En 2013, il doit abandonner lors de sa première participation à l’épreuve la plus dure au monde, l’Ultra-trail du Mont-Blanc (UTMB).

En 2014, parti parmi les favoris, il connaît un passage à vide, dort quelques heures, repart et franchit la ligne d’arrivée bon 40e, sous les acclamations de la foule. « Cette course, tu te sens chanceux de lui avoir survécu ! »

– Bières et romans –

Blessé plus tard cette année-là, il n’a pas couru en compétition depuis. Son genou « va bien », mais il se laisse « encore un bon mois » pour décider s’il participera à l’édition 2017 de l’UTMB. Il « adorerait », lui qui espère avoir « encore quelques belles années devant lui » avant de raccrocher la compétition.

Un milieu où il détonne. S’il vit des subsides de ses sponsors (La Sportiva, Buff, etc. ), il n’est pas dans une équipe, n’a pas de préparateur physique ni de diététicien.

Il « boit de la bière », surtout de micro-brasseries, mange « parfois trop », grignote et boit du café quand il s’attarde dans une librairie qu’il affectionne, lui l’amateur de romans.

Réticent à parler politique, il concède un agacement certain à l’égard du nouveau président Donald Trump et de sa « perspective uniquement capitaliste de ce qu’est +être américain+ ».

L’homme « ne prend pas vraiment soin de la planète » et « n’en est pas le maître », ce que « la montagne t’inculque à coup sûr », estime Anton Krupicka. Il n’y emmènerait pas Trump, de crainte qu’il y « construise une tour ! », lance-t-il mi-figue mi-raisin.

 

AFP

Sabrina Lallemand
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