Les écrivains maudits au grand écran

Les écrivains maudits au grand écran
Denis Lavant dans le film Louis-Ferdinand Céline. Photo fournie par AXIA films

Par CHANTAL GUY
La Presse.

 

Avec Louis-Ferdinand Céline, le cinéaste Emmanuel Bourdieu ose s’attaquer à l’écrivain le plus maudit de la littérature française, dans un épisode particulier et méconnu de sa vie, soit en 1948, alors que l’auteur du Voyage au bout de la nuit, accusé de collaboration avec les nazis, était en exil au Danemark. Un étudiant juif américain, Milton Hindus (Philip Desmeules), admiratif de son oeuvre qu’il veut défendre, frappera un mur au contact de Céline, incapable de cacher son antisémitisme. C’est nul autre que Denis Lavant, inoubliable interprète des Amants du Pont-Neuf, qui se glisse dans la peau de l’écrivain qu’il avait déjà incarné au théâtre. Pour coïncider avec la sortie en salle, nous vous proposons cinq autres écrivains « maudits » qui ont fait l’objet de films.

LE MARQUIS DE SADE

Encore aujourd’hui, Sade suscite la polémique à propos de son oeuvre considérée comme géniale ou dégénérée. Difficile de l’incarner hors d’une prison, alors qu’il a été enfermé toute sa vie, sous tous les régimes, pour ses livres jugés pornographiques. Sade a inspiré un nombre impressionnant de films d’exploitation douteux dans les années 60 et 70. Geoffrey Rush l’a personnifié en 2000 dans le film Quills, de Philip Kaufman, qui proposait à notre avis une vision un peu trop hollywoodienne du personnage. Bien meilleure est la proposition de Benoît Jacquot sortie la même année. Daniel Auteuil brille dans le rôle du marquis qui s’amuse à débaucher la jeunesse dans un centre de détention pour aristocrates, sa façon bien à lui de ne pas céder à la peur de la terreur révolutionnaire. Et d’appliquer sa « philosophie dans le boudoir ».

HARLES BUKOWSKI

Écrivain vénéré par ses fans et alcoolique notoire, à l’origine d’une vague increvable d’écrivains qui veulent l’imiter, l’Américain Charles Bukowski a vécu des années de vaches enragées avant de connaître le succès. Ce sont ces années-là qui l’inspirent le plus d’ailleurs. En 1987, Barfly de Barbet Schroeder, un film qui s’inspirait de sa vie, avait fait beaucoup jaser puisque le rôle-titre avait été donné à Mickey Rourke, qui donnait la réplique à une Faye Dunaway abîmée. Moins connue, mais beaucoup plus réussie est l’adaptation de Factotum de Bent Hamer en 2005, avec un Matt Dillon tout à fait crédible dans le rôle de Hank Chinaski, alter ego de l’écrivain dans son oeuvre. C’est même par moment franchement émouvant.

TRUMAN CAPOTE

L’écrivain américain Truman Capote n’est pas vraiment à classer parmi les écrivains maudits, mais le sujet de son roman In Cold Blood l’est, en quelque sorte, puisqu’il a complètement rongé l’écrivain qui ne s’en est jamais vraiment remis. Dans l’excellent Capote de 2005, le réalisateur Bennett Miller raconte la relation malsaine que Truman Capote développe avec deux jeunes hommes accusés de meurtres sordides, et l’obsession qu’il a développée pour écrire son roman le plus célèbre. Le regretté Philip Seymour Hoffman a reçu pour ce rôle un Oscar hautement mérité, tellement son interprétation était impressionnante.

ÉMILE NELLIGAN

Le destin tragique du seul poète « maudit » du Québec, Émile Nelligan, qui a fini ses jours interné, a inspiré un opéra (signé André Gagnon et Michel Tremblay), ainsi qu’un film réalisé par Robert Favreau en 1991, avec le comédien Michel Comeau dans le rôle-titre. Le scénario s’attarde beaucoup à sa relation trouble avec ses parents, et le résultat n’est pas vraiment probant, la vision collant un peu trop au mythe national, remis récemment en cause dans l’essai Le naufragé du Vaisseau d’or d’Yvette Francoli, qui soutient que Louis Dantin aurait plutôt été le véritable auteur de l’oeuvre derrière le nom de Nelligan.

RIMBAUD ET VERLAINE

Juste avant la folie Titanic, Leonardo DiCaprio a incarné Rimbaud dans le film Total Eclipse d’Agnieszka Holland. Il faut dire qu’il avait l’âge et la gueule de l’emploi, son visage ayant une étonnante similitude avec celui que l’on peut voir sur les quelques photos du poète. Il donnait la réplique à David Thewlis qui jouait Verlaine, dans ce curieux film illustrant la relation trouble entre les deux écrivains, Verlaine étant bien plus épris de Rimbaud que le contraire. Pas un grand succès au box-office, mais pas mal du tout pour un projet plutôt casse-gueule. Rappelons aussi que DiCaprio a plusieurs fois hérité de rôles « littéraires », puisqu’il a joué Jim Carroll, Roméo et Gatsby le Magnifique.

 

Lapresse.ca

Sabrina Lallemand
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