Les ventouses reviennent nous soulager

Les ventouses reviennent nous soulager

Plébiscitées par les stars et les athlètes, ces drôles de petites cloches en verre qui aspirent la peau font leur retour pour traiter acné, bronchites, lombalgies, entorses, migraines, fatigue ou blues passager.

Les étranges cercles rouges sur le dos du champion de natation Michael Phelps ont suscité bien des interrogations lors des JO de Rio, en août dernier. Comme d’autres sportifs, l’athlète est adepte de la cupping therapy, ou thérapie par les ventouses. Le secret de sa victoire, ces petits pots de verre hérités de nos grands-mères ? Peut-être. Tombée en désuétude, cette technique ancestrale fait son retour depuis quelques années. Et par la grande porte. Jennifer Aniston, Gwyneth Paltrow, Justin Bieber exposent leurs marques de cupping jusque sur les tapis rouges hollywoodiens. La promesse d’un teint plus lumineux, d’une silhouette affinée, d’un surcroît d’énergie, et même d’un coup de pouce à la fertilité, murmure-t-on.

Les ventouses n’ont rien de nouveau. Égyptiens, Grecs et Romains y avaient déjà recours, et Hippocrate les conseillait lors des congestions respiratoires et des troubles gynécologiques. Elles semblent avoir existé un peu partout : les Hottentots, en Afrique australe, les confectionnaient avec des cornes de bovins ou d’ovins, tandis que des fouilles archéologiques en Amérique du Nord suggèrent l’usage de coquillages.

Chassées par les antibiotiques

En Chine, on les associait souvent à des points d’acupuncture, mais sans codification précise. Selon les cultures, elles étaient fabriquées en terre, en tuile, en bronze, en bambou et, enfin, en verre. Très populaires en France jusqu’au XXe siècle, elles sont tombées en désuétude après la Seconde Guerre mondiale, avec l’avènement des antibiotiques. Mais jusque dans les années 1950, les infirmières apprenaient encore à les poser, et nos grands-mères y avaient recours pour soigner les troubles pulmonaires.

À Paris, les instituts Lanqi accueillent des personnes soucieuses de leur capital santé. « Au départ, mes clients venaient surtout pour les massages traditionnels chinois tui na, mais les ventouses sont de plus en plus demandées en complément. À tel point que cela représente désormais un tiers de nos soins ! » remarque Lanqi, la maîtresse des lieux, qui tient son savoir de son grand-père et de son village natal en Mongolie. « Dans nos instituts, les gens viennent surtout pour des problèmes circulatoires, des douleurs, des troubles de la digestion, mais aussi pour des questions esthétiques (boutons, rétention d’eau, cellulite…) », rapporte-t-elle.

La séance commence par une prise des pouls, afin de déterminer l’équilibre yin et yang et la faiblesse d’un ou plusieurs organes. Puis le massage précis – les mains expertes appuient exactement là où ça fait mal ! – prépare à la pose des ventouses. Une agréable sensation de chaleur s’ensuit alors, accompagnée d’un tiraillement qui peut être douloureux sur les zones tendues. Habituée du salon, Marie-Alice, 27 ans, a découvert cette technique il y a quelques années, alors qu’elle cherchait une solution pour ses mains froides et humides. L’association massage et ventouses s’est révélée rapidement efficace. En prime, elle a vu son acné rosacée et ses boutons dans le dos disparaître. Depuis, elle vient en prévention à chaque changement de saison : « J’en ressors la tête haute, libérée, plus forte et tonique. Et le soir, mon sommeil est calme et profond », témoigne-t-elle.

Un soin simple, naturel et sans effets secondaires

Face à l’engouement pour ce soin simple, naturel et sans effets secondaires, la communauté médicale s’interroge. Plus d’une centaine d’études ont tenté d’évaluer scientifiquement l’efficacité des ventouses. Elles pourraient soulager l’acné, le zona, l’eczéma, la paralysie faciale, les rhumatismes, l’arthrite, la fibromyalgie, l’hypertension, la migraine, la fertilité, l’anxiété, la dépression ou encore la congestion bronchique… Mais aucune de ces indications ne peut être formellement établie car, pour prouver l’efficacité d’un remède, il faut pouvoir le comparer à un placebo. Or, difficile de faire semblant d’administrer des ventouses… « On nous demande des études randomisées et l’on invoque l’effet placebo, mais lorsque les gens n’arrivent plus à marcher malgré la cortisone, qu’ils ont mal depuis quatre ans et qu’en une ou deux séances c’est fini, les preuves sont là ! » constate Daniel Henry, spécialiste des ventouses en France et dans le monde. C’est une religieuse infirmière qui lui a fait découvrir cette thérapie dans les années 1960. Depuis, à partir de ses connaissances de kinésithérapeute, d’ostéopathe et de spécialiste en médecine chinoise, il a codifié et structuré une médecine des ventouses avec des protocoles thérapeutiques précis. « C’est un outil simple et vraiment utile, surtout sur les contractures musculaires, témoigne Pierre Maugeais, médecin généraliste dans la région nîmoise, formé auprès de Daniel Henry. Les gens rentrent pliés et ressortent debout ! L’efficacité est nette sur les lombalgies, les dysménorrhées, mais aussi les crises d’asthme ou même les déprimes passagères et légères. »

