Pourquoi les scientifiques marcheront-ils demain ?

Pourquoi les scientifiques marcheront-ils demain ?

La « Marche pour les sciences » sera le point d’orgue d’une protestation qui enfle dans la communauté scientifique internationale depuis l’investiture de Donald Trump comme président des États-Unis.

Le 22 avril 2017, une marche historique aura lieu aux États-Unis et à travers le monde. Elle a été lancée par l’intermédiaire du compte Twitter @ScienceMarch DC, par Jonathan Berman, de l’université du Texas, et Caroline Weinberg, chercheuse en santé publique. « Nous avons été inspirés par les attaques actuelles contre la science de la part de la nouvelle administration », a écrit cette dernière au quotidien The Washington Post. Musellement de la communication des chercheurs fédéraux, menace de gels de crédits, critique de la science environnementale et climatique, annulation d’un sommet climat et santé ont inquiété au plus haut point…

« Rien que pour l’Iran, plus de 3000 étudiants originaires de ce pays ont obtenu des doctorats d’universités américaines au cours des trois dernières années »

La raison première reste toutefois la signature par Donald Trump, en janvier 2017, d’un décret exécutif imposant une suspension durant 90 jours des visas aux ressortissants de six pays (Iran, Irak, Soudan, Yémen, Libye, Somalie) et indéfiniment pour un septième, la Syrie. Or, les initiateurs du projet tiennent à rappeler que la science se nourrit de la circulation des idées comme de celle des chercheurs, universitaires et étudiants dans les laboratoires, les colloques, etc. La révolte s’est publiquement déclarée au MIT (Massachusetts Institute of Technology) lorsque deux de ses chercheurs, d’origine iranienne, ont été empêchés de rentrer aux États-Unis fin janvier.

« Rien que pour l’Iran, plus de 3000 étudiants originaires de ce pays ont obtenu des doctorats d’universités américaines au cours des trois dernières années », ont par ailleurs protesté dans une lettre ouverte 27.000 scientifiques, dont 54 prix Nobel, 104 lauréats de la médaille Fields et 502 membres d’académies scientifiques, dénonçant le décret comme discriminatoire et nuisant au leadership américain dans l’enseignement supérieur et la recherche.

Dans la revue Nature, des chercheurs illustrent la menace qui pèse sur la recherche médicale. Peter Hotez, spécialiste des maladies infectieuses au Baylor College of Medicine de Houston (Texas), rappelle ainsi que la leishmaniose sévit en Syrie et en Irak ou la schistosomiase au Yémen. « Les communautés scientifiques à travers le monde ont besoin de collaborateurs dans ces pays pouvant combattre les épidémies avant qu’elles n’arrivent aux États-Unis », assure-t-il. L’interdiction de circulation perturbe le travail sur le vaccin de la leishmaniose, explique encore Farrokh Modabber, un chercheur iranien qui collabore avec les Instituts nationaux de la santé américains (NIH) et l’Institut Pasteur d’Iran. « Les équipes américaines ont développé des vaccins et traitements durant la dernière décennie mais les tester peut se révéler difficile voire impossible sans l’implication des scientifiques des pays concernés par l’épidémie ».

Des comptes Twitter rebelles pour communiquer librement avec le public

Méfiants, des scientifiques ont par ailleurs entrepris la sauvegarde des données sur le climat, à l’initiative de l’université de Pennsylvanie. 1,5 téraoctet de données serait déjà à l’abri, hébergé par Amazon…

D’autres ont lancé des comptes Twitter rebelles comme @RogueNASA pour communiquer librement avec les médias et le grand public. Depuis, des marches de solidarité sont organisées dans onze pays, dont une en France par le compte Twitter français @ScienceMarch-FRlancé par les Toulousains Olivier Berné, chercheur à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie, et Emmanuelle Perez, historienne. Par ailleurs, les responsables des grandes institutions scientifiques ont eux-aussi annoncé leur soutien à la Marche pour les sciences, comme l’explique dans la vidéo ci-dessus et tournée par Sciences et Avenir le président du CNRS Alain Fuchs. Tout ce monde devrait se retrouver dans la rue samedi prochain, le 22 avril.

 

Elena Sender, Rachel Mulot

Source : sciencesetavenir.fr

Samia Fali
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