L’enfant algérien entre risque de kidnapping et cyberdépendance (Première partie)

L’enfant algérien entre risque de kidnapping et cyberdépendance (Première partie)

Le kidnapping d’enfants en Algérie, amplifié par les masses médias et surtout par les médias sociaux, se trouve depuis quelques années au cœur des préoccupations de la société qui exerce une pression considérable sur les pouvoirs publics et fait remuer la société civile de fond en comble alors que les autorités concernées essayent de ramener les esprits à la réalité en donnant l’image réelle sur ce phénomène qui, à mon sens, n’en n’est pas vraiment un, puisqu’il ne s’agit que de 23 affaires de kidnapping de mineurs enregistrés en 2016 soit 0.02% des affaires de droit commun ( Voir article El Watan du 04 Mars 2017 : ).

D’autant plus qu’il y a lieu de faire la différence entre disparition d’enfants qui fuguent sans y être incités et qui ont plus de 10 ans,  ceux qui sont enlevés par un des conjoints lors d’un conflit conjugal, ceux qui subissent des violences allant des coups et blessures aux agressions sexuelles et le kidnapping avec objectif de viol et d’homicide volontaire, cas des 23 mineurs kidnappés en 2016. L’analyse criminologique des services de la police a relevé  comme causes la pédophilie au premier rang, le chantage et règlement de compte au second et au dernier la sorcellerie. Ceci dit, le phénomène du kidnapping n’est pas aussi alarmant que celui du cancer infantile, par exemple et qui,  à lui seul,  touche 1500 nouveaux cas par an, une maladie qui tue et le phénomène des enfants SDF qui sont, selon la LADDH (Ligue algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme)   20.000 enfants résidant dans les rues.

Ainsi, le kidnapping comme phénomène mondial n’est pas nouveau en Algérie sauf qu’il prend une tournure dramatique ces dernières années et se répercute négativement sur les parents et les enfants. Constatant qu’une crainte démesurée s’installe chez les parents au fur et à mesure des évènements, je suis allée chercher après les conséquences de cette crainte.

L’image des parents de concevoir la possibilité que leurs enfants puissent disparaitre, être sauvagement séquestrés, violés puis tués a fait qu’ils ressentent une grande insécurité et une grande peur, peur sans égal, qui se retrouve d’ailleurs à la limite de la phobie. On pourrait même parler de xénophobie qui s’est installée en parallèle dans la société et qui, à cause des amplificateurs principaux, en l’occurrence les masses médias et les médias sociaux,  peut s’ancrer davantage allant jusqu’à disloquer la société en encourageant l’enfermement sur soi par peur de l’autre, de l’étranger. En effet, à chaque évènement médiatique autour du kidnapping d’un enfant, une psychose collective s’installe pour plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Les histoires de rapts qui se terminent pour quelques-unes par un crime abominable, se voient reprises par la presse écrite et audio-visuelle en boucle.

Des récits cumulés viennent aussi encourager les lecteurs, les auditeurs, les spectateurs et les commentateurs des réseaux sociaux à consommer plus ce « produit médiatique » qu’on dirait venir des plateaux de Hollywood que des rues d’Algérie. De là vient tout le danger.

En effet, sous la pression de la peur et de l’amplification du phénomène, les parents agissent de manière naturelle, spontanée et compréhensible pour protéger leurs enfants en les cloitrant chez eux. Par crainte, ils leurs interdisent de sortir jouer dehors, d’aller à l’école seuls, de se prendre en charge et les forcent à rester dans le domicile familial qui leur procure, selon eux, une sécurité totale. Conscients que leurs enfants ont besoin de se divertir à domicile, après leurs cours d’écoles, les weekends et pendant les vacances, les parents font tout pour les maintenir chez eux tout en évitant leur mécontentement et la résistance à leurs restrictions. Pour ce, ils les gavent de cadeaux,  électroniques pour la plupart,  telles que les consoles de jeux, Xbox, PlayStation, les tablettes, les IPad, les Pc portables et surtout les Smartphones. La majorité de ces gadgets sont dotés, en plus, d’une connexion à internet.

En conséquence, devant cette situation qu’ils n’ont pas choisie, les enfants  s’adaptent très vite tant que les joujoux mis à leur portée leur procurent du plaisir en remplacement du plaisir de jouer dehors avec les autres enfants du quartier. Les parents se sentent soulagés ayant leurs enfants sous leurs yeux et déculpabilisent assez bien de les avoir privés d’un besoin naturel. Les parents donc croient, par inadvertance, que leurs enfants à domicile sont hors tout danger. Hors, en jouant avec leurs joujoux électroniques, ils risquent de devenir en quelques semaines des cyberdépendants. Ils ressentiront le besoin d’augmenter le temps de jeu, se passeront de plus en plus de leur famille, de leurs proches et de leurs amis, leurs résultats scolaires baisseront considérablement et à toute tentative des parents de les empêcher de jouer, ils réagiront par une crise de pleurs, des cris, des mensonges sur le temps passé devant l’écran . Le Syndrome de sevrage apparait donc comme conséquence et l’intervention d’un psychologue psychothérapeute s’avère dans ce cas nécessaire.

