L’enfant algérien entre risque de kidnapping et cyberdépendance (Deuxième partie)

L’enfant algérien entre risque de kidnapping et cyberdépendance (Deuxième partie)

Ce qui est à signaler est le fait que l’enfant cloîtré ne peut bénéficier d’un développement normal de sa personnalité puisque être en contact direct (contact physique) avec d’autres enfants de son âge et jouer avec eux hors domicile familial, et donc s’éloigner de la  protection parentale,  lui permettent de développer son indépendance, de se socialiser et d’apprendre à respecter les règles prédéfinies et de se construire des valeurs sociales et interpersonnelles.

« Bouger stimule l’appétit des enfants, leur sommeil, leur concentration et leur capacité d’apprentissage » (Renault, 2015 ). Toutes ses compétences et aptitudes favoriseront son passage graduel vers l’âge adulte donc vers la maturité.

Nous relèverons donc les méfaits de l’enfermement de l’enfant qui peuvent agir négativement sur plusieurs éléments de  sa personnalité à savoir :

1-La dépendance: L’enfant cloitré n’apprend pas à être indépendant à être autonome, à agir par lui-même et à prendre les devants en prenant parfois le risque. Le jeu avec d’autres enfants loin de la protection des parents l’aide à se détacher et lui permet d’apprendre, de défier, de perdre et de gagner, de savoir comment résoudre des conflits  et régler des malentendus, de se distinguer et de trouver des solutions aux problèmes qui peuvent surgir, de se défendre à chaque fois que la situation l’exige et surtout de prendre des décisions et de se construire des valeurs intrinsè

2-Altération de la communication verbale: L’enfant constamment présent dans le domicile familial n’apprends pas ou peu à communiquer verbalement en dehors de l’école , là où la communication n’est plus contrôlée par l’autorité de l’école directeur, surveillant etc…Parler dehors avec un copain du voisinage et parler avec un copain de classe au sein de l’établissement scolaire n’est pas pareil. Le jeu dehors aide à transformer l’instinctif en social  et le naturel en  culturel .De plus l’enfant qui utilise les moyens technologiques pour communiquer avec d’autres enfants connectés comme lui use plutôt de la communication verbale (skype, viber etc) ou écrite par le tchat (tchatche) et cela ne l’aide pas pour autant à développer son expression orale et celle écrite ni sa grammaire et orthographe ; Bien au contraire, il se crée ou apprend la communication par texto où toutes les règles de toutes les langues sont bafouées au détriment d’abréviations et d’émoticons ( smileys) du type : « slt, cv bn. dsl 2 te d.ran.g 🙂 » pour « Salut ! Ca va bien ? Désolé de te dé Je te souris ».

3-Désocialisation: Si le jeu socialise c’est parce qu’il permet à l’enfant d’interagir avec d’autres enfants, d’apprendre avec eux, de développer sa personnalité suivant les situations sociales et interpersonnelles par lesquelles il passe. Apprendre des jeux de société lui permet de se socialiser et ceci se fait la plupart du temps dans le quartier avec les enfants des voisins. L’enfant cloitré entre quatre murs, en face de son jeu, de sa tablette ou de son microordinateur ne trouvera plus les conditions nécessaires qui favoriseront le développement de sa personnalité. Il ne se socialise pas par le jeu avec les enfants de son âge, se voit coupé du monde extérieur et donc ne développe pas son indépendance. En outre, les positions et postures qu’il adoptera devant son écran peuvent l’exposer à plusieurs troubles cognitivo-comportementaux tels que, la nervosité excessive, la dépersonnalisation,  la déréalisation, les troubles alimentaires telles que  la boulimie ou l’anorexie suivant les cas et les troubles organiques tels que lombalgie, les douleurs à la nuque et aux doigts, l’assèchement des yeux avec  baisse de l’acuité visuelle etc. En effet, le corps de l’enfant fragilisé par le manque d’activité physique peut en souffrir.

4-Développement de la Xénophobie: L’enfant que les parents mettent en garde tout le temps contre les personnes qu’il ne connait pas peut développer une xénophobie à l’égard de tout visage qui ne lui est pas familier. La crainte de l’étranger peut prendre une dimension assez importante dans sa vie et grandir avec lui jusqu’à l’âge adulte et entraver ses relations qui se traduit par la méfiance totale à l’égard de tous ceux qu’il ne connait pas. Exception faite selon les experts, cela arrive dans la vie réelle mais dans la vie virtuelle l’enfant et l’adulte au même degré considèrent que les personnes rencontrées sur internet sont très loin et donc ne sont pas menaçantes d’où le manque de vigilance et la divulgation d’informations personnelles dès qu’une personne les mets en confiance. C’est de là que les cybercriminels se fraient leur chemin de Croix.

