Le débat mondial sur la vaccination : Lanceurs d’alertes ou position sectaire ?

Le débat mondial sur la vaccination : Lanceurs d’alertes ou position sectaire ?

Elle a été le sauveur de l’humanité, voilà que son pouvoir de persuasion est désormais écorché après plus d’un siècle au sommet de la reconnaissance universelle.

Ses détracteurs se multiplient en manifestes et en procès mais la résonance médiatique n’a certainement aucune commune mesure avec le crédit dont elle dispose encore auprès de la population mondiale.

Le dernier soubresaut du débat sur la vaccination concerne la radiation du professeur Henri Joyeux, chirurgien cancérologue, par la chambre disciplinaire de l’Ordre des Médecins du Languedoc-Roussillon. La sanction prendra effet au premier décembre 2016. Le professeur est déjà en retraite mais la décision lance un avertissement symbolique fort à l’encontre de l’un des porte-paroles très médiatisés du front de l’opposition aux campagnes de vaccination.

Le médecin est accusé d’avoir participé au lancement et à la promotion d’une pétition en ligne, toujours active, dénonçant les substances « dangereuses » présentes dans des adjuvants de vaccins contre la DTPolio. Ces derniers étant utilisés en raison d’une pénurie qui dure depuis 2014.

Jusque là, rien de répréhensible à première vue et certains verraient en ce médecin un lanceur d’alerte utile à la société. L’auteur du présent article a lui-même rédigé plusieurs articles dénonçant le lynchage des lanceurs d’alerte au nom de la protection d’intérêts gouvernementaux et d’industries privées dont les actions sont opaques, illégales et immorales.

Nous nous souvenons du combat de certains médecins contre les produits reconnus aujourd’hui dangereux pour la santé, causant des milliers de décès et dont les procès furent retentissants. Cependant, pour l’affaire des vaccins, il ne nous est pas interdit de réfléchir au cas précis avec tout le discernement nécessaire car si l’alerte est souhaitable, nous allons voir qu’elle s’insère dans un ensemble douteux, basé sur aucun élément scientifique sérieux. Examinons tout d’abord ce que dit le droit dans cette étrange affaire avant d’en venir à la personnalité très contestée du médecin en question ainsi que celle des participants au mouvement anti-vaccination.

La parole du droit 

Au mois de mars 2015, le Conseil constitutionnel français rend une décision qui légitime le Parlement dans sa « définition d’une politique de vaccination afin de protéger la santé individuelle et collective ». La haute juridiction avait statué en réponse à une question préalable de constitutionnalité que lui avait posée le tribunal correctionnel, devant lequel ont été assignés les époux, Marc et Samia Larère. Le couple, parents d’une petite fille, aujourd’hui âgée de trois ans, avait refusé une vaccination obligatoire contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP).

Par sa décision, le conseil constitutionnel avalise la politique de vaccination obligatoire. Il  proclame sa conformité au préambule de la constitution puisqu’elle ne heurte pas le principe constitutionnel de la protection de la santé. L’avocat de la famille avait plaidé pour une lecture inversée du principe, c’est-à-dire le droit à ne pas vacciner son enfant si on estime que sa santé est en jeu. Voici donc clos le débat, tout au moins pour sa séquence judiciaire interne, à moins d’un recours auprès de la Cour européenne des droits de l’homme.

Par le pur hasard, on apprenait au même moment qu’un enfant espagnol de six ans décède après une virulente attaque de la bactérie diphtérique, premier cas recensé depuis 1987. Les parents de ce malheureux s’étaient opposés à sa vaccination. Plongés dans la douleur, ils n’ont pas hésité à dénoncer leur propre crédulité pour avoir été trompés par des mouvements militants qu’ils jugent aujourd’hui coupables de la mort de leur enfant. Et les cas d’imprudence dus à ce mouvement d’opposition doctrinal sectaire, allant jusqu’aux conséquences graves, voire mortelles, se sont multipliés.

