Le projet fou d’accrocher un immeuble à un astéroïde

Le projet fou d’accrocher un immeuble à un astéroïde
Représentation d'un projet d'immeuble suspendu à un astéroïde ©CLOUDSAO.COM

Pour construire le plus grand immeuble du monde, un cabinet d’architecte imagine le suspendre à un astéroïde en orbite autour de la Terre.

SUSPENDU. Comment construire des immeubles toujours plus haut ? Un duo d’architectes américains du cabinet Clouds AO propose une solution aussi radicale qu’improbable. Puisqu’il est compliqué de faire monter un gratte-ciel du fait des lourdes contraintes mécaniques sur sa base, pourquoi ne pas le faire descendre du ciel… Comment ? Eh bien en l’accrochant à un astéroïde, préalablement placé en orbite autour de la Terre, pardi ! Car dans le futur, « manipuler un astéroïde ne sera plus de la science-fiction » prophétisent les concepteurs de cet improbable projet.

Admettons qu’intercepter un astéroïde et en modifier la trajectoire afin de le placer en orbite autour de la Terre soit possible…

« La mission européenne Rosetta prouve que l’humanité est capable d’intercepter un astéroïde. Et la NASA prévoit d’ici 2021 une mission de capture d’un petit astéroïde » expliquent les ingénieurs, faisant allusion à la mission « Asteroid Redirect Mission » américaine, dont l’objectif est ce dévier un astéroïde de sa trajectoire afin de le mettre en orbite autour de la Lune. Et ce autant pour imaginer des technologies visant empêcher la collision d’un bolide spatial avec la Terre, que pour une future exploitation des ressources minières qui s’y trouvent. Une mission qui, entre temps, a été annulée faute de financements dans le budget 2018 de l’agence spatiale américaine…

Mais admettons qu’intercepter un astéroïde et en modifier la trajectoire afin de le placer en orbite autour de la Terre soit possible… Reste ensuite à fixer solidement dessus des milliers d’ancres reliées chacune à des câbles porteurs XXXL. Et c’est peu de le dire. Les architectes imaginent des câbles long de plus de 35.700 kilomètres (quant on rêve, on ne compte pas) et capables de supporter le poids d’un train d’immeubles. Comment accrocher ces immeubles les uns derrière les autres au bout de ces câbles ? A l’aide de grues suspendues qui les assembleraient comme des Legos répondent les concepteurs de ce projet dans cette vidéo de présentation. Simple comme bonjour on vous dit.

En plaçant l’astéroïde à une altitude de 50.000 kilomètres, et en tenant compte de la masse importante de la superstructure qui en pendouille, les architectes posent le postulat que le centre de gravité de l’ensemble se trouve en orbite géosynchrone (qui tourne à la même vitesse que la Terre). Mais l’astéroïde n’est pas déposé dans le plan de l’équateur (au quel cas il demeurerait fixe au dessus d’un point par rapport au sol, mais sur une orbite inclinée par rapport à ce plan. Il décrit alors au dessus du sol une figure en forme de huit excentré, comme on peut le voir dans le schéma ci-dessous (à droite). Une figure appelés « analemne ». D’où le nom de cette incroyable tour baptisée « Analemma Tower ».

Sur ce schéma, l’indication « Mass » matérialise l’astéroïde en orbite (excentrée par rapport à l’équateur). Un point à la verticale d’une telle orbite dessine un « analemme » au sol. ©cloudsao.com

La cime du plus haut building culminerait alors à 32 kilomètres, tandis que sa partie inférieure volerait donc à quelques milliers de mètre au dessus du sol. « Voler » est effectivement le terme adéquat puisqu’ainsi suspendu, ce building titanesque se déplacerait en même temps que l’astéroïde, décrivant alors, selon ses architectes, au dessus du sol.

