Montréal : Opération de la DPJ dans une école juive

Montréal : Opération de la DPJ dans une école juive
PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

SARA CHAMPAGNE, TOMMY CHOUINARD
La Presse

La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ont mené une opération, appuyée par plusieurs policiers de Montréal, dans une école juive située au 6355 avenue du Parc, coin Beaubien.

La porte-parole de la DPJ, Claire Roy, n’a pas voulu confirmer ou infirmer si des agents étaient sur place, malgré ce qu’en témoignent nos photos.

«Nous ne pouvons pas commenter sur un cas précis en vertu des règles de confidentialité de la Loi sur la protection de la jeunesse. Donc, on ne peut donner aucun détail pour le moment», a indiqué la porte-parole des Centres jeunesse Batshaw, Claire Roy, en entrevue avec La Presse Canadienne.

En début d’après-midi, une douzaine d’intervenants du bureau de la direction de la protection de la jeunesse du Centre-Sud de Montréal ont quitté l’établissement sans émettre de commentaires.

Vers 14h, un autobus scolaire s’est garé devant la porte principale du bâtiment. Dans le calme, une trentaine d’enfants d’âge primaire sont montés à bord. Un peu plus tôt, quelques dizaines d’adolescents ont quitté les lieux.

Dans une courte déclaration, un conseiller représentant la communauté juive hassidique de l’établissement, Hershber Hirsch, a affirmé que la direction était en pourparlers depuis quelques semaines, déjà, avec la DPJ, mais que les agents ont débarqué par surprise ce matin, accompagnés de policiers du Service de police de Montréal (SPVM). « Les enfants ont été traumatisés, a-t-il déployé. Nos avons collaboré avec la protection de la jeunesse, une autre rencontre est prévue. Nous allons continuer d’offrir notre collaboration.»

Le SPVM, pour sa part, confirme seulement qu’aucune arrestation n’a eu lieu.

«Nous exécutions les mandats que la DPJ avait obtenus, a expliqué l’agent Abdullah Emram. Nous étions en appui, pour s’assurer que tout se passait dans l’ordre, que personne ne tente de quitter les lieux et ainsi de suite.»

Une école clandestine

Du côté du ministère de l’Éducation, on indique qu’il n’y a aucun permis pour une école à cette adresse, ce qui confirme qu’il s’agit bel et bien d’une école clandestine et illégale. L’école abritait autrefois un commerce de meubles.

Il est cependant possible de faire certaines inférences, notamment qu’un signalement a été fait à la DPJ puisque celle-ci n’intervient pas autrement. Impossible de savoir, par contre, qui a fait le signalement dans ce cas-ci.

D’autre part, une intervention de la DPJ doit s’appuyer sur la Loi sur la protection de la jeunesse. Or, outre les mauvais traitements et la négligence de toute sorte qui peuvent mener à une intervention, un signalement est justifié dans le cas d’un enfant qui ne fréquente pas l’école, ce qui est le cas sur le plan juridique lorsqu’un enfant est confié à une institution qui ne respecte pas le programme pédagogique prévu par l’État.

La ministre déléguée à la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, préfère attendre les résultats de l’enquête de la DPJ avant de commenter le dossier de cette école. « Je ne m’immisce pas dans le processus, parce qu’ils (la DPJ) sont autonomes », a-t-elle plaidé à la sortie de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres. « Il faut faire en sorte qu’il y ait un développement normal de chacun des enfants. C’est vrai là et c’est vrai partout ailleurs. Alors je vais attendre les résultats sur ce qui se passe. Et à la lumière des résultats, on pourra commenter. »

Elle a souligné que, par un « drôle » de hasard, cette intervention de la DPJ survient au moment où un comité interministériel sur les écoles illégales se trouve dans le « crunch » de ses travaux. Ce comité a été créé en juin 2014. Il a pour mandat de « proposer des solutions pour remédier au problème ». «J’ai demandé que le comité me transmette un rapport dès le mois de septembre 2014, disait le ministre de l’Éducation de l’époque, Yves Bolduc. Le dossier des écoles illégales est un dossier complexe, mais il appelle à l’action.»

Deux ans plus tard, Mme Charlebois a indiqué que le rapport sera prêt « bientôt ». « Ça avait commencé sous M. Bolduc, on a poursuivi avec François Blais, et là maintenant je travaille avec Sébastien Proulx pour trouver des solutions pour faire en sorte que le ministère puisse bien arrimer nos services ensemble pour la protection des enfants et ultimement favoriser un développement de façon plus épanouie. Mais en ce moment, on n’est pas prêt à déposer le résultat de nos travaux. »

Questionnée sur ce long délai, elle a plaidé que « la situation est complexe » et que le gouvernement « ne va pas faire ça à moitié ». « Il faut faire attention à comment on traite ces dossiers-là, parce qu’on parle d’enfants et de familles », a-t-elle soutenu. « Je ne veux pas dire que ce n’est pas inquiétant, mais il ne faut pas non plus dramatiser. Moi, ce qui m’importe, c’est le bien-être des enfants, leur épanouissement, et qu’il n’y ait pas de motif de compromission. C’est ça mon rôle. »

 

– Avec La Presse Canadienne

Lamia Siffaoui
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