Quelles relations géopolitiques Union européenne – Maghreb ?

Quelles relations géopolitiques Union européenne – Maghreb ?

Au cours des dernières décennies, le cadre des relations extérieures de l’Union européenne (UE) a été modifié par l’évolution du contexte global (mondialisation, globalisation, intensification des échanges commerciaux, de la circulation des capitaux et des personnes) et l’extension des compétences de l’UE à des politiques antérieurement du ressort des États membres (environnement, immigration, lutte contre la criminalité organisée), dans lesquelles les pays tiers ont un rôle important à jouer. Il faut y ajouter l’émergence d’une politique étrangère européenne  qui ne peut se désintéresser des pays du voisinage.

La Commission européenne s’est longtemps concentrée sur le suivi des questions commerciales avec quelques groupes de pays bénéficiaires. Ce fut le cas des Pays du Sud et de l’Est Méditerranéen (PSEM) et notamment de trois pays du Maghreb (le Maroc, l’Algérie et la Tunisie).

Le rapprochement avec l’UE est-il la seule option disponible pour le Maghreb, puisqu’il appartient à d’autres groupements ?

Dans quelle mesure ces autres formes de coopération multilatérale entrent-elles en concurrence avec l’UE ?

En tant que pays afro-arabes, les États maghrébins ont parfois redouté de donner une trop grande priorité à l’Europe dans leurs relations extérieures. En principe, les 5 pays sont destinés à développer leur intégration dans le cadre de l’option prise au moment des indépendances, des adhésions à la Ligue arabe et à l’Union africaine. Cependant, en termes d’intégration économique, ces organisations n’ont produit que des résultats limités. La logique économique reste à la base de la coopération : la gestion des échanges est une compétence communautaire. Elle est d’une grande importance pour le Maghreb, puisqu’il fait la plus grande partie de son commerce extérieur avec l’UE.

Les relations avec le Maghreb ont été au départ de type postcolonial ensuite, c’est la création de nouvelles politiques communes.  La logique territoriale découle de la prise en compte de l’impact géographique. Les compétences européennes y sont inégales, mais réelles et les pays du Maghreb plus concernés que les autres en raison de leur proximité avec l’Europe.

Il s’agit d’un ensemble d’interventions d’intensité variable dans les domaines de l’environnement, des transports, de l’aménagement du territoire qui ont donné de l’importance au Maghreb, en raison de sa proximité géographique.

La logique sécuritaire apparaît plus récemment, avec l’émergence des nouvelles compétences communautaires de la politique de Liberté, Sécurité, Justice : elle comprend la gestion des flux migratoires, …. Le Maghreb est directement concerné par les développements de ces politiques, qui ont des implications directes sur sa stabilité politique et démographique. Depuis quelques années, ces problèmes ont pris une dimension saharienne et atlantique, d’une importance croissante.

Si la logique politique est déjà présente dans toutes les actions, elle est explicite dans la recherche d’un dialogue permanent entre les deux rives de la Méditerranée et plus précisément dans le bassin occidental.

En pratique, le Maghreb recèle plus d’opportunités de coopération et plus d’avantages à les développer que les autres PSEM (pays du Sud et de l’Est Méditerranéen). Reste à définir dans quel cadre le « statut» peut fonctionner en termes politiques, en fonction de la conditionnalité démocratique qui prend de l’importance du côté de l’UE et sans porter atteinte à l’identité des pays du Maghreb.

Les questions de sécurité n’ont pas cessé de monter en puissance : d’abord l’immigration et maintenant le terrorisme. L’UE constate que ces politiques ne peuvent fonctionner sans une coopération active avec les pays du voisinage et notamment avec les plus proches de l’UE, ce qui est le cas du Maghreb.

Par ailleurs, les derniers événements favorisent l’émergence d’une perception élargie du Maghreb, qui n’est plus seulement un groupe de PSEM plus occidentaux que les autres, mais une grande plateforme géopolitique où les dimensions, atlantique et transsaharienne, s’ajoutent à la méditerranéenne, notamment à travers des préoccupations accrues en matière de sécurité et de défense.

