La carte n’est pas le territoire : Quand l’ignorance brouille les pistes

La carte n’est pas le territoire : Quand l’ignorance brouille les pistes

Deux grands symboles de la chanson Kabyle sont la cible d’une campagne de dénigrement sans précédent. Il a suffi que Idir et Ait-Menguellet assistent à une rencontre organisée par l’office national des droits d’auteurs (ONDA), pour que la toile s’enflamme. À lire les commentaires virulents de nos compatriotes, mais surtout ceux de certains artistes en manque de notoriété, on pourrait croire que nos deux vedettes, incontestables, sont devenus des harkis. 

Des kabyles de services 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, le profane doit comprendre qu’une personnalité internationale, telle que Idir ou Ait-Menguellet, ne peut se comporter comme les millions d’inconnus qui leur reprochent leur attitude, un peu trop amicale, face au Premier ministre de leur pays. Il y a des protocoles à respecter et cela ne change strictement rien à leurs positions. Idir reste idir et Ait-Mengullet reste Ait-Menguellet. Ils ont porté le flambeau de la culture amazigh toute leur vie, et ce n’est sûrement pas aujourd’hui qu’ils vont vendre leurs âmes au diable pour quelques euros. Que cela plaise ou non, ils ont agi en pleine conscience, avec des éléments qu’ils sont seuls à détenir. Avant de les traiter de kabyles de services, il faudrait peut-être essayer de comprendre ce qui a motivé leur choix.

Et si ils avaient fini par comprendre que la solution est dans l’ouverture ?

La carte n’est pas le territoire

Alfred Korzybski est auteur de l’aphorisme : « une carte n’est pas le territoire. » (en anglais, « A map is not the territory. »). Cet expert du renseignement américano-polonais, devenu scientifique et philosophe, est le fondateur de la sémantique générale, qui est une discipline qui permet à chacun de prendre du recul face à un évènement, avant d’émettre un jugement, ou avant la prise d’une décision préjudiciable.

Votre réalité, n’est ni la mienne, ni celle de Idir 

Cette formule que nous apporte Alfred Korzybski est d’une grande simplicité, mais elle nous éclaire grandement sur notre propre fonctionnement autant qu’êtres humains. Ce qu’il nous dit, tout simplement, c’est qu’une carte géographique, aussi précise soit-elle, ne peut être une représentation parfaite de la réalité du terrain. Le territoire est en constante évolution. Une nouvelle route, ou un nouveau quartier, suffisent pour tromper un GPS qui n’est pas mis à jour. Il y a toujours des éléments manquants qui faussent la donne. Avant de juger une personne, il faudrait peut-être se dire qu’elle doit avoir des éléments qui manquent à notre réalité, telle qu’on l’a construite dans notre cerveau.

Et si vous étiez à leur place…

Votre propre « Territoire mental » est cartographié selon plusieurs facteurs. L’éducation, la culture, l’environnement, le statut social, les expériences vécues, sont quelques exemples de paramètres qui contribuent à la construction d’une réalité qui est propre à chaque individu. Idir et Ait-Menguellet savent rester dignes dans l’adversité, si adversité il y a.

Peut-être que ce n’est pas le cas pour ceux qui les dénigrent, mais je reste convaincu que ces derniers n’oseraient jamais tourner le dos au Premier ministre s’il leur tendait la main. Je n’oublierai jamais cette camarade que j’ai eu le plaisir de côtoyer à l’université de Tizi-ouzou. Elle n’avait aucune affection pour le gouvernement de l’époque, mais le jour où Amar Tou nous a rendu visite dans notre amphithéâtre pour l’inauguration  de Bastos, il lui a serré la main, et dans l’euphorie elle s’écria : « Je ne vais plus jamais me laver la main « . Alors avant de critiquer, il serait judicieux que chacun de nous s’interroge sur ce qu’il aurait fait à leur place.

Exister par le jugement

Le jugement est une façon d’exister en se comparant aux autres pour définir sa propre identité. C’est une fonction psychique vitale. On cartographie sans cesse les autres afin de construire notre propre carte. C’est ce qu’on appelle l’altérité. Quand on juge négativement une personne, sans avoir les éléments probants, appropriés et suffisants pour servir de fondement raisonnable à une opinion éclairée, on tombe dans le dénigrement. Dès que l’être humain pense que la différence avec l’autre le menace dans sa perception de son identité, il se défend systématiquement, et l’une des stratégies de défense héritée de nos ancêtres, très lointains, reste l’attaque.

Le miroir de nos ombres 

Carl Gustav Jung explique ce phénomène par notre « part d’ombre », ou le côté sombre qui se cache au fond de chaque personnalité, et qu’on a du mal à accepter. C’est dans cette zone interdite que cohabitent la jalousie, la peur, la lâcheté, les angoisses, les blessures, les regrets, ou encore la violence. Elle renferme aussi nos qualités positives, mais seulement celles que nous refusons d’accepter. Vous avez peut-être la capacité de devenir un grand artiste, vous le savez certainement, mais vous avez tellement peur de l’admettre que vous préférez jeter ce don au fin fond de ce gouffre qui renferme toutes vos tares.

Chaque jugement négatif qu’on porte sur autrui, n’est en réalité que le miroir de nos ombres. S’il vous arrive de détester ou de fuir quelqu’un sans raison particulière, vous devriez au contraire vous en rapprocher car il détient quelque chose que vous voulez absolument avoir et qui manque dans votre vie. Dans la vie on est parfois le maître, parfois l’élève, et quand vous avez des réactions violentes envers un individu, sachez que vous êtes en présence d’un maître qui passe dans votre vie pour vous inculquer une leçon importante. Profitez-en.

Moi j’aurais fait mieux

Ces turpitudes inavouées sont la source des jugements négatifs. Parce que tous ceux qui critiquent ces deux symboles pensent être capables de faire mieux qu’eux, mais n’ont jamais osé sortir de leur salon pour mettre à profit leurs compétences. Ils préfèrent rester derrière un écran d’ordinateur pour jouer aux justiciers sur Facebook. Les attaques que subissent Idir et Ait-Menguellet sont le lot de tous ceux qui ont osé réussir dans leur vie. Ils sont punis à la moindre « erreur », par ceux qui ont une zone d’ombre bien garnie.

Ces deux chanteurs restent les dignes représentants, incontestables, de notre culture dans le monde. Sellal est, qu’on le veuille ou pas, le Premier ministre de notre pays. Ces gens ont le devoir de se rencontrer, de se parler, même quand les opinions politiques divergent. Des hommes de cette stature ne peuvent se rabaisser à des jeux de bas étages.

Enfin, il faut accepter que nos poètes ne se sont pas fait avoir par les caméras de l’ENTV, ils ont agit consciemment, et chacun de nous doit respecter leur choix. Si vous pensez être capables de faire mieux, lâchez vos ordinateurs et montrez-nous ce que vous savez faire.

 

 

 

 

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Karim Arhab
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