Les robots voleront-ils nos métiers ?

Les robots voleront-ils nos métiers ?
Ces robots vous remplaceront-ils un jour ? GERARD JULIEN / AFP

D’après des analystes, 16% des emplois seront remplacés par des robots d’ici 2025, et seuls 9% seront remplacés. La plupart des spécialistes ne se sentent pas préparés à affronter cette situation sans précédent.

Imaginez un jour comme un autre, dans quelques années : vous arrivez à votre bureau le matin et saluez vos collègues machinalement, mais personne ne vous répond. On vient alors vous apprendre que tous vos collègues ont été remplacés par des intelligences artificielles pendant la nuit, et qu’il va désormais falloir coopérer avec elles. C’est une situation que tout passionné de science-fiction a déjà rencontrée dans maints récits, mais qui ne relève désormais plus de la dystopie*.

Dans un rapport publié en juin 2016, l’entreprise Forrester prévoit que d’ici 2025, 16% des emplois actuels seront remplacés par des intelligences artificielles. Un bouleversement majeur face auquel les spécialistes se sentent majoritairement mal préparés.

16% d’emplois appelés à disparaître, 9% seront créés

Les systèmes d’intelligence artificielle se développent en ce moment à une vitesse exponentielle, et vous en utilisez d’ailleurs probablement plus que ce que vous pensez. 45% des internautes des Etats-Unis et du Canada comptent déjà sur des assistants virtuels tels que Siri (Apple), Google Now, Cortana (Windows) ou Alexa (Amazon), qui notent des rendez-vous, choisissent la musique que vous allez écouter ou analysent vos mails pour vous rappeler que vous devez prendre l’avion le lendemain.

Le rapport prévoit d’ici 2021 un premier « point de basculement cognitif », à savoir le moment où « la technologie cognitive transforme un secteur de travail donné ». Les auteurs estiment que ce sont 16% des métiers que l’on connaît aujourd’hui qui vont être accaparés par des intelligences artificielles ; par effet de compensation, l’émergence de ce secteur va créer 9% d’emplois, ce qui laisse donc 7% des employés actuels dans une situation fort inconfortable.

Agent de maintenance des robots, scientifique des données, spécialiste de l’automatisation ou encore curateur de contenu, une activité qui consiste à sélectionner, éditer et partager des contenus pertinents (sur le Web par exemple), seront peut être les métiers du futur.

Craig Le Clair, l’auteur principal du rapport, nous confie que « un des défis à venir sera d’employer les technologies cognitives sans que cela se fasse au détriment des travailleurs. Je suis optimiste sur ce sujet : je pense que les intelligences artificielles permettront aux travailleurs de faire des métiers plus intéressants, plus satisfaisants et plus enrichissants. »

Les emplois administratifs et de bureaux seront les premiers concernés, car c’est le secteur dans lequel les intelligences artificielles actuelles excellent : il s’agit d’un domaine dans lequel l’analyse de données prime sur la prise de décision et l’initiative, qui sont actuellement le talon d’Achille des Goliaths artificiels. Pour cette raison, le management et le secteur du business serait plus résistant à l’arrivée des technologies cognitives, car ce sont des métiers pour lesquels les chercheurs à l’origine du rapport ont estimé que le corpus de connaissances nécessaire est moins vaste, et qu’il faut faire preuve de plus de nuance dans la prise de décisions.

Watson, le robot médecin d’IBM, en est l’exemple : s’il est capable, en quelques minutes, d’analyser plus de littérature scientifique que ce qu’une équipe de médecins ferait en plusieurs semaines, il se contente de faire un travail de recherche documentaire. Les médecins sont ainsi épargnés d’un labeur ingrat et peuvent se concentrer, eux, sur la prise de décision et la formulation d’hypothèses.

Mal préparés aux changements

Pour essayer de sonder le terrain, le groupe Forrester a interrogé 137 professionnels de la technologie spécialisés dans le domaine de l’automatisation. Ils ont pu estimer ainsi que 93% d’entre eux ne se sentent pas préparés aux changements à venir, et que la plupart se pensent mieux disposés à s’adapter aux nouvelles technologies qu’à affronter leurs conséquences sociales.

Enfin, le constat principal reste peut-être qu’un très grand nombre d’entre eux estime naviguer à l’aveugle et ne parvient pas à se projeter dans quelques années pour imaginer la situation. Pour aider à mieux se préparer aux changements qu’il prévoit, le rapport dispense quelques conseils aux entreprises et aux employés : familiarisez-vous avec les outils informatiques, restez souples et, surtout, ne tombez pas dans l’automatisation à outrance.

Les auteurs ont en effet constaté que les clients sont généralement demandeurs de contact humain, et que dans certains cas, être confronté à une machine est aussi rebutant que dissuasif.

Pour Craig Le Clair, les hommes politiques ne sont pas préparés au changement : « Ils ne savent pas penser à ce bouleversement autrement qu’en comparant avec la précédente automatisation [celle de la mécanisation du travail]. Cette fois, c’est différent car c’est la partie de réflexion des métiers qui est en train de changer. L’Europe est mieux préparée sur ce sujet, notamment avec l’idée du salaire minimum. Ça a un sens de garder un revenu stable pour que l’économie continue de fonctionner. »

En 1990, l’auteur de science-fiction Isaac Asimov écrivait déjà : « Il est une chose dont nous avons maintenant la certitude : les robots changent la face du monde et nous mènent vers un avenir que nous ne pouvons encore clairement définir. » À l’heure où nous entrons pas à pas dans cet avenir, il semble nécessaire de se préparer à interagir quotidiennement avec les intelligences artificielles.

 

Nicolas Celnik

sciences&vie.fr

Lamia Siffaoui
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