Dans l’UE, l’intérêt pour le Maghreb est variable. Si la France, qui occupe une position particulière en raison de ses liens historiques, est en faveur d’une intensification de la coopération, elle veille à ce que sa première place ne soit pas remise en cause par la concurrence de ses partenaires. Les autres États craignent un assujettissement de l’action communautaire à des objectifs purement français.

Son « tropisme maghrébin » est partagé par ses deux grands voisins méditerranéens (Espagne et Italie), qui ont d’importants intérêts commerciaux et des relations de proximité, l’une avec le Maroc, l’autre avec la Tunisie. La Belgique et les Pays-Bas ont aussi un intérêt, dans la mesure où une forte proportion de leur population immigrée est d’origine marocaine.

L’Allemagne n’a pas de relation particulière avec le Maghreb, mais elle est son troisième partenaire commercial (après la France et l’Italie). Elle pèse en faveur d’une « communautarisation » des relations qui favorise ses échanges. Angela Merkel, soutenue par les États membres non méditerranéens, a ainsi combattu avec succès la tentative française d’une Union pour la Méditerranée (UPM) limitée aux pays riverains.

En fait, le Maghreb, qui fait une plus grande part de ses échanges avec l’UE que les autres PSEM, n’a pas les mêmes intérêts que ses partenaires, ce qui pourrait conduire à la recherche d’un cadre plus adapté, où ses préoccupations seraient mieux prises en compte.

La Ligue arabe est un des plus anciens organismes de coopération intergouvernementale, fondé en 1945, qui regroupe 22 pays. Son centre de gravité est en Égypte (le siège de la Ligue est au Caire).  La Ligue s’est construite en « contre » (l’impérialisme, le colonialisme…) plutôt qu’en « pour » (l’établissement d’institutions communes fortes), ce qui explique le faible bilan des agences et des comités spécialisés.

La construction, toujours embryonnaire, du « marché commun arabe » est entravée par des problèmes fondamentaux qui ne sont pas résolus. La non-coopération a beaucoup de chances de se poursuivre en raison des intérêts antagonistes de plusieurs groupes de pays, notamment des exportateurs de pétrole, qui ne sont pas tentés de partager leurs ressources avec des pays moins favorisés.

L’Union africaine (UA) a succédé à l’Organisation de l’Unité africaine en 2002 : elle compte 54 États membres, dont 4 pays maghrébins sur 5.

En revanche, sa dimension économique est réduite, l’UA encourageant les unions économiques régionales (Afrique de l’ouest (CEDEAO), Afrique orientale, Afrique australe), ce qui devrait logiquement la conduire à privilégier l’intégration du Maghreb.

En termes d’intégration économique, toutes ces organisations n’ont produit que des résultats limités. On voit clairement qu’il n’existe pas pour le Maghreb d’alternative à une intensification du « partenariat privilégié » avec l’UE.

Les documents de stratégie établis par la Commission européenne donnent une liste exhaustive des activités de coopération entreprises ou réalisées, qui couvre un large éventail de politiques communautaires et impliquent un grand nombre de ses directions générales.

D’une manière générale, la diversification de la coopération intervenue dans le cadre de la politique de voisinage (PEV) n’est pas synonyme d’intensification. Une partie des actions qui figurent dans les documents communautaires sont au stade du lancement ou de la signature d’accords spécialisés, qui prennent du temps à être négociés, puis ensuite signés et ratifiés, avant de connaître une mise en œuvre effective.

Dans la formulation de ses relations extérieures, l’UE a toujours souligné qu’elle tiendrait compte de la capacité de ses partenaires à se conformer au droit international, afin de ne pas développer des conflits de voisinage. Si la conformité aux objectifs de la Politique étrangère commune est obligatoire pour un pays candidat, elle n’est qu’une option pour les pays associés.

Mme Toumi Siamer Nacera

Experte en Organisation et Diplomatie

Mohamed Benhemla
ADMINISTRATOR
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