Les champions d’Europe accueillis en héros au Portugal

Les champions d’Europe accueillis en héros au Portugal
Comme un symbole, le coach et sa vedette sont descendus tous deux les premiers, avec la Coupe, de l'avion qui les ramenait à Lisbonne lundi en milieu de journée. PHOTO PATRICIA DE MELO MOREIRA, AFP

Cristiano Ronaldo et Fernando Santos brandissant la coupe en sortant de l’avion « Eusebio » à Lisbonne, sous les vivats de la foule : très attendus, les héros de tout un peuple sont rentrés lundi dans un pays qui va pouvoir enfin célébrer la victoire à l’Euro 2016.

Ce premier sacre international regonfle le moral des Portugais : il a plongé dans l’allégresse tout un pays, qui peine à remettre son économie à flot après des années de crise et s’est attiré des menaces de sanctions de la Commission européenne à cause de ses déficits.

Escorté par l’armée de l’air, l’avion « Eusebio » transportant la Selecçao s’est posé sur le sol portugais à 12 h 40 locales (7 h 40, heure de Montréal), passant sous un arc formé par deux jets d’eau rouge et vert, les couleurs du Portugal.

Sous les vivats de milliers de partisans, les premiers à sortir ont été la grande vedette Cristiano Ronaldo, aux côtés de Fernando Santos, brandissant ce trophée tant convoité.

« C’est un trophée pour tous les Portugais, tous les immigrés, tous les gens qui ont cru en nous », avait savouré CR7 après le match.

Acclamés aux cris de « Portugal ! Portugal ! », les hommes de Ronaldo ont pris place à bord de deux bus à impériale rouges, barrés du mot « Champions », pour se diriger vers le palais présidentiel, où le chef de l’État Marcelo Rebelo de Sousa leur décernera le titre de commandeur de l’ordre du mérite.

« On n’a pas beaucoup dormi. Cette victoire est la première, il fallait être là. C’est notre revanche après 2004 », s’exclame Antonio Ribeiro de Magalhaes, un étudiant de 21 ans.

Douze ans après l’immense déception provoquée par sa défaite en finale de « son » Euro-2004, perdue à Lisbonne face à la Grèce, le Portugal a enfin remporté son premier titre international majeur.

Les partisans ont fêté ce triomphe historique bruyamment jusque tard dans la nuit dans les rues de Lisbonne et à travers le pays.

« Bouffée d’air pour le pays »

« Cette victoire c’est une bouffée d’air pour le pays. C’est un titre unique ! », se réjouit Luis Cascalheiro, 56 ans, les traits tirés, arrivé à son bureau avec du retard, comme des milliers de Portugais.

Après leur réception au palais présidentiel de Belém, les joueurs de la Selecçao parcourront les principales artères de la capitale portugaise et s’adresseront à leurs partisans dans une zone partisane installée au nord de la ville.

« Épique », « Éternels » et « Fierté du Portugal » titrait la presse sportive portugaise lundi, célébrant ses héros : Cristiano Ronaldo bien sûr, mais aussi Eder, le buteur de la finale, et le sélectionneur Fernando Santos.

Quelle ironie ! Le Portugal a conquis son premier titre en ruinant les espoirs du pays organisateur, la France. C’est exactement ce qui lui était arrivé en finale de l’Euro-2004 lorsque la Grèce l’avait battu chez lui (1-0), à la surprise générale. Cette défaite fut un drame national. C’est oublié.

« CHAMPIONS ! Vous êtes très grands ! Félicitations ! », a tweeté Luis Figo, star de la Selecçao en 2004. À ses côtés évoluait alors un jeune prodige de 19 ans qui avait terminé cette finale maudite en larmes.

Cristiano Ronaldo, qui en a 31 aujourd’hui, est devenu une icône planétaire et a à nouveau pleuré de rage et de douleur dimanche, avant une issue finalement heureuse.

Blessé au genou gauche dès la 8e minute, il a dû quitter les siens sur une civière, en pleurs. Mais ce sont bien des larmes de joie qu’il a pu verser après le match grâce au but victorieux de son compatriote Eder en prolongation.

Scènes de liesse

Ce but a permis à Ronaldo de soulever le trophée lors de la cérémonie finale et déclenché des scènes de liesse à travers tout le Portugal.

Loin, très loin de cette joie, la France s’est réveillée amère lundi. Elle a manqué son quatrième titre après les Euros de 1984 et 2000 et le Mondial de 1998.

Le président de la République François Hollande devait recevoir les Bleus à déjeuner à partir de 13 h (9 h à Montréal). Certains joueurs auront sans doute la gorge serrée.

En marge de la finale, des incidents entre partisans et forces de l’ordre ont éclaté dans la nuit quand certains d’entre eux ont tenté d’entrer dans la zone partisane parisienne, pleine à craquer, aux abords de la tour Eiffel, qui reste fermée lundi au public.

Meurtrie par les attentats de 2015, plombée par la crise économique et un climat social toujours lourd, la France souhaitait ardemment vivre une parenthèse enchantée grâce à une victoire.

Mais les Bleus n’ont pas à rougir. Les hommes du sélectionneur Didier Deschamps ont été au-delà de l’objectif assigné avant le tournoi, les demi-finales. Ils ont peut-être joué à ce stade de la compétition leur vraie finale en battant les Allemands champions du monde (2-0) jeudi.

