Les Espagnols aux urnes

Les Espagnols aux urnes
Deux femmes déposent leur bulletin dans un bureau de vote de Barcelone. PHOTO EMILIO MORENATTI, AP

Les Espagnols ont commencé à voter dimanche, juste après l’ouragan du Brexit au Royaume-Uni, pour décider s’ils gardent la droite au pouvoir après six mois de blocage politique du pays marqués par l’ascension du parti anti-austérité Podemos.

Les bureaux de vote ont ouvert à 9 h (3 h, heure de l’Est) pour accueillir jusqu’à 20 h (14 h, heure de l’Est) quelque 36,5 millions d’électeurs. En milieu de matinée le scrutin se déroulait sans incident, selon le ministère de l’Intérieur.

Pour ces nouvelles législatives, organisées seulement six mois après le précédent scrutin, le 20 décembre, des premiers résultats officiels sont attendus vers 22 h 30.

En décembre, les Espagnols s’étaient déjà prononcés pour un changement en punissant les deux grands partis qui rythmaient la vie démocratique du pays depuis plus de 30 ans. Mais leur vote avait débouché sur un parlement si morcelé que le pays est depuis ingouvernable.

Le Parti populaire du chef du gouvernement conservateur sortant Mariano Rajoy, avait perdu sa majorité absolue, obtenant 28,7 % des suffrages, même s’il était arrivé en tête. Il est encore favori pour ce scrutin.

Le Parti socialiste avait lui enregistré le pire résultat de son histoire, tout en restant deuxième.

Ils avaient dû céder des sièges à deux nouvelles formations: Podemos, de gauche radicale, et le libéral Ciudadanos.

Et depuis six mois, le nouveau souffle incarné par l’arrivée au Parlement de leurs jeunes députés sans expérience, en manches de chemise ou dreadlocks, a tourné au blocage.

Personne n’a voulu investir un nouveau gouvernement de Mariano Rajoy, dont la formation est mise en cause dans de multiples affaires de corruption.

Et les frères ennemis de la gauche – les socialistes et Podemos – n’ont pas réussi à s’entendre pour nouer une alliance qui aurait pu, avec le soutien de petits partis régionaux nationalistes ou indépendantistes, former un autre cabinet.

La quatrième économie de la zone euro est donc dirigée par un gouvernement sortant qui ne peut qu’expédier les affaires courantes. Le roi Felipe VI a dû convoquer de nouvelles élections.

Et des électeurs déçus pourraient ne pas se rendre aux urnes, alors que pour certains les vacances ont commencé.

Les « élections?, j’avais oublié », ironisait dimanche matin sous le ciel bleu sans nuages de Madrid Juan Jose Bellod, 51 ans. « La campagne me fatigue. Rien n’a bougé », ajoutait ce publicitaire en jean et t-shirt noir qui a décidé de voter pour les libéraux de Ciudadanos.

Si beaucoup préfèrent la plage à l’isoloir, le PP pourrait en sortir renforcé car en Espagne, les abstentionnistes sont plutôt à gauche.

En attendant, la campagne a pris un air de second tour où se sont surtout affrontés les conservateurs et la coalition « Unidos Podemos » formée par Podemos et par le parti Izquierda Unida (Gauche unie, écolo-communiste), un duel ayant de facto écarté le Parti socialiste et Ciudadanos.

« ll faut voter pour débloquer la situation », a déclaré dimanche Albert Rivera, le chef de Ciudadanos, en appelant les électeurs « modérés » à se mobiliser pour contrer les « extrêmes », PP et Podemos.

Populistes

Mariano Rajoy, 61 ans, au pouvoir depuis 2011, a centré son message sur le retour de la croissance, son expérience, sa connaissance du pays, diffusant une publicité où il fait de la marche rapide à travers ses campagnes, où vivent ses plus fidèles électeurs.

À l’approche du scrutin, il a multiplié les appels à l’union sous la bannière du PP, pour faire barrage aux « extrémistes », « populistes » et « radicaux » de Podemos.

« Ce n’est pas le bon moment pour des expérimentations », a-t-il martelé encore vendredi, après l’annonce du Brexit et alors qu’à Madrid l’indice des valeurs vedettes de la Bourse dégringolait.

Depuis 2011, les conservateurs ont réformé le Code du travail, imposé au pays la cure d’austérité, et réduit les aides aux plus démunis.

La croissance a atteint 3,2 % du PIB en 2015. Mais s’il a bien baissé, le chômage touche encore un Espagnol sur cinq.

Podemos, allié du grec Syriza, se pose en porte-parole de ces sans-voix qui ne se sentaient plus représentés par une classe politique jugée trop corrompue ou lointaine, à Madrid et Bruxelles.

Selon les sondages, la coalition Unidos Podemos a des chances de passer de la troisième à la deuxième place, juste après la droite, dépassant le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE).

Paradoxalement ce parti en crise d’identité gardera quand même la clef du scrutin. Car en décidant de soutenir l’un ou l’autre (à droite le PP, à gauche Podemos) il pourrait doter, ou non, l’Espagne d’un gouvernement.

 

MICHAELA CANCELA-KIEFFER
AFP Madrid
Lapresse.ca

Sabrina Lallemand
ADMINISTRATOR
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