Une longue validation historique

Si la réponse du droit n’est que la vérité des textes et de la jurisprudence, l’histoire apporte sa part dans cette vérité générale, par nature incertaine. Une rapide recherche nous apprend que c’est au XVIIe siècle que les premières inoculations ou dépôt de pus, ou squames varioliques, se pratiquaient pour cette maladie connue depuis l’antiquité. Si les résultats ne furent vraisemblablement pas très probants, il y eut, de bonne foi scientifique, l’observation de certains effets thérapeutiques.

Nous avons tous appris sur les bancs de l’école que Louis Pasteur prépara avec succès, en 1885, le premier vaccin humain à virulence atténuée contre la rage. Le parcours ne fut pas facile pour Louis Pasteur qui s’est battu contre ses confrères de l’Académie de médecine de Paris, franchement sceptiques et hostiles. Depuis, nous connaissons l’extraordinaire destinée de cette invention qui allait ouvrir une ère de sécurité sanitaire inédite dans l’histoire humaine.

Que s’est-il donc passé pour en arriver au retour des défiances contre la vaccination ? Commençons par interroger les statistiques et les spécialistes. Toutes les organisations mondiales, maintiennent leur discours d’une nécessité absolue de continuer la vaccination des populations. L’OMS comme l’Unicef affirment que les accidents recensés sur des millions de cas sont infinitésimaux. Le risque zéro n’existant pas en matière scientifique et médicale, le bénéfice avantage/risque reste largement supérieur à ce que l’humanité n’avait jamais osé rêver.

Nous savons qu’il existe toujours des reculs historiques périodiques en matière d’adhésion aux découvertes et aux sciences, pourtant établies de longues dates dans les civilisations. Il faut immédiatement exclure l’opposition des trois grandes religions monothéistes et certaines autres dont l’influence n’est pas négligeable car jamais n’ont été prononcés des interdits à l’égard de la vaccination. La plupart du temps, ne se sont opposés à la vaccination que des mouvements sectaires.

Une conséquence, en partie attendue

La vaccination a connu ces dernières années une fronde planétaire de quelques organisations, marginales mais très visibles dans leur communication et qui souhaitent la remettre en cause. L’attaque est multiforme, portée essentiellement par des pseudos rapports scientifiques et des procès individuels et collectifs, soutenus par des mouvements associatifs militants très actifs. Tous réclament l’abolition de l’obligation de vaccination qui aurait, selon eux, des conséquences graves et mortelles sur la population.

Si nous laissons un moment la dérive sectaire, sur laquelle nous reviendrons, nous sommes bien face à l’une des conséquences attendues de la modernité dans sa variante politique. Les populations bénéficient de plus en plus d’une éducation massive et de bonne qualité. La vaccination n’est plus un acte magique que le médecin blanc vient inoculer auprès des populations incultes et dociles, mais un acte largement consenti et compris dans sa nécessité comme dans son effet. La contrepartie réside dans une plus grande vigilance revendicative de la société.

Il y a probablement considérablement moins d’accidents qu’il n’y en a eu dans le passé, mais la capacité à réagir, à douter et à combattre est beaucoup plus appuyée dans une civilisation moderne et éclairée. Les associations se créent facilement, les tribunaux sont immédiatement saisis et la liberté de parole est plus étendue, surtout avec la multiplication et la vitesse des nouveaux moyens de communication.

Les droits de l’individu sont aujourd’hui manifestes, du moins dans les pays ou la fronde est menée, et sa capacité à être visible face à un État puissant est désormais possible. A toutes ces raisons se rajoute celle de l’individu trahi par la science lorsqu’il est victime d’un accident ou d’une faute médicale. Celui qui perd un être cher, à fortiori un petit enfant, ressentira comme insoutenable l’argument qui lui est opposé, selon lequel il n’y a pas de risque zéro en médecine. Celui-là ne peut entendre cet argument et ne pourra jamais l’accepter. C’est un argument collectivement compris mais qui exclut l’individu isolé dans la souffrance la plus aiguë.

