Mohamed Ali : quel lien entre la boxe et la maladie de Parkinson ?

Mohamed Ali : quel lien entre la boxe et la maladie de Parkinson ?

La légende de la boxe, Mohamed Ali, est décédée vendredi 3 juin 2016 à l’âge de 71 ans. Il se battait depuis plus de trente ans contre la maladie de Parkinson.

La légende de la boxe, Mohamed Ali, est décédée vendredi 3 juin 2016 à l’âge de 71 ans. C’est un choc septique (insuffisance circulatoire aiguë) provoqué par des causes naturelles non précisées qui a eu raison du boxeur, selon le porte-parole de la famille au cours d’une conférence de presse samedi 4 juin 2016. Il se battait depuis plus de trente ans contre la maladie de Parkinson, diagnostiquée l’année de ses 42 ans.

Un lien qui paraît inévitable

Le lien de cause à effet entre les 61 combats professionnels de Mohamed Ali et la survenue précoce de sa maladie de Parkinson, diagnostiquée l’année de ses 42 ans, paraît inévitable aux yeux des médecins. « On ne peut rien affirmer de péremptoire mais il y a quand même de fortes suspicions », estime pour l’AFP le docteur André Monroche, médecin de la confédération des sports de contact et arts martiaux. « On sait aujourd’hui que les chocs répétés altèrent les cellules nerveuses, surtout sur un cerveau qui n’a pas été mis au repos. » Plus direct, le docteur Jean-François Chermann, s’embarrasse peu de précautions. Dans un livre paru en 2010, « KO, le dossier qui dérange », ce neurologue de l’hôpital parisien Leopold-Bellan racontait ainsi que Mohamed Ali, « à la fin de ses entraînements, baissait sa garde et demandait à son sparring-partner de lui mettre des coups à la tête pour montrer qu’il était le plus fort. Il y a un lien entre sa maladie actuelle et ce genre de pratiques », jugeait-il.

En 1984, lorsque les médecins diagnostiquent la maladie de Parkinson chez la légende des lourds fraîchement retraitée, la boxe est inévitablement stigmatisée. Ne parle-t-on pas d’ailleurs à l’époque de « démence pugilistique » ? Trente ans plus tard, l’épidémiologie des sports de contact permet d’élargir le tableau. Environ 30% des boxeurs développent après leur carrière des troubles neurologiques selon le Dr Chermann. « Plus on prend de KO, dit-il, plus les risques sont élevés. Les amateurs ne sont pas épargnés. Ils font plus de combats, sont moins suivis et travaillent moins leur défense que les pros », note-t-il.

Syndrome du second impact

Mais le KO n’est que le plus spectaculaire des traumatismes. La partie émergée de l’iceberg des commotions cérébrales, également fréquentes dans le rugby mais aussi le football, le hockey sur glace, le ski, le handball, le judo, l’équitation, la gymnastique etc. « C’est beaucoup moins spectaculaire que la boxe où l’on voit les traumatismes en direct », reprend le Dr Monroche « mais ce n’est pas anodin. La répétition des traumatismes et des chocs, ce peut être aussi un footballeur qui joue beaucoup de la tête. En boxe, il y a un arbitre, dans d’autres disciplines, personne ne peut intervenir. » La multiplication des chocs altère en effet l’entourage des cellules nerveuses, ou « protéine tau », et empêche ainsi la cellule de fonctionner normalement. Cette tauopathie est d’ailleurs l’un des principaux marqueurs de la maladie de Parkinson. En France, le rugby a pris les choses en main au milieu des années 2000 et établi en 2013 un véritable suivi neurologique des joueurs professionnels. Aux États-Unis, le football américain et le hockey-sur-glace sont extrêmement surveillés sur ce plan. Depuis la fin de la carrière de Mohamed Ali, les recherches ont également repéré des populations plus exposées (les jeunes, les femmes) et démontré l’absolue nécessité de la mise au repos pendant au moins cinq jours d’un cerveau traumatisé, commotionné, pour éviter le « syndrome du second impact », responsable de plusieurs dizaines de décès de sportifs chaque année. Beaucoup mieux suivis, les boxeurs d’aujourd’hui ne sont pas à l’abri mais ils sont informés.

Par Sciences et Avenir avec AFP

Sabrina Lallemand
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