Mohamed IDIR : « Le climat des affaires en Algérie est malsain et gangréné par la mafia »

Mohamed IDIR : « Le climat des affaires en Algérie est malsain et gangréné par la mafia »
Photo Élite Presse

M. Mohamed Idir, investisseur et coach expert en gestion de crise et de changement certifié, entre autre, à la Harvard Medical school, revient sur son expérience plusieurs années après avoir fait son premier investissement sur le marché algérien. Lui qui défendait bec et ongles l’importance de l’investissement privé et étranger pour relancer l’économie nationale  est aujourd’hui à court d’arguments et peine à se convaincre lui-même. 

Contrairement à son habitude, c’est avec une mine fatiguée et un visage fermé qu’il se confie à notre journaliste sur le bilan qu’il dresse sur son aventure dans le monde des affaires en Algérie.

É.P : Vous avez toujours affirmé que le marché algérien était très porteur, que s’est t-il passé entre temps ?

M.I : Je souhaite préciser que le marché algérien présente de très belles opportunités pour les investisseurs locaux et étrangers. Il est quasiment vierge ou en éclosion pour de nombreux secteurs. Maintenant , pour évaluer le climat des affaires dans n’importe quel pays au monde, on doit prendre en compte plusieurs paramètres. L’un des plus importants pour un entrepreneur c’est la sécurité des biens et des personnes. Si on vient créer une entreprise en Algérie c’est pour développer une activité, faire des bénéfices et créer des emplois. On ne vient pas ici pour mourir ou se retrouver en prison pour quelques dinars faibles et non convertibles.

É.P : Qu’est-ce qui manque, à votre avis, pour que le marché algérien soit attrayant ?

M.I : Malgré les efforts fournis par les autorités pour garantir un environnement favorable pour attirer et maintenir les investisseurs sur le territoire algérien, le climat des affaires en Algérie reste malsain et gangréné par la mafia. Il y a un écart très important entre les discours des gouvernants et la réalité du terrain. J’ai personnellement toujours été soutenu verbalement par les hauts responsables dans mes différents projets à caractère socio-économique, mais dans les faits, rien. Un cadre supérieur du ministère de la jeunesse et des sports me disait y a pas si longtemps: « Vous faites le travail du gouvernement d’une manière très professionnelle. Vous arrivez quand même à gagner de l’argent ? ». En réalité pas tant que ça. Mon objectif est celui de mon équipe est de contribuer à l’essor économique du pays en aidant les jeunes et moins jeunes à trouver leur voie pour leur donner les outils qui vont leur permettre d’ajouter leur pierre à l’édifice. L’aspect financier est important, mais secondaire.
Vous savez, quand de petits voyous arrivent à manipuler l’appareil judiciaire et les organes de sécurité, il n’y a pas beaucoup d’investisseurs qui sont prêts à risquer leur vie, même si vous leur garantissez une rentabilité exceptionnelle. La confiance est le maître mot dans le monde des affaires. Si je ne peux pas avoir une totale confiance dans les services de police ou le procureur de la république qui sont censés me protéger, je ne pourrais jamais focaliser toute mon énergie à créer et à développer une entreprise.

É.P : Avez-vous eu affaire à des individus mal intentionnés ?

M.I : Tous les jours ! Sauf qu’on ne se laisse pas abattre et on continue d’avancer tant bien que mal. Si je prends l’exemple de l’affaire qui m’oppose à un ancien cadre supérieur de la police nationale qui a été médiatisée récemment, j’ai été très agréablement surpris par la réactivité du général major Abdelghani Hamel suite à ma dénonciation des pressions exercées par la brigade de lutte contre le crime économique et financier et le procureur de la république de Sidi M’hamed. Concrètement rien n’a été fait. Soit il n’a pas fait de suivi, soit ses policiers n’en font qu’à leur tête. Je me retrouve avec une affaire criminelle en cours de fabrication, alors qu’à la base c’est la fille de ce cadre de la police qui me doit de l’argent, preuves à l’appui. Je ne savais pas au début qu’une banale affaire commerciale où j’aurais eu gain de cause dans n’importe quel tribunal civil au monde, pouvait se transformer en affaire criminelle où c’est moi qui devient l’accusé.

É.P : êtes-vous en train de dire que le système judiciaire n’est pas fiable en Algérie ?

M.I : Je dis que le système judiciaire en Algérie a des failles importantes qui  me permettent d’affirmer que les droits des simples citoyens ne sont pas garantis. Je l’affirme par expérience, je ne l’ai pas entendu dans une discussion de café. En Algérie on peut vous convoquer dans un commissariat et chercher ensuite une infraction qui peut vous mener en prison et détruire votre vie, tout simplement parce qu’un « Zamil » a un  litige avec vous. L’officier contre qui j’ai déposé plainte à deux reprises auprès du procureur de la république continue de diriger l’enquête à sa guise. Du jamais vu. Ce n’est pas de cette façon qu’on construit une économie forte.

É.P : Pouvez-vous encore conseiller aux investisseurs locaux et étrangers de se lancer dans les affaires en Algérie ?

Sincèrement, je préfère rester très prudent. J’ai toujours envie d’y croire et de continuer à partager une vision positive, mais actuellement je vais user de mon droit de silence en attendant de voir s’il y a réellement une justice dans ce pays. Pour le moment je n’ai vu que des horreurs. J’avoue que des fois je regarde mon passeport canadien en me demandant ce que je fais ici. Mais quand je vois l’espoir dans les yeux de mes compatriotes j’oublie toutes ces misères et je retrouve ma motivations des premiers jours. Je suis convaincu qu’on va réussir à remettre le pays sur pied tous ensemble et je vais continuer à me battre de toutes mes forces. Je trouve seulement qu’il est vraiment dommage de se battre contre certains de ses compatriotes pour avoir le droit de servir son pays. Que Dieu protège notre cher Algérie, nous on ne fait que passer.

Propos recueillis Par S.K Ahmed

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5 Commentaires

  • Tairi Mohammed
    4 décembre 2017, 14 h 25 min

    Courage mon Ami .Il faut tenir le coup
    Ce pays est en pleine construction et il faut résister et encourager votre entourage. Ce n’est pas simple..certes…mais il faut tenir.
    C’est une nouvelle révolution et il faut "des martyrs" Allah ghaleb
    Ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons avancer et cette abnégation détruira peu à peu la"vermine" qui gangrène l’atmosphère de ce merveilleux pays car il n’a pas entamé 10% de ses potentialités
    Yallah Hazel ahla drahek et bon courage et vous deviendrez dans une futur proche considéré comme un nouveau moujahed

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  • Teguia Abedelwaheb
    4 décembre 2017, 14 h 37 min

    Je pense que vous êtes courageux mais ce pays use même le fer?

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  • Lilia Benia
    4 décembre 2017, 21 h 01 min

    Bon courage c est très dur surtout que vous êtes venus sur Alger pour créer investir et vous vous retrouvé dans une sale affaires laisse chose que je peux vous dire ne faite confiance à personne seulement au personne très très proche merci

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  • حضس
    4 décembre 2017, 21 h 22 min

    لماذا لم اتقم بتصريح اعمالك لمديرية الضرائب

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  • Said
    5 décembre 2017, 1 h 15 min

    Vous n’êtes pas seul frère, portons notre attention sur les solutions, notre Algérie est arrosé de sang de nos martyrs, donc de ce monde parsemé de difficultés triomphent les Hommes les bonnes semées par nos héros.

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