Nous pourrions, certes, rajouter les scandales à répétition que la société moderne a connus dès lors que l’action thérapeutique prend le risque d’être entre les mains d’une industrie dont le seul objectif est le profit. Les scandales de l’industrie pharmaceutique et chimique, notamment, ont été si nombreux qu’il n’est pas utile de les citer. Tout cela concoure à créer un climat de suspicion et c’est toujours à ce moment que des hommes sulfureux prennent la parole pour manipuler la fragilité humaine.

Cependant, si dans l’absolu, cette excuse reste explicative d’un refus éventuel de la vaccination par certains, elle n’en est pas moins erronée. La raison est qu’elle s’applique très indirectement à la vaccination et dans une réalité qui reste à démontrer. L’industrie de la vaccination fait encore l’objet d’une surveillance administrative des plus strictes, en tout cas dans les pays développés. L’accident est toujours possible mais certainement pas pour justifier l’arrêt du processus mondial de protection. La vaccination n’a pas dit son dernier mot et n’est pas prête, à court terme, à disparaître.

Il nous faut maintenant revenir au Professeur incriminé et à ses compères dans ce combat militant. Si la raison et l’esprit critique nous amènent à toujours vérifier les arguments des lanceurs d’alerte, indispensables à l’avancée de la transparence des actes gouvernementaux et industriels, l’examen de la personnalité de cet individu nous persuadera définitivement de la dangerosité de ses  propos.

Un personnage sulfureux

Dès que l’on aborde le curriculum vitae du médecin, on comprend le champ doctrinal sur lequel est fondée sa lutte contre la vaccination. Le lobby pour lequel il participe prône le libre choix pour l’individu et les parents ainsi qu’une clause de conscience. A priori, l’argument est toujours reçu favorablement par les partisans de la liberté.

Cependant, si nous poursuivons l’examen de l’itinéraire du professeur, nous rentrons dans les ténèbres de la pensée de l’extrême droite. La lutte contre la vaccination n’est en fait qu’un volet du spectre de la pensée rétrograde qui anime les militants de l’ombre noire. Leur route a croisé tous ceux des extrémistes religieux et nationalistes et on les retrouve, notamment, dans le mouvement qui s’est opposé farouchement contre la loi du « mariage pour tous ». Quelle que soit l’opinion du lecteur à ce sujet, il devrait prendre des précautions avant de conclure qu’il s’agit d’une position partagée.

La doctrine de ces milieux de pensée prône la suprématie des valeurs chrétiennes et de la valeur blanche. Rien à avoir avec la libre pensée qu’ils veulent bien nous laisser croire. Leur objectif est l’ordre moral et religieux, certainement pas celui que partagent les démocrates et les penseurs  humanistes.

Les autres leaders du mouvement, très médiatisés, sont également issus de pensées troubles et peu recommandables, même s’ils ne sont pas tous de la mouvance catholique orthodoxe. Ce n’est  d’ailleurs pas un hasard si certaines branches de la médecine parallèle sont souvent représentées  (ou des filières très perméables aux pratiques occultes comme la psychothérapie, l’ostéopathie etc, ce qui ne l’enlève rien au sérieux médical de ces spécialités mais facilement pénétrables par des esprits manipulateurs si on n’y prend pas garde).

Une étude très sérieuse a recensé que les adeptes de ce mouvement militant sont le plus souvent des parents ayant fréquentant des sectes ou des organisations d’un type voisin. Ces groupes sont attirés par des croyances mystiques et aux pratiques qui sont à la limite de la sanction pénale.

Tout cela est très loin des considérations scientifiques et médicales que veulent nous faire croire, le Professeur Joyeux et ses homologues, gourous de la communication. A aucun moment n’a été fournie une étude probante aux méthodologies scientifiques attestées. A aucun moment ces hommes ne se sont mis sur ce terrain pour rester sur celui de l’incantation et des fausses allégations. Leur objectif, comme tous les adeptes de la croyance en des forces occultes et/ou d’idéologies nationalistes d’extrême droite, est de créer le terreau de la peur collective sur lequel prospèrent des charlatans, gourous de la médecine de foire.