Il y a aussi  d’autres risques qui se développent très rapidement et se font sentir par l’entourage et peuvent avoir des dégâts rapides et auxquels personne ne s’y attend encore moins les parents. Il s’agit de :

  1. La cyberdépendance comme résultat du cloisonnement de lenfant:

Le terme d’addiction à Internet a été prononcé la première fois lors de la réunion annuelle de l’Association Américaine de Psychologie à Toronto en 1996 par la psychologue  Kimberly Young . Ainsi  « L’attachement fort aux dispositifs numériques et leurs usages fréquents évoque la dépendance, un comportement caractéristique des troubles obsessionnels-compulsifs.. » .On parle actuellement aussi de  cyberaddiction, cyberdépendance, usage problématique d’Internet ou UPI, trouble de dépendance à Internet ou TDI et les recherches continuent sur plan là.

En effet, l’utilisation pathologique d’Internet se mesure sur la durée d’utilisation tant elle différencie les utilisateurs dit normaux des pathologiques. Il est dit aussi que « comprendre l’addiction d’une victime est un outil pour comprendre la cyberdépendance.

Dans ce contexte, une addiction qui implique l’utilisation pathologique d’Internet engage forcement des changements comportementaux tels que le stress, l’insomnie, l’anorexie ou la boulimie qui s’installent comme symptômes, tandis que sur le plan relationnel, l’addict entre généralement en conflits francs  avec son milieu familial (parents, fratrie etc) surtout si ce milieu veut le priver de son passetemps préféré, sa console de jeux ou internet. En conséquence, l’enfant peut carrément se couper du monde et toute tentative individuelle de réduction ou de cessation de connexion à internet conduit à des crises de pleurs, cris et autres.

Cependant, pour le diagnostic différentiel, un cyberaddict ou cyberdépendant  n’est pas celui qui passe beaucoup de temps sur internet seulement comme beaucoup le croient.

La cyberdépendance n’est diagnostiquée comme telle que si la personne addicte remplit un certain nombre de  critères. Ainsi, et pour étiqueter correctement ce comportement  comme addiction, il faut d’abord qu’il occupe une place prédominante dans la vie de la personne qui sent de l’apaisement et du plaisir en s’adonnant à internet, quelle que soit l’activité choisie. Ensuite, il faut qu’il y ait accoutumance avec un besoin d’augmenter la « dose de connexion ou de jeu » et donc le nombre d’heures, ceci pour obtenir les mêmes effets. En dernier, il faut qu’il y ait sensation désagréable lors de la cessation ou de la réduction de la fréquence ou  de la durée  de l’activité. La cessation de l’activité donnerait les mêmes effets du sevrage, réactions incontrôlées  qui vont de la colère explosive aux actes de violence ou d’automutilation.

Dans mon étude  concernant le risque à la cyberdépendance qu’encoure  l’enfant cloitré,  il a été révélé que 86.97% des parents  permettent à leurs enfants de jouer avec leurs Smartphones, pc portables tablettes etc. à des jeux électroniques au lieu de les laisser sortir jouer dehors. Le plus grand pourcentage de 94.29% est relevé chez les parents d’enfants de 6 et 7 ans .  Tandis que 71.30%  des enfants réagissent par des pleurs et gestes de désagrément quand ils sont privés de connexion ou de jeux sur différentes plateformes électroniques à écran et  2.82% pleurent de manière exagérée dès qu’ils sont privés de leurs joujoux électroniques,  ce qui nous mène à dire que cette population risque de devenir cyberdépendante et même cyberaddict par la force du temps .

  1. Risque de devenir ludopathe ou cyberludopathe :

Les jeux en ligne de type MMORPG (jeux en ligne massivement multi-joueurs)  et ceux de la Seconde vie ( Seconde life) sont les jeux  les plus dangereux des jeux sur réseau parce qu’ils sont chronophages, contiennent des éléments addictogènes et permettent surtout d’avoir « une double vie ». Ainsi, le joueur interagit avec d’autres joueurs pendant plusieurs mois voire plusieurs années par le biais de la tchache ( ou texting). Je citerai à titre d’exemple le jeu qu’utilise beaucoup d’enfants algériens dont le titre est « Transformice » , un jeu de petites souries qui amassent des morceaux de fromages et montent en niveaux, un jeu d’enfant qui nourrit le besoin d’appartenance à un groupe.

