Phagothérapie : l’efficacité dépend du système immunitaire

Phagothérapie : l’efficacité dépend du système immunitaire
Des bactéries (en vert) assaillies et détruites par des bactériophages (en violet) sous l'objectif d'un microscope électronique. Cliché de microscopie électronique par M. Rohde and C. Rohde et colorisé par Dwayne Roach.© M. Rohde

Attaquer les bactéries avec leurs propres virus, les bactériophages ou « phages », inoffensifs pour l’homme… Proposée il y a cent ans, cette approche – la phagothérapie – est devenue marginale avec l’avènement des antibiotiques. Mais aujourd’hui, avec la montée alarmante des résistances aux antibiotiques, l’intérêt pour cette piste se renouvelle en Europe. Jusqu’à présent, cependant, les données manquaient pour comprendre comment la phagothérapie fonctionne in vivo. « In vitro, les phages tuent les bactéries qu’ils ciblent spécifiquement, mais chez l’animal et a fortiori chez l’homme, le contexte est différent et l’importance de la réaction de l’hôte était jusqu’à présent négligée », explique Laurent Debarbieux, de l’Institut Pasteur. Or son équipe vient de montrer que l’efficacité de la phagothérapie dépend du système immunitaire du patient.

Les chercheurs ont mené une double approche qui combine un modèle animal, pour évaluer l’efficacité du traitement in vivo dans différents contextes, et une modélisation mathématique visant à mieux cerner l’importance du statut immunologique du patient dans les chances de réussite d’une telle thérapie. « Avec le seul modèle animal, il est très compliqué de vraiment représenter des variations dans l’efficacité des défenses immunitaires », explique Laurent Debarbieux. Son équipe a utilisé comme modèle la bactérie Pseudomonas aeruginosa, impliquée dans des infections respiratoires et qui a été classée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) parmi les bactéries les plus menaçantes en terme de résistance aux antibiotiques.

Les chercheurs ont ainsi pu montrer que chez des souris dont l’immunité fonctionne bien, le traitement est couronné de succès. Le système immunitaire inné, le premier sollicité en cas d’infection, prend notamment en charge les bactéries qui deviennent résistantes aux phages. Toutefois, ce n’est plus le cas chez des souris génétiquement modifiées pour que leur système immunitaire soit moins performant, en particulier quand la population de neutrophiles – des globules blancs surtout impliqués dans l’immunité innée – est réduite. Les simulations in silico confirment qu’une activation de la réponse innée à hauteur de 50 % de celle observée chez un individu sain est nécessaire pour que le traitement soit efficace (20 % si l’on suppose qu’aucune bactérie ne résiste aux phages). En aucun cas, les phages seuls ne peuvent éradiquer une infection à P. aeruginosa.

Ces travaux suggèrent que les neutrophiles sont indispensables pour éradiquer tant les bactéries résistantes aux phages que les autres. « On pourrait envisager de sélectionner les patients susceptibles de bénéficier d’un tel traitement. Il pourrait ne pas être approprié ou recommandé pour des personnes en situation d’immunodéficience sévère », explique le chercheur. L’étude montre également l’innocuité de l’approche sur les souris ainsi que la possibilité d’utiliser les phages en prophylaxie. Une piste pour limiter les infections nosocomiales à l’hôpital ?

Attention toutefois, la phagothérapie n’est pas un remède miracle. « Il existe des échecs et le traitement doit être bien mené. Il est primordial que des résultats soient obtenus avec les modèles actuels pour compléter les connaissances du début du XXe siècle », estime l’infectiologue Olivier Patey, du centre hospitalier de Villeneuve-Saint-Georges, qui a participé en 2016 à un colloque sur le sujet à l’Assemblée Nationale. Des essais cliniques commencent à être menés, notamment l’essai Phagoburn financé par l’Europe, sur des infections cutanées chez de grands brûlés. « Cela illustre le regain d’intérêt pour la méthode. Un autre essai clinique ciblant les infections urinaires se déroule en Géorgie et en Suisse. Ces infections étant courantes, des résultats devraient être disponibles d’ici deux ou trois ans », espère Laurent Debarbieux. Des données cliniques nécessaires pour évaluer enfin la pertinence de cette méthode dans notre arsenal contre les bactéries résistantes.

 

Noëlle Guillon

Source : pourlascience.fr

Lamia Siffaoui
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