Comment expliquer ces résultats étonnants ? D’après Daniel Henry, plusieurs facteurs sont en jeu. La décompression suite au vide d’air de la ventouse induit une « aspiration » de la peau et, donc, un afflux de sang (dont témoignent ensuite les marques rouges). La vascularisation locale provoquée améliore la circulation, décongestionne et élimine les toxines (entraînées dans la circulation sanguine générale ou à l’extérieur lors de ventouses scarifiées). Cette mise en mouvement agit tant en surface qu’en profondeur ou à distance, car peau, viscères, muscles et nerfs sont interconnectés. Enfin, les ventouses agissent aussi sur les points d’acupuncture et sur les stagnations de froid, feu, vent, sécheresse ou humidité, considérées par la médecine chinoise comme des déséquilibres responsables de maladies.

Un antidouleur efficace

Si l’efficacité des ventouses est bien connue dans les troubles pulmonaires (bronchites, toux, pneumopathie, asthme…), son action antalgique l’est moins. « Une amie souffrait de dorsalgies terribles et avait tout essayé, jusqu’au jour où les ventouses l’ont soulagée », rapporte Pascal Abella-Gallart, kinésithérapeute au centre hospitalier La Chartreuse, à Villefranche-de-Rouergue, dans l’Aveyron. Intrigué, il s’est formé à la technique il y a deux ans et la propose à l’hôpital pour soulager hématomes douloureux liés à des fractures, tendinites et douleurs d’épaule. « Les résultats sont spectaculaires dans ces pathologies, et immédiats sur les sportifs avec des problèmes de tendons d’Achille notamment », assure-t-il. « Une ou deux séances suffisent généralement à soulager tennis-elbow, lombalgie, blocage des cervicales, entorses ou arthrose. Les douleurs migraineuses tout comme celles liées au syndrome prémenstruel se traitent également très bien », complète Daniel Henry.

Les ventouses réguleraient aussi des problèmes dermatologiques tels que l’acné, les démangeaisons, l’eczéma ou le psoriasis, via certains points spécifiques situés dans le dos. « Je souffrais d’un psoriasis très invalidant, se souvient Jean-Louis. Les ventouses l’ont réduit en six mois et j’ai pu retourner à la piscine. » « Lorsque des personnes de mon entourage commencent à râler ou à être fatigués, je leur recommande une séance, indique Pascal Abella-Gallart. En réharmonisant les organes, l’énergie circule et la joie revient. Ils passent une bonne nuit et le lendemain les ruminations s’estompent ! » L’effet tonique et « booster » des ventouses est fréquemment cité par les patients. Et confirmé par les praticiens. « Il existe dans le dos des points permettant d’agir sur le moral et les émotions, et c’est tout l’art du spécialiste de déterminer sur lesquels il faut agir selon le type de fatigue et d’émotions ressenties (tristesse, rumination, angoisses…) », conclut Daniel Henry.

En pratique

Temps de pose : en général vingt minutes, sauf sur certains endroits d’anatomie précis qui requièrent moins de temps.

Combien et où ? Les ventouses se posent un peu partout (dos, épaules, coudes, jambes, chevilles, mains…) en quantité variable (d’une à une dizaine environ) mais jamais astronomique (par exemple vingt sur le dos !). C’est la qualité de la pose qui fait l’efficacité.

Ventouses à chaud : c’est le mode d’action privilégié. On passe rapidement une flamme dans un petit bocal de verre afin de faire le vide d’air et on pose sur la peau, qui est alors aspirée.

Ventouses à froid : elles sont proposées dans certains cas (jeunes enfants, zones près des cheveux). L’aspiration est actionnée manuellement ou avec une pompe (comme pour un Aspivenin).

Ventouses scarifiées : la peau peut être scarifiée au préalable avec un matériel stérile (comme une petite griffure de rosier) pour augmenter l’efficacité sur des points congestionnés et des zones très douloureuses (tendinite, épicondylite).

Effets secondaires : aucun, sauf les fameuses marques qui partent habituellement en quelques jours.

Contre-indications : très peu, sauf la prise d’anticoagulants.

Qui consulter ? Un professionnel de santé (kinésithérapeute, infirmière, médecin…).

 

Sophie Bartczak

Samia Fali
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