La destitution de fait vendredi du Premier ministre pakistanais est une nouvelle conséquence du scandale des Panama Papers, qui a exposé dirigeants politiques et célébrités, et conduit à l’ouverture d’une centaine d’enquêtes pour évasion fiscale ou blanchiment.

Les Panama Papers, c’est quoi ?

Cette fuite de 11,5 millions de documents, « papers » en anglais, issus des archives du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca a permis de mettre en lumière les pratiques financières et fiscales de tout un éventail de clients, du simple entrepreneur au chef d’Etat en passant par des banques ou des sportifs.

Ces données avait été confiées au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung et au Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), avant que les premiers articles ne paraissent le 3 avril 2016.

Parmi les personnalités citées, figuraient l’ancien Premier ministre britannique David Cameron, le footballeur argentin Lionel Messi, le président argentin Mauricio Macri, le réalisateur espagnol Pedro Almodovar et la star de cinéma de Hong Kong Jackie Chan… mais aussi plus de 140 hommes politiques et responsables publics.

Quel impact pour les personnes impliquées ?

Peu après la déflagration, le Premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson a démissionné. Il avait détenu des avoirs aux îles Vierges britanniques, sans les déclarer.

Il était jusqu’à présent le seul chef de gouvernement à avoir quitté le pouvoir du fait des Panama Papers. Vendredi, le Premier ministre pakistanais, Nawaz Sharif, est venu le rejoindre.

La Cour suprême du Pakistan a rendu un arrêt le « disqualifiant » pour corruption, provoquant sa chute et celle de son gouvernement. Une commission d’enquête avait révélé une « importante disparité » entre les revenus de la famille Sharif et son train de vie, apparue au grand jour grâce aux Panama Papers.

De nombreux responsables cités dans les Panama Papers ont avancé des motifs légitimes pour expliquer leur présence dans une société offshore et juré n’avoir rien commis d’illégal.

Sur le principe, tout le monde a en effet le droit de créer une société offshore, du moment que les profits sont déclarés. Mais ces sociétés sont régulièrement dénoncées pour leur opacité et peuvent servir à dissimuler à l’étranger des gains mal acquis ou être utilisées pour échapper au fisc.

Un an après la publication des premiers articles, au moins 150 enquêtes ont été lancées dans plus de 70 pays pour évasion fiscale ou blanchiment d’argent supposés, selon l’ICIJ.

Quel impact sur la lutte contre les paradis fiscaux ?

Le scandale des Panama Papers a donné une forte impulsion à la lutte contre l’évasion fiscale, mais des efforts restent à faire.

La France a remis le Panama sur sa liste des paradis fiscaux, à la grande colère du pays d’Amérique centrale. Sous pression, le Panama a signé en octobre 2016 la convention multilatérale contre la fraude fiscale élaborée par l’OCDE, qui impose de transmettre des informations fiscales à tout pays signataire qui en ferait la demande.

Le traitement infligé à la place financière latino-américaine a eu des répercussions auprès des autres pays qui ne s’étaient pas encore complètement engagés à échanger des informations, à l’image du Liban, de Bahreïn, de Hong-Kong et des Bahamas.

En juin, l’OCDE a publié une nouvelle liste noire des pays non-coopératifs sur laquelle ne figure qu’un seul nom : celui de Trinidad-et-Tobago, un petit pays caribéen.

De nombreuses ONG ont cependant critiqué une liste « vide et ridicule », estimant qu’il restait encore beaucoup à faire pour lutter contre l’évasion fiscale.