En plus de cette cyberdépendance qui fait partie des addictions comportementales, il y’aura un autre danger qui les guettera s’ils se connectent à Internet et surfent seuls sans accompagnement parental. C’est le danger de tomber sur des cybercriminels plus spécialement des cyber-pédophiles. L’enfant de part son immaturité, pourrait être subtilement entrainé vers des sites pédopornographiques ou des plateformes pédophiles qui peuvent le harceler, lui faire du chantage et l’entrainer vers le contact direct avec le cyber-pédophile. Et si par malheur l’enfant en question se montre doué en informatique, des cybercriminels su type cyber-terroristes peuvent louer ses services contre beaucoup d’argent et peuvent en faire de lui un Hacker.

 

Le rôle des masses medias dans linstauration de la peur 

Les cas n’en manquent pas. Les enfants Anis Berdjem, Abderahim Grine, le petit Yacine, la petite Nihel, et une bonne vingtaine de cas qui a fait le tour d’Algérie, non pas que cela mais le tour du monde. Les masses médias sont pour beaucoup. A la recherche du scoop pour gonfler  leur chiffre d’affaire, ils vont de la réalité à l’invention passant par un  style Bollywoodien. Tout est bon pourvu que tout le monde cite qui a fait quoi et où. Ici, je n’exclurai aucune plateforme journalistique puisque le vrai mal n’a jamais alarmé ces plumes ou très peu, à savoir, les milliers d’enfants qui meurent chaque année par le cancer (avec 1500 nouveaux cas décelés par an) et les centaines d’enfants qui meurent chaque année par le diabète mal soigné ou non diagnostiqué à temps ( avec 500 nouveaux cas décelés par an) cela sans parler des autres maladies qui tuent,  des accidents de la route etc.

Le rôle des réseaux sociaux dans lancrage de la peur

J’ai pu constater comme tout le monde connecté aux réseaux sociaux, notamment Facebook et Youtube, comment le phénomène du kidnapping s’est répandu à chaque fois qu’il y avait un nouvel évènement. J’ai même été surprise de voir mon groupe littéraire dont je suis créatrice et administratrice qui réunit écrivains et  poètes dont je fais partie en groupe de contre kidnapping et de poésie et écriture littéraire sur le rapt d’enfant avec image et des dizaines de commentaires par minute au point où j’ai dû arrêter la chose. Personne n’ignore qu’actuellement on récolte l’information de Facebook et de YouTube, même celle de nos proches voire celle de nos enfants. La vitesse avec laquelle l’information est partagée et amplifiée par les commentaires sans même se soucier de l’exactitude des nouvelles encore moins des chiffres est vertigineuse. Mettant à nu par l’image et la vidéo les scènes des crimes ou les photos de corps ensanglantés des enfants kidnappés puis assassinés, comment voulez-vous que les parents n’aient pas peur pour leurs enfants ?

La peur des parents et son impact sur la personnalité de lenfant :

Dans une étude menée auprès de 183 parents d’enfants de 6 à 11 ans scolarisés dans une école primaire privée appartenant aux 5 niveaux scolaires, les résultats ont relevé que 86.89% des parents accompagnent leurs enfants à l’école ou leur font bénéficier du transport scolaire pour leur sécurité et que 88,78% permettent très rarement à leurs enfants de sortir jouer dehors après les heures de cours ou pendant les weekends et 11.22% des parents ne  permettent jamais à leurs enfants de sortir jouer dehors  . En parallèle, 55.60% des parents croient que leurs enfants courent un très grand risque de kidnapping s’ils se trouvent dehors sans être accompagnés contre 22.80% qui croient que leurs enfants courent moyennement ce risque. De plus, 48.73%  suivent toutes les nouvelles sur le kidnapping à travers les masses médias et les réseaux sociaux spécialement et 72.95% ont très peur que leurs enfants soient enlevés dehors par des malfaiteurs, le plus grand pourcentage est relevé chez les parents d’enfants entre 10 et 11ans avec un taux de 78.78%.

La peur voire la phobie des parents de voir leurs enfants enlevés fait qu’ils font tout pour les protéger quitte à les emprisonner à la maison et ne pas leur permettre de sortir jouer dehors ni de faire d’autres connaissances dans leurs milieux de vie (quartier, environnement de la grande famille etc.) . Et pour éviter que l’enfant ne riposte, ses parents le gavent de cadeaux, qui sont pour la plupart des cadeaux électroniques à écran telles que tablettes, pc portable, Smartphone, Ipad, Xbox, Playstations etc .. Ce qui le maintien en permanence devant un écran d’où le grand risque de l’installation d’une ou plusieurs addictions comportementales telles que la cyberdépendance, la cyberludopathie et l’addiction aux jeux vidéo hors ligne (ludopathie).

*Dr. Rahali F. Djalila Psychologue clinicienne ,  première cyberpsychologue en Algérie depuis 1999. Spécialiste des cyberaddictions et chercheur dans le Net-Profiling des cybercriminels.  @DrRahali_CybPsy

 

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  • Lamis
    13 août 2017, 13 h 10 min

    Article très intéressant car c’est vrai les enfants ne trouvent même pas chouette de sortir et jouer dehors. Mes neveux et nièces tous sont branchés tout le temps c’est la cata .
    Merci docteur rahali, j’attends avec impatience de lire la 2eme partie.

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