Syrie: les civils fuient par milliers un fief de l’EI assiégé

Syrie: les civils fuient par milliers un fief de l’EI assiégé
L'EI «a commencé à autoriser les civils à fuir vers l'ouest alors qu'il interdisait jusqu'à présent quiconque de quitter la ville», directeur Rami Abdel Rahmane de l'Observatoire syrien des droits de l'homme. Photo : Delil Souleiman

MAYA GEBEILY
AFP – Beyrouth

Des milliers de civils ont fui mardi Minbej, un fief du groupe État islamique (EI) dans le nord de la Syrie quasiment encerclé par une coalition arabo-kurde qui cherche à couper une ligne de ravitaillement-clé pour les djihadistes.

L’offensive sur Minbej dans la province d’Alep, vise à couper l’axe que l’EI utilise pour faire transiter hommes, armes et argent de la frontière turque – à une trentaine de kilomètres plus au nord – vers la ville de Raqqa, chef-lieu de la province du même nom et capitale de facto du groupe djihadiste.

«Nous encerclons Minbej de trois côtés (est, nord, sud) et les opérations se déroulent bien», a affirmé à l’AFP Sherfan Darwish, chef du conseil militaire de Minbej qui dirige l’assaut lancé le 31 mai par les Forces démocratiques syriennes (FDS), composées majoritairement de miliciens kurdes alliés à des combattants arabes.

«Nous libérons chaque jour des villages et la seule route qui reste encore ouverte pour l’EI est à l’ouest», a-t-il dit par téléphone.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), les FDS ont pris jusqu’à présent 58 villages et localités et ne se trouvent plus qu’à 5 km de Minbej au nord, à 2 km au sud et à 7 km à l’est.

Le directeur de l’OSDH Rami Abdel Rahmane a précisé que des «milliers» d’habitants avaient pris la fuite de Minbej alors que les djihadistes, qui ont fait sortir leurs familles, tenaient leurs positions pour défendre la ville.

L’EI «a commencé à autoriser les civils à fuir vers l’ouest alors qu’il interdisait jusqu’à présent à quiconque de quitter la ville», a-t-il précisé. Certains habitants s’entassent dans des voitures, mais beaucoup fuient à pied.

Route vitale

Environ 20 000 personnes vivent encore à Minbej sous contrôle du groupe djihadiste sunnite depuis janvier 2014 selon des estimations, contre 120 000 habitants, tous des sunnites, avant le début de la guerre en Syrie en mars 2011.

L’offensive est soutenue par des raids aériens massifs de la coalition internationale conduite par les États-Unis et Washington a envoyé en Syrie 200 membres des forces spéciales pour conseiller les FDS.

La route de ravitaillement de l’EI que les FDS cherchent à couper part de la ville de Jarablous (province d’Alep), près de la frontière turque, passe ensuite par Minbej avant de bifurquer vers le sud-est le long du fleuve Euphrate via la localité de Tabqa pour arriver à la ville de Raqqa.

Située dans la province de Raqqa, limitrophe de celle d’Alep, Tabqa est également la cible d’offensives des FDS à partir du nord, et des forces prorégime à partir du sud-ouest.

Les prorégime appuyés par l’aviation russe sont désormais à 30 km au sud-ouest de Tabqa et renforcent leurs positions, avant de poursuivre leur progression, selon une source militaire syrienne.

«Nous sommes à Abou al-Alaj et nous avons bloqué une contre-offensive de (l’EI) contre nos positions», a-t-elle souligné.

Selon l’OSDH, l’EI a envoyé un convoi de 100 combattants et des armes pour renforcer ses positions à Tabqa.

Progression lente à Falloujah

Tabqa comptait 80 000 habitants avant la guerre, mais si les Arabes sunnites sont restés, les chrétiens, alaouites et ismaélites ont fui en 2012, selon le géographe français spécialiste de la Syrie Fabrice Balanche.

La guerre en Syrie, qui a débuté en 2011 par la répression de manifestations réclamant des réformes, s’est complexifiée au fil des ans, avec une multitude d’acteurs syriens, régionaux et internationaux. Elle a fait plus de 280 000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés.

Les multiples offensives illustrent la détermination des Russes et des Américains, parrains d’acteurs différents du conflit syrien, de concentrer leurs efforts sur la lutte contre l’EI, un groupe ultra-radical responsable d’exactions terribles en Syrie et en Irak ainsi que d’attentats meurtriers à travers le monde.

De l’autre côté de la frontière, en Irak, la progression des forces irakiennes à Falloujah, fief de l’EI à 50 km à l’ouest de Bagdad, est ralentie par le grand nombre d’engins piégés disséminés par les djihadistes et par la présence de dizaines de milliers de civils bloqués dans le centre-ville, selon le commandement irakien.

Mais se voulant optimiste, le commandant de l’opération, le général Abdelwahab al-Saadi, a annoncé que «dans les prochains jours, nous déclarerons la libération de Falloujah».

Selon des officiers à bord du porte-avions américain Truman qui est passé du Golfe à la Méditerranée orientale, les États-Unis ont mené entre vendredi et lundi au moins 35 frappes contre l’EI en Syrie et en Irak pour appuyer les combattants au sol.

Lapresse.ca

Lamia Siffaoui
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