Syrie: 112 morts dans une opération d’évacuation qui tourne au carnage

Syrie: 112 morts dans une opération d’évacuation qui tourne au carnage
AFP / Ibrahim YASOUF Une épaisse fumée s'élève du site d'un attentat suicide, le 15 avril 2017 à Rachidine, dans une banlieue rebelle d'Alep, en Syrie

Une opération d’évacuation d’habitants de localités assiégées en Syrie a tourné au carnage avec la mort samedi de 112 d’entre eux dans un attentat suicide, l’une des attaques les plus meurtrières en six ans de guerre.

Dans sa traditionnelle bénédiction Urbi et Orbi, le pape François dénoncé une « ignoble attaque » et appelé à la paix en Syrie, pays « martyrisé » et victime d’une guerre « qui ne cesse pas de semer horreur et mort ».

Déclenché en mars 2011 par la répression dans le sang de manifestations prodémocratie, le conflit a fait plus de 320.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés et s’est complexifié avec l’implication d’acteurs internationaux et de groupes jihadistes.

AFP / George OURFALIANDes civils et combattants évacués des villes de Foua et Kafraya, arrivent à Jibrin, dans la banlieue d’Alep, le 15 avrli 2017 en Syrie


Samedi, un kamikaze à lancé sa camionnette piégée contre un convoi de bus transportant des milliers d’habitants évacués de Foua et Kafraya, localités prorégime assiégées par les insurgés dans la province d’Idleb (nord-ouest), selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

L’attaque, qui n’a pas encore été revendiquée, est survenue à Rachidine, une banlieue rebelle de la ville d’Alep, plus au nord, où avait été bloqué pendant plusieurs heures le convoi en raison de désaccords.

C’est à côté des dizaines de bus à l’arrêt à Rachidine que le kamikaze a fait exploser sa camionnette piégée.

AFP / Simon MALFATTO, Jean Michel CORNUSyrie: quatre villes assiégées évacuées

« Après le décès de blessés, le bilan de l’attentat suicide est monté à 112 morts dont 98 personnes évacuées », a dit l’OSDH, en faisant état de centaines de blessés. Les autres personnes tuées sont des travailleurs humanitaires locaux ou des rebelles qui gardaient les bus.

Revenu sur le lieu de l’attentat dimanche, le correspondant de l’AFP a vu de nombreux cadavres jonchant encore le sol. A côté, télévisions, assiettes, et vêtements emportés avec eux.

– ‘La mort vous surprend’ –

Les bus visés par l’attaque étaient carbonisés et, tout près d’un grand cratère, la camionnette vraisemblablement utilisée dans l’attaque, était complètement détruite.

« Il y a eu une énorme explosion », raconte Mayssa al-Aswad, 30 ans, qui était assise dans un bus avec son bébé de six mois et sa fillette de dix ans au moment de l’attaque.

AFP / George OURFALIANUn jeune homme blessé dans une attaque à la voiture piégée lancée contre des autobus évacuant des habitants et combattants rebelles de villes assiégées par le gouvernement syrien, le 15 avril 2017


« J’ai entendu des cris et des pleurs (…) mon bébé Hadi pleurait beaucoup, ma fillette Narjes me regardait, complètement figée », raconte-t-elle à l’AFP qui l’a contactée par téléphone de Damas. « La mort peut vous surprendre en quelques minutes ».

Quelques heures après l’attaque, les convois des personnes évacuées ont repris la route pour rejoindre leur destination finale.

Le régime syrien a accusé les « groupes terroristes », un terme utilisé par le pouvoir pour désigner rebelles et jihadistes.

Mais l’influent groupe rebelle Ahrar al-Cham a nié toute implication des rebelles.

Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, Stephen O’Brien, s’est dit « horrifié » par cette attaque « monstrueuse et lâche ». Ses auteurs « ont fait preuve d’une indifférence éhontée pour la vie humaine ».

– ‘Horrifié’ –

L’opération d’évacuation qui concerne également des milliers d’habitants des localités rebelles de Madaya et Zabadani près de Damas, a été lancée vendredi en vertu d’un accord entre le Qatar, soutien de la rébellion, et l’Iran, allié du régime.

Plus de 7.000 personnes ont été évacuées vendredi et samedi des quatre localités. Quelque 5.000 personnes de Foua et Kafraya -civils et combattants- ont atteint Alep, d’où elles choisiront leur destination finale. Les 2.200 habitants évacués de Madaya et Zabadani ont rejoint la province d’Idleb contrôlée en grande majorité par les rebelles.

Il n’était pas clair si l’opération d’évacuation qui concerne d’autres milliers de personnes se poursuivrait dans l’immédiat.

Ces dernières années, et après des mois de siège, le régime a proposé des accords d’évacuation similaires que l’opposition dénonce comme des « transferts forcés » constituant « des crimes contre l’Humanité ».

Ailleurs dans le pays en guerre, le groupe jihadiste Etat islamique (EI) tentait dimanche de repousser une offensive de combattants kurdes et arabes soutenus par les Etats-Unis, qui cherchent à s’emparer de Tabqa dans le nord syrien.

Tabqa est un verrou clé sur la route menant à Raqa, capitale autoproclamée de l’EI en Syrie et véritable objectif des Forces démocratiques syriennes (FDS) –alliance de combattants kurdes et arabes.

 

AFP

Sabrina Lallemand
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