Penelope, vos juges n’ont rien compris !

Penelope, vos juges n’ont rien compris !

Lorsqu’on dénomme sa fille, Marie, Sophie ou Germaine, c’est une affaire de goût, de mode ou en souvenir d’une grand-mère. Mais lorsqu’on affuble la jeune fille du prénom de Pénélope, on veut forcément s’inscrire dans l’affirmation d’un statut social, d’un chic bourgeois et, folie des grandeurs, d’une légende mythologique.

Les policiers de la brigade financière et les juges d’instruction n’ont probablement pas saisi le sens de cette subtilité.

Lorsque le prénom de Pénélope est entendu, immédiatement la référence au seizième arrondissement, à la bourgeoisie et au veston matelassé de François Fillon vient à l’esprit du public. Il est comme cela des prénoms comme de beaucoup d’autres choses de la vie qui vous inscrivent dans votre classe sociale.

L’une des péripéties les plus marquantes de l’affaire François Fillon restera incontestablement ce prénom idéal pour les discussions de dîners entre amis ou de bistrots. Ce prénom est devenu aussi célèbre que le fut celui de Zizou à son époque. On le prononce avec un sourire amical, on le taquine mais on salut toujours sa douce originalité. Pénélope évoque la gentillesse car on n’imagine pas Cruella ou la vilaine sorcière dans Blanche-Neige s’appeler ainsi. C’est presque devenu une marque de familiarité par sa consonance si particulière et par sa désuétude charmante.

Parfois, il est accompagné d’un réflexe curieux, celui qui s’invite lorsqu’on veut parler d’un certain milieu social. Pour le prononcer, on lève le petit doigt, on pince ses lèvres et on prend son ton le plus précieux et grandiloquent. C’est le même phénomène qui se produit lorsque le commun des citoyens évoque le « Charles-Hubert » ou le « François-Xavier ».

Est-ce tout ? Non, certainement pas car qui a fréquenté le lycée se souvient d’une autre référence, dans la mythologie. Et c’est plutôt celle-là qui est rappelée entre les enseignants. Excusez mon arrogance corporatiste, chacun défend les siens, sinon qui le ferait en ces moments pénibles pour la profession ?

Rappelons cette mythologie à qui nous devons ce prénom de Pénélope et faisons le rapprochement avec l’aveuglement des juges dans cette affaire judiciaire. Certains lecteurs tentent déjà de deviner la raison mais nous ne sommes pas dans la série Colombo, la réponse n’est pas donnée dès le départ, il faut payer de son effort de lecture.

Pénélope et Ulysse, une histoire d’amour

L’amour de Pénélope et d’Ulysse est si profond que les Dieux de l’Olympe l’ont loué et  admiré pour l’éternité comme l’exemple parfait du couple fidèle. Cette histoire, racontée dans l’Odyssée d’Homère est la référence mythique du célèbre nom de Pénélope.

Ulysse, fils de Laerte, roi d’Ithaque, est le personnage principal de l’Odyssée. Il fut le protégé d’Athéna, déesse de la guerre. Pénélope, dont la beauté est légendaire, fille chérie d’Icarios, fut courtisée dès son jeune âge par les plus beaux et les plus puissants princes de Grèce.

Son père organisa des jeux afin de désigner celui qui emportera la main de sa fille. Ce fut Ulysse le vainqueur et ainsi commença une histoire aussi que seules les mythologies savent raconter. Mais, comme chacun le sait, Ulysse voyagea et combattit pendant les vingt années que dura la guerre de Troie, laissant Pénélope dans une attente qui allait engendrer une autre légende.  Car en l’absence du héros, les prétendants se bousculèrent à sa porte, certaines bonnes âmes allant jusqu’à lui annoncer sa mort.

Usée par son combat à repousser les avances, Pénélope finit par promettre aux prétendants qu’elle en choisirait un aussitôt que le linceul qu’elle devait tisser pour son beau-père, Laerte, serait terminé. Puis, Pénélope tisse toute la journée pour immédiatement défaire la nuit ce qu’elle avait confectionné. Une fidèle et amoureuse épouse qui, par ce stratagème, repoussait les avances des prétendants. Là suffira notre histoire pour nous éclairer maintenant à propos de notre affaire Fillon.

L’ouvrage introuvable de Pénélope

Les faits ont été tellement médiatisés qu’il est inutile de s’y attarder longuement. François Fillon est accusé d’avoir employé son épouse et ses deux enfants comme attachés parlementaires pour des emplois fictifs. La somme allouée aux parlementaires n’interdit pas d’embaucher un proche mais fixe une quotité maximale sans d’ailleurs qu’aucun contrôle de l’assemblée ne soit effectué. Autrement dit, François Fillon pouvait, à l’exception du respect de ce plafond, décider librement d’une rémunération pour des missions dont le contenu n’est encadré par aucune définition légale.

Si nous laissons de côté l’immoralité de l’affaire, le judiciaire n’est en droit de demander des comptes qu’en cas de preuve de la nature fictive du travail. Or, à en croire la mise en examen, il semblerait que rien n’ait pu être prouvé, aucun document probant ne validant la thèse du travail réel. Personne n’a vu Pénélope travailler ni aucun document ne peut l’attester, pas plus que l’existence d’un mail professionnel ou d’une carte d’entrée à l’assemblée.

Mais les policiers, comme les juges instructeurs, doivent être des ignorants. Ils n’ont pas pris en compte l’attachement mythique de Pénélope envers son Ulysse, François Fillon. Ce même François qui, face à la France entière et les yeux en larmes, déclara son amour publiquement ainsi que sa colère qu’elle soit injustement mise en cause.

Ils n’ont pas compris que pour cet amour, chaque nuit, Pénélope détruisait les fichiers informatiques de la journée. A chaque tombée de la nuit, ses documents écrits étaient passés à la broyeuse et aucune trace de son travail ne devait exister pour le lendemain. C’est ainsi que vécut la malheureuse Pénélope en l’absence de son mari éternellement absent, tant absorbé par un travail qui, tel Ulysse, le faisait déplacer sans compter.

Ils n’ont pas compris que Pénélope se devait d’effacer toute trace de son travail comme la pauvre Shéhérazade devait passer ses mille et une nuits à raconter, chaque soir, une histoire différente au risque d’y perdre la vie si elle arrêtait. Pénélope a broyé, déchiré et effacé toutes traces de ce qui pouvait l’entraîner vers la perte de son bien aimé. Que vont-ils lui demander comme traces, ces policiers et ces juges qui n’ont aucun cœur ?

Pénélope a-t-elle tout détruit ? Hélas, non, pour son grand malheur. Elle a perçu un revenu de cent mille euros pour un unique article publié dans la Revue des Deux Mondes. C’est que, contrairement à sa légende, elle fit une erreur fatale de laisser une trace. Les journalistes se sont précipités pour rechercher la réalité de son travail et ont découvert un article écrit, le seul. Malheureuse Pénélope, elle n’avait donc pas tout détruit !

SID LAKHDAR Boumédiene

Enseignant

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