Santos et Ronaldo ont changé le Portugal

Le sage Fernando Santos et le gagneur Cristiano Ronaldo ont appris au Portugal à ne plus perdre avec panache, mais à remporter, froidement, un grand titre, après les échecs cruels des générations passées, d’Eusebio à Figo.

Comme un symbole, le coach et sa vedette sont descendus tous deux les premiers, avec la Coupe, de l’avion qui les ramenait à Lisbonne lundi en milieu de journée.

Santos le philosophe

Il l’avait dit. Le sélectionneur avait prévenu dès le début de l’Euro-2016 que les Portugais venaient pour gagner, jetant la prudence des dizaines d’années passées où il était plutôt question d’aller le plus loin possible.

En interne, les joueurs ont été galvanisés par ce discours. Fernando Santos, très croyant, qui a remercié Dieu dans un petit message préliminaire avant sa conférence de presse de vainqueur, dimanche soir, n’a jamais changé de ton.

La veille de la finale, il disait encore qu’il pensait la remporter, et peu importe le style de jeu. « Ça me plairait qu’ils disent qu’on a gagné de manière imméritée », lançait-il à l’adresse de la presse, critique sur l’austérité de son football.

Mais Santos n’est pas qu’un « coach mental », il a aussi brillé tactiquement. Il s’est adapté aux caractéristiques de ses joueurs, a choisi un système défensif, mais sans dogmatisme. La finale a basculé sur un de ses choix offensifs, l’entrée d’un attaquant, Eder, « pour essayer de garder cette présence devant la défense française », a-t-il expliqué.

Eder, pas toujours titulaire à Lille, a marqué le but du titre, et il était un choix fort de Santos, qui avait insisté pour le prendre dans sa liste, malgré la modestie de son pedigree. Il avait besoin d’un avant-centre pur au milieu de sa collection d’ailiers (Nani, Quaresma et CR7), même si l’idole a occupé ce rôle le plus souvent, différent de son poste au Real Madrid, plus excentré.

Ronaldo et le goût de la victoire

L’étoile du Portugal est bien sûr l’autre grande influence de la transformation des perdants romantiques portugais en vainqueurs pragmatiques.

Le capitaine Cristiano Ronaldo, qui a tant gagné lui-même, a lui aussi tenu le discours de « winner » de Santos.

Le sélectionneur n’a pas oublié de « remercier » CR7, « un grand soutien pour motiver nos joueurs », du « banc et dans le vestiaire », a-t-il affirmé.

Le Madrilène avait porté son équipe jusqu’à cette finale, mais a dû l’abandonner, en pleurs, à cause d’une blessure au genou après un choc violent avec Dimitri Payet.

Mais il a joué un rôle d’entraîneur adjoint sur le banc, parlant aux joueurs, les motivant, donnant des conseils. Il a même dit à Eder qu’il allait marquer…

Et c’est lui qui a levé la coupe. Elle dore son immense palmarès, couronné dans six mois d’un quatrième Ballon d’Or qui ne peut plus lui échapper. Il a contribué à déniaiser ses coéquipiers et leur apprendre le goût de la victoire.

De 1966 à 2012, des années à pleurer

Car jusqu’à ce jour de gloire les Portugais avaient surtout leurs yeux pour pleurer. La génération Eusebio, le premier Ballon d’Or portugais (1965), avait calé en demi-finales contre l’Angleterre (2-1) pour la première participation lusitanienne à la Coupe du monde (1966).

La deuxième apparition dans un dernier carré avait déjà eu lieu en France, à l’Euro-1984, mais l’équipe de Fernando Chalana avait cédé dans les cinq dernières minutes de la prolongation (3-2 a.p.), alors qu’elle tenait son ticket pour la finale.

Le Portugal a encore vécu une fin déchirante à l’Euro-2000, perdant à nouveau une demi-finale contre la France à la toute fin de la prolongation (1-0 b.e.o.). La main sifflée contre Abel Xavier, coûtant le penalty fatal, a longtemps symbolisé la malédiction. L’incapacité à gagner dans les grands moments a culminé avec l’Euro-2004 à domicile, où le Portugal laisse filer l’occasion rêvée en perdant la finale à Lisbonne contre la Grèce (1-0).

Deux ans plus tard, la défaite colle aux crampons des Rouges, qui perdent la demi-finale du Mondial contre la France (1-0), encore une fois, après avoir pourtant dominé.

Les années Luis Figo, les plus riches en talent, plus que cette équipe 2016 par exemple, ne rapportèrent rien non plus au Portugal.

Enfin il y a quatre ans, à l’Euro-2012, l’aventure s’arrêta en demi-finale contre l’Espagne (0-0, 4-2 t.a.b.), sur l’immense frustration de Cristiano Ronaldo, qui n’a même pas pu tenter le cinquième tir au but, lui qui rêvait du rôle de héros. Comme lors de la finale de la dernière Ligue des champions où il a marqué celui de la victoire du Real contre l’Atletico de Madrid (1-1, 5-3 t.a.b.).

Cet été, ni lui ni Fernando Santos ne se sont trompés. Les sources de larmes qui coulaient depuis 1966 viennent de se tarir.

 

 

– Avec Emmanuel Barranguet
THOMAS CABRAL
AFP LISBONNE et SAINT-DENIS
Lapresse.ca

Karim Arhab
CONTRIBUTOR
PROFILE

Voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse électronique ne sera pas publiée. Les champs Exigés sont marqués avec *

Cancel reply