L’oubli permet de créer des nouveaux neurones

L’oubli permet de créer des nouveaux neurones
Faudra-t-il changer le nom du jeu Memory ? Les chercheurs proposent une nouvelle définition de la mémoire : optimisation de la prise de décision. DELAHAYE CATHERINE/SIPA

Une étude met en avant l’importance de l’oubli dans une mémoire efficace. Oublier serait un mécanisme fondamental lié à l’apparition de nouveaux neurones. 

Vous avez des soucis pour vous rappeler les prénoms ? Vous êtes nul au Memory ? Bonne nouvelle ! C’est juste votre mémoire qui fait son travail. « L’objectif de la mémoire est de faire de vous une personne capable de prendre les bonnes décisions en fonction des circonstances. Et pour y parvenir, il faut oublier certaines informations. » L’étude de l’université de Toronto, publiée dans la revue Neuron, casse les codes. Le but de la mémoire n’est-il pas d’enregistrer le plus d’informations possibles ? Pas selon les travaux de Paul Frankland et Blake Richards. À en croire ce dernier, « il est important que le cerveau puisse oublier les détails les moins pertinents pour se concentrer sur ceux qui permettent une prise de décision efficace« .

La mémoire dans la peau

Cette étude rétrospective jette un nouveau regard sur un grand nombre d’expériences déjà publiées. Il en ressort que l’hippocampe, une partie du cerveau impliquée dans la mémorisation, ne se comporte pas exactement comme on l’imaginait. Comme expliqué dans un précédent article, de nouveaux neurones peuvent se fabriquer à n’importe quel âge de la vie. L’étude de Paul Frankland révèle une nouvelle manière d’aborder la neurobiologie : « Nous avons trouvé de nombreuses preuves que les mécanismes qui promeuvent la perte de mémoire ne sont pas les mêmes que ceux qui l’emmagasinent« . Néanmoins, ces deux processus sont liés. De sorte que, dans l’hippocampe, la croissance neuronale promeut l’oubli.

Pourquoi l’oubli est important

En somme, il faudrait faire de la place pour mieux stocker ensuite. Francis Eustache, neuropsychologue à l’Inserm, résume sur le site internet de l’institut l’état des connaissances actuelles : « L’activation régulière et répétée des réseaux permettrait de renforcer ou de réduire les connexions, avec pour conséquence de consolider le souvenir ou au contraire de l’oublier. Il est important de préciser que l’oubli est associé au bon fonctionnement de la mémoire en dehors de cas pathologiques« . Selon les scientifiques de l’université de Toronto, cette découverte ouvre de nouvelles perspectives de recherche. Par exemple, un parallèle pourrait être établi entre neurobiologie et informatique. Les disques durs ont besoin d’oublier pour emmagasiner de nouvelles informations.

Dans le schéma ci-dessous, on peut voir pourquoi il est si important de savoir oublier. Par exemple, quand un restaurant change d’adresse, on ne veut pas garder en mémoire l’ancien numéro. Mais aussi quand il faut faire des prédictions : de nombreux restaurants ouvrent dans une région donnée ? Il faut savoir généraliser pour le remarquer. Cette prise de conscience permettra de prédire que d’autres restaurants ouvriront peut-être dans cette zone. Autre piste proposée par les chercheurs : étudier la neurobiologie de l’oubli. Ça fait beaucoup de nouveautés d’un seul coup et vous n’avez peut-être pas tout retenu. Tant mieux !


Le cas des hypermnésiques

Il existe des « maladies » de la mémoire parfaite, dont les « victimes » sont appelées hypermnésiques. Mais ces cas sont rares. Un neuropsychologue, A. R. Luria, l’a décrit en 1968 dans son livre L’esprit d’un mnémoniste. Pour oublier un souvenir, le patient S n’avait pas d’autre choix que de se forcer à le faire. Mais cette mémoire surhumaine s’est révélée être un handicap dans la vie de tous les jours. Il se souvenait de tous les détails superflus. Cette « pollution » l’empêchait de se concentrer sur les vraies questions. Il ne savait pas généraliser à partir de cas particuliers. En s’appuyant sur ces recherches et de nombreuses autres, Paul Frankland et Blake Richards en sont arrivés à la conclusion que « c’est en combinant souvenir et oubli que les individus peuvent faire preuve de flexibilité« .


Damien Desbordes

Source : sciencesetavenir.fr

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