Dans les groupes de joueurs, l’enfant doit faire face à des personnes peu accueillantes et parfois même agressives et apprend donc à se défendre mais de manière incorrecte, surtout  quand il est insulté, ou harcelé par un ou des joueurs moins ou plus compétents que lui .  Le cas du petit Mohamed âgé de 11 ans , de très bonne éducation parentale s’est retrouvé échanger des mots très vulgaires sur le chat quand il est insulté . Il a vite appris à se défendre mais a aussi appris les plus mauvaises manières de le faire en envoyant des textos vulgaires et des photos dévalorisantes et parfois à connotation sexuelle. Ceci est un autre sujet qui mérite d’être étudié de près .

Ainsi , un enfant qui joue constamment sur internet  implique qu’il n’est plus présent chez lui que par son corps puisque son esprit se voit, la majorité du temps, ailleurs, pensant à son jeu même quand il ne joue pas. L’enfant rentre dans le monde virtuel du jeu et en fait son monde réel où il s’y installe confortablement en favorisant les relations virtuelles à celles de sa réalité.

Il ne s’intéresse plus à ses parents ni  à ses proches, ne trouve plus important ou amusant de voir ses amis et jouer avec eux. Il se trouve à l’aise en face de son jeu en ligne  des heures et des heures à jouer. Il oublie ses devoirs d’école, saute ses repas, reste connecté à une heure tardive la nuit, se lève difficilement le matin, ne se concentre plus pendant ses cours à l’école et perd peu à peu ses repères réels en présence d’autres faux repères, virtuels qui peuvent disparaitre juste en se déconnectant. De plus, le trouble le plus important survient dès que les parents essayent de réduire le temps de connexion ou le temps de jeux à leur enfant.

En face de cette situation, il pique des crises de colère ou de pleurs, il ment à propos de la durée de sa connexion et il va même à chercher des subterfuges pour pouvoir se reconnecter et continuer sa partie de jeu ou de conversation écrite (tchatche) ou orale.

Pour palier à ce problème une règle a été lancée en 2007 selon laquelle « l’enfant doit découvrir la télévision à l’âge de 3 ans, la console de jeux   à 6 ans, Internet   à 9 ans et à partir de cet âge l’enfant doit être accompagné par ses parents et c’est seulement à l’âge de 12 ans qu’il peut y aller tout seul »

Dans l’étude que j’ai mené auprès de 187 enfants, il s’est avéré que  52.66% d’enfants jouent au moins 1h par jour pendant les jours de semaines et plus de 3 heures par jours pendant les weekend et jours de vacances . De plus,   71.30%   réagissent par des pleurs quand ils sont privés de connexion ou de jeux sur différentes plateformes électroniques à écran et 2.82% réagissent de manière exagérée ce qui nous mène à anticiper le risque à la  cyberdépendance voire même à la cyberaddiction dans le temps.

  1. Risque d’être cybervictime d’un cybercriminel :

L’enfant curieux par nature et aimant avoir des amis, chercherait naturellement à connaitre d’autres personnes et surtout les plus fortes en jeu pour  devenir aussi fort qu’elles. Il cherche aussi ,et par nature, à se faire des amis (es). Ceci étant difficile voir frustrant , il cherchera là où c’est facile d’en trouver et moins pénible à supporter la pression. Par un tour de clic, il en trouvera beaucoup , même un peu trop parfois.

Pour se faire valoir, il cherchera donc à attirer des amis virtuels en montrant et démontrant ses compétences informatiques dans le jeu notamment et peut diffuser ses coordonnées et des informations autour de sa famille en divulguant le statut professionnel de ses parents, leurs déplacements, leurs numéros de téléphone ou numéros de comptes bancaires tout cela en faisant confiance aveugle à un ami virtuel. Ce dernier peut être un adulte qui se déguise en enfant , un cybercriminel dont l’objectif est de manipuler l’enfant . Les cyberpédophiles pullulent sur internet qu’ils trouvent plus faciles pour attirer les enfants que la réalité. L’anonymat étant garantit, ils peuvent agir plus facilement et avec un grand nombre d’enfants en même temps. Ils peuvent même être membre d’un réseau international de pédophilie et agir de l’étranger . La pédopornographie, le chantage affectif dans le  harcèlement moral d’un enfant, la cyberescroquerie des parents par le biais de leur enfant sont aussi d’autres cybercrimes qu’il est impératif de se garder de.

Revenant à mon étude qui a révélé que 65.21% de l’échantillon d’étude croient qu’internet est rarement ou occasionnellement un danger pour leurs enfants  et 13.05% leurs permettent de l’utiliser tout le temps sans leur présence d’où le grand risque de cybermanipulation. De plus, 64.62%  n’ont pas d’objection à ce que leurs enfants discutent occasionnellement avec des étrangers sur internet d’où le grand risque d’entrer en contact avec des cybercriminels déguisés en enfants derrière l’écran qui lui permettent l’anonymat.