Le soutien que nous devons apporter aux « lanceurs d’alerte » ne doit pas s’arrêter mais notre vigilance envers la manipulation des esprits doit être en alerte permanente. Ces hommes ne sont pas des lanceurs d’alerte et des visionnaires mais des margoulins et des charlatans.

Une justice d’exception qui n’arrange pas les choses

Comme toujours, lorsque la réflexion démocratique et l’esprit humaniste combattent une position qu’elles jugent dangereuse et rétrograde, la porte doit être laissée à une certaine ouverture vers le doute. Si celui-ci n’est pas exactement l’état d’esprit qui anime le rédacteur de l’article quant au fond de l’affaire, au vu des curriculum vitae des individus qui portent la lutte anti-vaccination, il est néanmoins présent quant à la procédure pour déclarer la radiation.

Que les médecins m’excusent mais la démocratie devra, un jour ou l’autre, remettre en question les pouvoirs disciplinaires des ordres professionnels. Lorsqu’il existe des organismes professionnels qui prononcent des décisions « extra-judiciaires » d’ordre pénal, nous sommes bien face à une justice d’exception. Et les justices d’exception, c’est le contraire de la justice républicaine.

Dans la quasi-totalité des pays démocratiques, les tribunaux militaires d’exception ont été supprimés mais il reste beaucoup à faire car subsistent encore des organes qui ont le droit de prononcer de telles condamnations. Ce n’est pas normal et la parole doit toujours revenir aux tribunaux de l’ordre pénal de la république, c’est à dire au droit commun.

Certes, le recours aux tribunaux judiciaires est toujours un acte d’appel possible pour ce genre de tribunaux professionnels. Cependant, la république donne toujours cette impression de laisser faire une justice d’exception, de «l’entre soi » pour des corporations qui trouvent dans cet instrument disciplinaire un moyen de protéger des intérêts acquis et une gestion interne de leur propre puissance.

La radiation du Professeur Joyeux par un Ordre des médecins est toujours un argument qui alimente le processus de fronde. Ces organismes ont prouvé par le passé qu’ils pouvaient faire preuve d’une grande capacité au corporatisme et à la manipulation. C’est apporter de l’eau au moulin des détracteurs de la vaccination.

La liberté ne se contingente pas, quel que soit le message erroné de la parole du professeur. Quant à sa dangerosité pour la société, les lois pénales et civiles de la république sont largement équipées pour combattre les idées et manipulations sectaires.

Et si la société se laisse aussi facilement manipuler par des charlatans qui se pressent pour la tromper, c’est qu’elle n’est pas armée pour y répondre par la seule « bombe atomique » contre les manipulations de l’esprit, l’instruction et l’esprit critique. C’est par eux que se combattent les manœuvres sectaires et non par des tribunaux d’exception. Que ce soit pour la vaccination que pour toute autre dérive portant sur les forces et croyances occultes qui asservissent l’être humain.

Sid Lakhdar Boumédiene

Enseignant

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  • Térouinard
    19 juillet 2016, 18 h 28 min

    Bonjour,
    Lanceurs d’alertes ou position sectaire ?
    C’est une alternative.
    Pas d’autres choix.
    Donc, le "sectaire" est dans "le fruit" (l’interrogation).
    Les faits et arguments, pour, contre, tout le reste est subjectif.
    Quant à : " Que ce soit pour la vaccination que pour toute autre dérive portant sur les forces et croyances occultes qui asservissent l’être humain.".
    C’est presque comique, pour dédramatiser.
    Toutes les croyances et religions (pléonasme) sont des sectes (encore pléonasme) qui ont réussi, qui vont réussir ou pas.
    Donc l’asservissement de l’être humain, il est partout.
    Le savoir, est le minimum pour se libérer quelque peu.

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