Les Allemands ne veulent pas être écoutés

Les Allemands ne veulent pas être écoutés
Photo D.R.

Il n’est pas nécessaire d’avoir vu « La Vie des autres » pour comprendre la susceptibilité des Allemands à l’égard des atteintes à leur vie privée. Bien sûr, il y a eu la Stasi et ses 90 000 agents qui, comme le personnage du film de Florian Henckel von Donnersmarck, espionnaient tout un chacun dans l’Allemagne communiste, mais pas seulement.

« L’espionnage de masse était très présent aussi en Allemagne de l’Ouest et certainement sous l’ère nazie qui a automatisé le fichage de la population », rappelle Alexander Sander, directeur de la Digital Gesellschaft, une association de défense des droits civils sur Internet, très active en Allemagne.

Avec des membres d’autres associations comme Amnesty International ou Reporters sans Frontières, il manifestait jeudi, devant la porte de Brandebourg à Berlin, contre la nouvelle loi sur les services de renseignement (BND) qui doit être adoptée ce vendredi par le Parlement allemand. Les verts et l’extrême gauche militent contre, mais les élus chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates s’apprêtent à voter comme un seul homme derrière la grande coalition gouvernementale (CDU/SPD).

Cette réforme a été mise sur les rails après les révélations du printemps 2015. Des documents diffusés par Edward Snowden avaient alors montré que les services allemands transmettaient à la NSA américaine des données sur leurs alliés, notamment à Bruxelles. Or, loin de mettre fin à ces écoutes, le projet de loi donne une base juridique au BND pour collecter et stocker les données des citoyens étrangers en Allemagne, ainsi que pour les partager avec des services alliés. « Au lieu de s’attaquer sérieusement au problème d’une surveillance hors de contrôle, les auteurs de la loi augmentent encore la puissance du BND », s’insurge sur son blog Peter Schaar, ancien commissaire allemand à la protection des données et autorité reconnue en Allemagne.

Pas de filtrage automatique

En principe, le projet de loi prévoit que le BND fasse la distinction entre les données allemandes et étrangères circulant sur le réseau allemand. Or, selon des experts de l’université de Munich appelés en renfort par le Bundestag, le fonctionnement actuel des connexions ne permet pas un tel filtrage automatique, sauf en inspectant l’intérieur des paquets de données, autrement dit en ouvrant les mails, photos, etc.

« Le cœur du problème est que, si les interconnexions sont contrôlées par le BND, il ne peut y avoir qu’une surveillance de masse, de l’ensemble de la population donc », note Alexander Sander. Avocats, journalistes et des mouvements civiques, très présents dans la société allemande depuis les années 70, se sont mobilisés.

Les renforts arrivent toutefois aussi des milieux économiques. Une plainte contre le gouvernement a été déposée en septembre par les dirigeants de DE-CIX, l’un des plus grands centres d’interconnexion au monde, situé à Francfort. S’appuyant sur une analyse de Hans-Jürgen Papier, ancien président du Tribunal constitutionnel fédéral, l’entreprise avait alors expliqué dans un communiqué qu’elle avait « de sérieux doutes sur la légalité de la pratique actuelle du BND ».

Or, c’est par ce centre que passe une grande partie des communications européennes, y compris belges. Pour DE-CIX comme pour l’opérateur télécoms Deutsche Telekom, également utilisé par le BND, afficher le souci de protéger leurs clients contre les grandes oreilles des services de renseignement est aussi un argument commercial.

 

NATHALIE STEIWER

Source: lalibre.be

Sabrina Lallemand
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