Le Brésil entre l’émergence et l’immergence

Le Brésil entre l’émergence et l’immergence

Présenté depuis le début des années 2000 comme un pays « émergent », par une agence de notation financière, le Brésil traverse une crise qui est le reflet des facteurs de blocage les plus structurels de la société brésilienne.

Le Brésil a, souvent, vécu au cours de son histoire des crises sociales d’une grande violence ; miné par une corruption généralisée et des scandales politiques tous azimuts, gangrené par une violence hors du commun (60.000 homicides par an, 10% des homicides commis dans le monde), Atlas da violência 2016, paru en mars dernier, doté d’une économie en berne, le Brésil reste une terre tout à la fois inquiétante et fascinante.

Quels sont les principaux facteurs qui expliquent la crise majeure que traverse aujourd’hui le Brésil ? Quels  sont ses  nombreux atouts ? Peut-il devenir une grande puissance ?

Il ne suffit pas d’avoir hérité d’un territoire immense, doté de richesses naturelles hors du commun, ni même d’avoir su construire une industrie de bon niveau… avant tout, il faut d’abord avoir la volonté d’être puissant. Or, peu de penseurs brésiliens se sont penchés avec sérieux sur un authentique projet géopolitique pour leur pays.

Mais s’il est vrai qu’à plusieurs reprises, les gouvernements brésiliens ont eu la velléité de jouer un rôle majeur sur la scène internationale, ils n’y sont en réalité jamais parvenus réellement.

Effectivement, on connaît les formidables ressources naturelles de ce pays-continent de 8,5 millions de kms2, fort d’une population de 204 millions d’habitants, dont le sol et le sous-sol regorgent de richesses que bien des pays peuvent lui envier.

En premier lieu, il abrite la plus grande réserve de biodiversité de la planète, ce qui va, par exemple, lui permettre de s’imposer comme un acteur majeur en matière d’industrie pharmaceutique et de biotechnologies.

En matière d’énergies renouvelables, le Brésil détient également des atouts majeurs, puisqu’il dispose de capacités hydroélectriques impressionnantes.

Conjoncturellement, il est patent que le ralentissement de l’économie chinoise, grande consommatrice des matières premières brésiliennes, a un impact sérieux sur l’économie

Le Brésil est une puissance continentale isolée dans une zone isolée. Il reste un pays colonial qui ne prend pas part – ou peu – aux grands événements du monde.

Or, pour s’efforcer de comprendre la marche du monde, il faut déjà appréhender la diversité des intérêts.

D’abord parce que le Brésil a une géopolitique bien particulière et qu’il se distingue par des facteurs géographiques et historiques spécifiques.

Le Brésil vit sur une histoire relativement récente à l’échelle du monde, avec une culture venue d’ailleurs essentiellement, puisque se sont croisés et mêlés trois courants de peuplement : l’indien, l’européen et l’africain.

Les Brésiliens vivent sur un territoire qui regorge de richesses, où tout est possible,mais en même temps, c’est un pays très dur, où tous les coups sont permis, où il faut pouvoir compter sur des relations fiables, ce qui se révèle à l’usage relativement difficile ; derrière la façade séduisante, c’est en réalité un pays aussi dangereux qu’imprévisible.

La crise a des causes externes au Brésil, mais elle est aussi la conséquence du recul général des prix des matières premières à la faveur de la crise financière et économique mondiale. Le Brésil, malgré son industrie et ses services, reste dépendant de ses ressources naturelles qui sont la cause de crises cycliques.

Pour appuyer sa démarche vis-à-vis des autres Etats du monde et des organisations internationales, le Brésil est sorti de ses frontières pour participer à différentes opérations de maintien de la paix organisées par les Nations unies, justifiant ainsi son nouveau rôle sur la scène internationale.

La diplomatie brésilienne est à l’image de la culture du pays,  pas d’affrontement, verbal ou physique. Séduire, discuter, contourner est leur devise.

Le corps diplomatique brésilien est d’ailleurs de très bon niveau. Il est formé à l’Institut Rio Branco, lequel doit son nom à un diplomate de renom, José Maria da Silva Paranhos Junior, baron de Rio Branco, ministre des Affaires étrangères du Brésil au tout début du XXe siècle. Il a souvent su jouer avec intelligence la carte du soft-power,

A l’évidence, la diplomatie qui mène une politique absolument erratique ces dernières années, serait bien inspirée de revenir aux fondamentaux de la géopolitique.

La crise politique actuelle montre que le Brésil n’a pas de stratégie pour s’en sortir, il doit être extrêmement prudent quant à la mise en œuvre de sa stratégie de développement et faire face lucidement à la crise générale qu’il traverse aujourd’hui.

Il devrait tirer parti de cette crise pour construire une société reposant sur une plus grande confiance et un minimum d’équité.

La tenue des Jeux olympiques à Rio de Janeiro suivis par plus de 4 milliards de téléspectateurs, attirant plus de 10 000 athlètes de 200 délégations nationales différentes, les Jeux olympiques d’été figurent aujourd’hui parmi les événements les plus populaires au monde… et les plus politiques. Perçus comme des vitrines des pays hôtes souhaitant défendre et améliorer leur image,  les JO n’ont eu de cesse, d’être le reflet de rivalités géopolitiques, qu’il s’agisse de l’attribution de l’organisation de la compétition ou du décompte des médailles. Il évoque la compétition entre Nations, l’affirmation des identités nationales. Ce qui permet aussi de repenser les JO, dans leur approche politique et géopolitique.

Il est donc difficile au Brésil, de par son histoire et son positionnement géographique, de s’ouvrir des chemins vers la puissance, il se limite à une puissance régionale.

Nacera TOUMI SIAMER

Experte en Organisation et Diplomatie

 

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