Ainsi, les habitants de l’immeuble se trouveraient-ils dans une structure en mouvement qui se déplacerait de plusieurs milliers de kilomètres par jour, en repassant à la même heure au dessus des mêmes points. Les architectes imaginent donc placer sur son trajet des sortes de gares de transfert dans lesquelles de brefs échanges de passagers ou de biens pourraient s’effectuer. Et pour tout ce qui est urgent, rien de tel qu’un service de livraison de colis par drones.


Le projet fou d’un immeuble suspendu dans les airs

Et pour le réseau électrique ? Et pour l’eau potable ? Facile ! Il suffit d’installer quantité de panneaux photovoltaïques dans les parties de la structure au-dessus de l’atmosphère terrestre. « Ils profiteraient alors d’une bien meilleure illumination que sur Terre » commentent les architectes. Quant au réseau d’eau, il fonctionnerait comme sur la station spatiale internationale, en circuit semi-fermé avec un recyclage important des eaux usées. De l’eau fraîche récupérée par condensation des nuages pourrait venir compléter les inévitables pertes.

Les architectes ont même pensé aux contraintes qui pèsent sur les ascenseurs. Impossible dans un immeuble mesurant plusieurs kilomètres de haut d’utiliser un système de câbles très volumineux et très lourd à enrouler. Les ascenseurs seraient donc pourvus d’un dispositif mécanique électromagnétique dépourvu de tout câble. On notera toutefois une dimension très très religieuse dans le projet des deux architectes qui, sur le train de 8 immeubles qui constituent ce projet, envisagent d’en dédier un tout entier au « culte », un autre faisant office de « reliquaire » (c’est que ça prend de la place les reliques !).

Seul intérêt : le défi intellectuel

Reste quelques détails techniques qui sont passés sous silence. « Comme le fait par exemple que la période de rotation d’un objet en orbite autour de la Terre est directement liée à son altitude » analyse Roland Lehoucq, chercheur au Laboratoire Cosmologie et Evolution des Galaxies (CEA / Institut de Recherche sur les lois Fondamentales de l’Univers). Autrement dit, seul l’astéroïde placé sur une orbite géosynchrone tournera à la même vitesse que la terre. Mais tout ce qui se trouve en dessous (et donc sur une orbite plus basse) tournera bien plus vite. Le bas de l’immeuble orbiterait donc probablement avec une période bien plus rapide que le haut, ce qui entrainerait de colossales contraintes mécaniques sur la structure.

De plus, un tel assemblage spatial n’est pas sans rappeler des projets de recherche sur les ancres spatiales. Une technique expérimentale consistant à déployer un long filin depuis un satellite afin qu’il plonge dans l’atmosphère et interagisse avec elle pour ralentir la course du satellite et… le désorbiter. Le déploiement d’un tel dispositif avait été tenté (sans succès) en début d’année avec le cargo japonais Kounotori-6. Certes, dans ce cas de figure, c’est l’interaction entre un courant induit dans le câble et le champ magnétique de la Terre qui permet de désorbiter le satellite.

« Pour la méga structure, ce serait les frottements sur les couches basses de l’atmosphère qu’il faudrait considérer » précise Roland Lehoucq. En effet, si jamais l’altitude du centre de gravité de la méga structure diminue significativement au fil du temps la désorbitation d’un gros astéroïde au dessus d’une ville pourrait avoir quelques conséquences fâcheuses… Pour Roland Lehoucq, ce projet n’est intéressant que pour les défis intellectuels des questions de calcul académique qu’il soulève. Pour le reste… « S’il s’agissait de réfléchir à un nouveau type d’ascenseur spatial capable de faire baisser les coûts de lancement vers l’espace, cela aurait été plus intéressant. Là, il s’agit d’un énième projet d’immeuble pour super-riches sans grand intérêt« . En effet, le rapport coûts / bénéfices pour l’humanité d’une telle structure ne saute pas vraiment aux yeux…

 

Erwan Lecomte

Source : sciencesetavenir.fr

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