Les JO 2024 non grata à Budapest

Les JO 2024 non grata à Budapest
Photo AFP

Le mouvement NOlympia tente d’organiser un référendum contre la candidature hongroise. 

Les militants de NOlimpia ont installé un de leurs stands dans le souterrain de la place Blaha Lujza, juste à la sortie du métro, au beau milieu des sans-abri. Un homme joue de la flûte, juché sur un siège de bureau, une femme aux bras chargés de couvertures traîne sur le sol un sac de couchage. L’affluence n’est pas grande en ce samedi midi, mais il y a constamment des signataires au stand.

L’objectif de NOlimpia est de récolter 138 000 signatures d’ici au 17 février pour décrocher le droit d’organiser un référendum afin que Budapest retire sa candidature aux Jeux olympiques d’été de 2024. Cela semble très bien parti, puisqu’ils ont aisément franchi le cap des 100 000 paraphes, après à peine deux semaines de campagne.

Barnabas a 25 ans et dirige les opérations. « Ce sont surtout les jeunes et les retraités qui signent. Des jeunes en rupture avec la politique qui n’ont jamais voté ni signé quoi que ce soit avant, et qui voient en nous quelque chose de nouveau, pas corrompu et dans lequel ils peuvent s’impliquer et croire. Les Jeux devraient venir couronner vingt années de succès, pas vingt années de discorde et de corruption », explique-t-il.

Au micro de l’émission francophone de la radio associative légendaire de Budapest, le cofondateur du fameux « Parti du chien à deux queues », Zsolt Victora, y ajoute de son côté l’humour : « Les JO c’est super, on veut les JO ! Mais pas en 2024, plutôt dans 40 ou 50 ans, quand on sera capables d’avoir des écoles et des hôpitaux corrects. » Comme lors de la campagne contre le référendum anti-migrants organisé par le gouvernement Orban, « Le chien à deux queues » apporte sa patte à la fronde anti-JO avec une campagne d’affichage satirique dans la capitale. Trois autres partis de gauche ont aussi rejoint le mouvement.

Les JO sont toujours extrêmement suivis en Hongrie, du fait des bons résultats réalisés par les athlètes nationaux, mais « personne ne sait combien ça va vraiment coûter« , dénonce Zsolt Victora. « Les championnats du monde de natation [à venir cet été, NdlR] ça devait être 40 milliards et on en est déjà à 100 milliards de forints ! (325 millions d’euros). »

Changer les choses

A la base de NOlimpia, il y a Momentum, un mouvement de jeunes qui se revendiquent de « la première génération libre, capable de s’opposer au système illibéral ». A la tête de celui-ci, il y a un juriste de 27 ans du nom d’Andras Fekete-Gyor, né quelques semaines avant le départ des tanks soviétiques, en 1989. « Moi j’ai voté Fidesz en 2010, d’autres Jobbik ou pour le parti vert, mais la plupart sont des orphelins de la politique. On veut montrer avec ce référendum que nous sommes le peuple et que nous questionnons le gouvernement. »

Le référendum est pour eux un tremplin, ou plutôt un plongeoir dans le grand bain des élections législatives à venir l’année prochaine. « Comme aucun parti ne nous ressemblait, on a décidé de créer le nôtre, pour changer les choses. » Sans programme politique réel à ce stade, Andras égrène ses motivations, à commencer par replacer la compétition et la solidarité au cœur d’une société où la loyauté au pouvoir est devenue la valeur cardinale.

Le pouvoir, justement, a rapidement flairé le danger et la presse pro-gouvernementale s’est mise en branle. « Ils refusent tout débat dans les émissions télé, ils tuent tout dialogue. Tout ce qu’ils sont capables de dire c’est ‘vous êtes des traîtres’ », déplore Barnabas. « Comment est-on censé travailler tous ensemble si la moitié du pays déteste l’autre ? », questionne-t-il, tandis qu’un jeune couple appose sa signature et qu’un groupe de retraités s’approche pour les imiter.

Le chemin est encore long pour réussir là où le gouvernement a échoué en octobre avec le référendum « anti-migrants », invalidé par manque de participation, malgré les énormes moyens de communication qui y avaient été consacrés. Mais une chose est certaine, ce mouvement risque de ne pas plaider en faveur de la capitale hongroise face à Paris et Los Angeles. Viktor Orban pourrait donc devoir tirer un trait sur la perspective d’un grand moment de prestige pour la Hongrie… et compter de nouveaux adversaires inattendus.

 

CORENTIN LÉOTARD CORRESPONDANT À BUDAPEST

Source: lalibre.be

Sabrina Lallemand
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