Il s’est avéré aussi que 40.08 %  ne vérifient pas ou vérifient très rarement ce que téléchargent leurs enfants d’internet et 63.5% affirment ne pas connaitre les amis avec qui leurs enfants jouent à travers internet ou ne savent même pas si leurs enfants ont des amis sur internet ..

Ces résultats doivent nous alerter et de devoir voir à quel âge nous devons permettre à nos enfants d’interagir avec des personnes à travers internet  et comment les protéger de toute manipulation ou malversation.

La réalité du kidnapping en Algérie :

Selon le président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche le Pr. Khiati Mostefa « ..les bilans de la DGSN et de la gendarmerie, on enregistré une moyenne de deux kidnappings d’enfants par an en Algérie au cours de ces vingt dernières années.

Les disparitions peuvent atteindre 150 cas par an et ne concernent que des enfants de plus de dix ans qui fuguent et les kidnappings.» ( Guenanfa, 2016) , « ..Onze cas de kidnappings d’enfants suivis d’assassinat ont été enregistrés entre 2003 et 2013 » .  Selon Mme Kheïra Messaoudène, commissaire divisionnaire et chef du Bureau national de la protection des enfants, 23 enfants ont été tués entre 2014 et 2015 pour des motifs très particuliers. « La Forem est sans doute l’organisation qui a avancé par le passé les chiffres les plus alarmants sur la question » (N.H, 2014).

Le commissaire divisionnaire M. Chenaf pour sa part a précisé que les enquêtes sur le terrain menées par la sûreté nationale ont montré que  dans près de 70% des cas, le rapt d’enfant est essentiellement dû à des différends familiaux, à des problèmes psychologiques et à la déperdition scolaire .

Conclusion et conseils de psy        

Tout d’abord, je conseille les parents à savoir raison garder sans aller vers l’excès de la peur au point de priver leur enfant de ses besoins naturels :  besoin de s’épanouir, de se développer, de se construire en passant par les étapes naturelles pour arriver à la maturité. Ainsi, trop le couver fera de lui un enfant faible de personnalité, dépendant, peu communicatif et qui montrera des troubles du comportement avec l’âge. Je conseille aussi les parents de chercher d’autres moyens de divertissements  pour leur enfant,  comme la natation, les  sports de groupe dans des milieux sécurisés ( club, association), de les faire sortir plus fréquemment dans des petites balades familiales,  lui permettre de sortir avec les enfants du voisinage tout en gardant un œil de loin.

Aussi, à domicile les parents devront trouver des divertissements autres que les plateformes électroniques comme les jeux de famille, (jeux d’échecs, Monopoly, Scrabble, cordes à sauter, balançoire même dans leurs petit balcon, etc.. ). Juste pour que l’enfant puisse garder sa forme physique au lieu de rester assis plusieurs heures devant sa console, son Smartphone ou tablette.

J’invite aussi les masses-médias tous types confondus,  à instaurer le bien être en rassurant les parents par de véritables chiffres sur le kidnapping en analysant les faits de manière raisonnable loin de la recherche du scoop seulement. Tandis que j’invite les psychologues sur terrain à utiliser bien évidemment internet et plus spécialement les réseaux sociaux et  jouer le rôle de médiateurs entre la réalité et la rumeur,  d’un côté,  et de l’autre aider les gens à chercher des solutions efficaces aux conflits familiaux  sachant que les  kidnappeurs sont des personnes qui ont kidnappés leurs proches  comme le démontrent les investigations de la DGSN dans des cas réels

Je préconise aussi le fait de devoir inviter et orienter la famille algérienne à se décloisonner surtout que la décennie noire est déjà loin maintenant. L’union des familles d’un même immeuble, l’instauration de la culture du bon voisinage, cette union   dissuaderait les kidnappeurs à roder dans les quartiers. Les familles unies sécuriseront leur territoire où leurs enfants pourraient s’épanouir en jouant dehors sous surveillance distante loin  de toute privation pour que leur personnalité se développe dans la normalité totale.

Nos enfants sont notre trésor, la continuation de notre moi. Ainsi, leur permettre de vivre leur enfance, de s’épanouir, de recevoir des coups et apprendre à encaisser et se défendre, leur permettre de respecter les règles de tout jeu y compris les règles qui gèrent le relationnel dans le  groupe ( l’affectif, le comportemental et le cognitif)  ,tout cela se fait par le suivi et le contrôle intelligents  de l’enfant  loin de tout étouffement de sa personnalité en plein développement.

*Dr. Rahali F. Djalila Psychologue clinicienne ,  première cyberpsychologue en Algérie depuis 1999. Spécialiste des cyberaddictions et chercheur dans le Net-Profiling des cybercriminels.  @DrRahali_CybPsy

 

Mohamed Benhemla
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