Obésité, diabète et perturbateurs endocriniens

Obésité, diabète et perturbateurs endocriniens
Une souris femelle traitée de quatre à six mois au diéthylstilbestrol – un produit pharmaceutique interdit en 1977, mais qui persiste longtemps dans l'environnement –, prend beaucoup plus de poids qu'une souris non traitée. D’après Mol. Cell. Endocrinol., vol. 304, R. Newbold et al., Environmental estrogens and o Crédit photo: cerveauetpsycho.fr

Marie-Neige Cordonnier

cerveauetpsycho.fr

L’exposition à des perturbateurs endocriniens et diverses autres substances chimiques favoriserait l’obésité et le diabète.

L’obésité ne serait pas seulement liée à une alimentation trop riche, au manque d’exercice et aux prédispositions génétiques. L’exposition à certaines substances chimiques, notamment des perturbateurs endocriniens – des molécules qui modifient le fonctionnement du système hormonal –, jouerait un rôle important dans le développement de la maladie. Le diabète aussi serait directement concerné : si nombre de cas sont liés à l’obésité, de plus en plus de personnes ne présentant pas de surpoids contractent la maladie et, là encore, l’exposition aux substances chimiques ne serait pas anodine.

Telle est la conclusion de deux rapports publiés en mars à quelques jours d’intervalle : le rapport ECOD (Evaluation du lien entre environnement chimique, obésité et diabète) de l’association Réseau Environnement Santé, qui s’appuie sur un séminaire international organisé en janvier 2011 par le Programme de toxicologie américain, et un rapport de l’association britannique CHEM Trust (Panorama scientifique des liens entre exposition chimique et risques d’obésité et de diabète), fondé sur l’étude de 240 publications scientifiques.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 700 millions de personnes dans le monde seront obèses en 2015, soit 75 pour cent de plus qu’il y a dix ans.

La nutrition et la sédentarité ne suffisent pas à expliquer ces épidémies. De plus en plus d’études expérimentales et épidémiologiques suggèrent que l’exposition à des perturbateurs endocriniens serait aussi en cause. Le bisphénol A et les phtalates (plastiques), des polluants organiques persistants tels les dioxines (dérivés de combustion) et les polychlorobiphényles (isolants), des pesticides tels les organophosphorés et l’atrazine, des organoétains, ont été impliqués dans la prise de poids chez l’animal, in vitro et in vivo. Ces mêmes substances entraînent en outre des perturbations métaboliques semblables à celles qui apparaissent avec le diabète de type II. Les perturbateurs endocriniens ne sont pas les seules substances concernées : des éléments tels le nickel, le plomb, le mercure ou l’arsenic et l’exposition prénatale à la nicotine ont aussi une incidence.

Ces résultats sont à confirmer, notamment par des études chez l’homme, mais, pour nombre de médecins, les preuves sont suffisamment alarmantes pour que des mesures de précaution et d’analyse systématique soient prises dès à présent, concluent les deux rapports. « Prendre en compte ce facteur est aujourd’hui une nécessité » commente Barbara Demeneix, directrice du laboratoire Évolution des régulations endocriniennes (CNRS/MNHN). « On constate notamment de plus en plus que l’effet des perturbateurs endocriniens n’est pas proportionnel à la dose : de faibles doses peuvent entraîner des effets, tandis que des doses plus fortes seront sans effet, voire auront des effets inverses. Il est urgent de déterminer les 10-20 substances les plus incriminées et de leur substituer des composés plus sûrs. »

 

Lamia Siffaoui
ADMINISTRATOR
PROFILE

Voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse électronique ne sera pas publiée. Les champs Exigés sont marqués avec *

Cancel reply