Tensions diplomatiques : La mise au ban du Qatar liée à Donald Trump?

Tensions diplomatiques : La mise au ban du Qatar liée à Donald Trump?
La rupture des relations diplomatiques entre cinq pays arabes et le Qatar intervient 15 jours après une visite du président américain en Arabie saoudite. Sa première visite à l'étranger depuis son élection. (photo: AFP)

La rupture des relations diplomatiques entre cinq pays arabes et le Qatar intervient 15 jours après une visite du président américain en Arabie saoudite. Coïncidence?

Cinq pays du Moyen-Orient (Arabie saoudite, Égypte, Émirats arabes unis, Bahreïn et Yémen) ont rompu ce lundi leurs relations diplomatiques avec le Qatar. Une mise au ban qui intervient 15 jours après un discours musclé en Arabie saoudite de Donald Trump qui a désigné l’extrémisme islamiste et l’Iran comme les ennemis du monde. La crise n’est pas clairement liée à «quelque chose de nouveau que le Qatar ait fait», estime Jane Kinninmont, experte associée à l’institut Chatham House à Londres. Elle ressemble plutôt à une «tentative de saisir une occasion» au moment où Ryad et Abou Dhabi renforcent leurs liens avec l’administration Trump, selon elle.

Les cinq pays arabes ont justifié la rupture de leurs liens par le soutien du Qatar au «terrorisme». Cette décision sans précédent a été en outre précédée par une série de curieux développements autour de propos explosifs prêtés à l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, 48 heures après le départ de Donald Trump de la région. Le 24 mai, le Qatar a démenti que son émir ait douté de l’hostilité américaine vis-à-vis de l’Iran. D’autres citations controversées attribuées à cheikh Tamim sur le Hamas et les Frères musulmans ont aussi été qualifiées de « fausses » par Doha qui a dénoncé le « piratage » de son agence de presse et annoncé l’ouverture d’une enquête.

«Le Qatar a toujours eu une tendance à agir de manière indépendante»

La crise ayant éclaté au grand jour lundi «représente certainement une accélération sans précédent des tensions au sein du CCG» – le Conseil de coopération du Golfe qui regroupe les six pétromonarchies de la région- relève Adam Baron de l’European Council on Foreign Relations. «Le Qatar a toujours eu une tendance à agir de manière indépendante, ce qui a conduit à un ressentiment de la part de ses voisins», notamment des Émirats qui abhorrent les liens de Doha avec la confrérie des Frères musulmans, puissante notamment en Egypte, ajoute l’expert.

L’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats avaient qualifié de « terroriste » la confrérie des Frères musulmans après la victoire électorale en Egypte de l’islamiste Mohamed Morsi, finalement renversé par l’armée en 2013. Le Qatar avait soutenu l’ex-président Morsi en dépit d’un conflit qui, l’année suivante, avait conduit l’Arabie saoudite, les Émirats et Bahreïn à rappeler leur ambassadeur à Doha. Des dirigeants des Frères musulmans sont toujours hébergés jusqu’à ce jour au Qatar.

Isoler le Qatar pour isoler l’Iran

Dans un discours le 21 mai à Ryad, le président Trump a appelé les dirigeants de plus de 50 pays arabes et musulmans à «chasser» les «extrémistes» et les «terroristes» islamistes. Mais il avait aussi pointé du doigt l’Iran qui «attise les flammes» des conflits religieux et de la «terreur» au Moyen-Orient, se faisant ainsi l’écho d’une campagne permanente menée par l’Arabie saoudite. Il s’agit d’«une campagne menée par l’Arabie saoudite et les Emirats pour isoler le Qatar et par extension l’Iran», souligne James Dorsey, analyste associé à la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour. Cette campagne vise à pousser des pays non-arabes à prendre partie et à «persuader l’administration Trump de sévir durement contre le Qatar en raison de son refus de monter dans le train saoudien contre l’Iran et de ses liens avec des groupes islamistes et rebelles», selon lui.

Le Qatar a été une terre d’accueil pour l’ex-leader en exil du mouvement islamiste palestinien Hamas, Khaled Mechaal. Il a été critiqué pour le soutien qu’il aurait apporté à des rebelles radicaux en Syrie, tandis que les talibans afghans ont ouvert un bureau à Doha. Selon Andreas Krieg, du King’s College de Londres, l’Arabie saoudite et les Émirats ont besoin du soutien de Trump pour faire face à l’Iran et pour agir contre les jihadistes. Avec son approche laxiste, «le Qatar apparaît de ce point de vue comme une anomalie».

(L’essentiel/AFP)

Source : lessentiel.lu

S.K
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