Ismail Djelid : « La sélection nationale a besoin de plusieurs réglages »

Ismail Djelid : « La sélection nationale a besoin de plusieurs réglages »

Détenteur de la licence UEFA A et du diplôme d’entraîneur de la relève, les deux délivrés par l’Association suisse de football, Ismail Djelid revient, dans cette interview, sur la dernière sortie de la sélection nationale algérienne face au Cameroun (1-1) ainsi que le jeu produit par les Verts.

Pour lui, l’Algérie garde ses chances intactes pour une qualification au Mondial 2018, pour peu que certaines lacunes soient corrigées au plus vite, et avant qu’il ne soit trop tard.

Avec une solide expérience de terrain de 17 ans dans le football d’élite, Djelid prépare un diplôme d’entraîneur en sport de performance, affilié à Swiss Olympic, lui qui a conçu un travail d’une centaine de pages intitulé « la formation au jeu et l’entraînement par le jeu »,  dans lequel il présente ses convictions relatives à la philosophie de jeu dans le football de demain et sa méthodologie permettant de former le joueur au jeu et développer son intelligence collective, tout en adaptant son entraînement aux exigences du football moderne. 

Quelle analyse technique faites-vous de ce match Algérie – Cameroun, et ce semi-échec de notre sélection nationale ?

En premier lieu, il faut signaler l’état du terrain, qui n’a pas favorisé le beau jeu et n’a pas aidé les deux équipes à poser leur jeu. Chose qui a contraint les deux équipes à jouer souvent les longs ballons.

Tactiquement, l’équipe de Cameroun, avec son 4-5-1 variable, était solide défensivement et a su contrer l’équipe d’Algérie.  Le Cameroun est venu pour le match nul et il a obtenu intelligemment.

Le jeu offensif de l’Algérie n’était pas flamboyant et manquait d’ambitions. Malgré les difficultés rencontrées, hormis les changements « poste par poste », le coach algérien n’a pas essayé de trouver des solutions, voire changer son animation offensive. Par exemple, ajouter un 2ème attaquant, ou repositionner Soudani pour épauler Slimani, ou encore faire monter Taider pour avoir un surnombre dans les 30 derniers mètres. Bref, apporter des changements tactiques pour chercher la victoire, car il y avait de la place pour marquer ce 2ème but, synonyme de victoire.

Le problème défensif de cette sélection algérienne est toujours là. S’agit-il de niveau faible des joueurs composant ce compartiment, ou mauvaise exploitation de leurs qualités ?

Ni l’un ni l’autre. Le travail défensif est un travail d’équipe entière. Tous les joueurs doivent être concernés par les tâches défensives. Le travail défensif commence à partir la zone où le ballon est perdu. Le problème défensif de la sélection algérienne est avant tout d’ordre tactique, c’est-à-dire, un problème de marquage, de couverture, de déplacement et de communication entre les joueurs. Le but égalisateur de Cameroun en est la preuve : le but est venu suite à une multitude d’erreurs de placement. D’un côté, le mauvais placement et déplacement des 3 milieux axiaux, Boudebouz, Guedioura et Taider qui se sont fait éliminés par une seule passe, et de l’autre côté, une faute d’alignement, de couverture et de communication entre les 4 défenseurs, à savoir, Zeffane, Madjani, Cadamuro et Ghoulam. Dans le haut niveau il faut avoir des défenseurs qui soient vifs et rapides avec une très bonne vitesse de perception.

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Quelles sont les réglages à prévoir pour cette sélection afin de lui permettre de progresser davantage ?

Le premier problème à corriger pour cette équipe est la transition attaque-défense, c’est-à-dire, à la perte du ballon il faut mettre sous pression le porteur du ballon et vite former le bloc d’équipe et être compact. La transition de la phase offensive à la phase défensive est avant tout un état d’esprit, une volonté de vite récupérer le ballon en étant compact. Le deuxième réglage à prévoir est de jouer dans les intervalles et chercher la profondeur.

Quelle différence peut-on constater entre le système de jeu de Rajevac et son prédécesseur Gourcuff ?

Avant de répondre cette question, permettez-moi d’éclaircir cette question de système de jeu. Le système de jeu n’aura pas d’effet sans animation offensive et défensive. Pour que le système de jeu marche, il faut que chaque joueur comprenne son rôle sur le terrain et interprète les consignes de son entraineur d’une manière optimale. Les objectifs de chaque système devraient être variabilité, supériorité numérique et compacité. C’est un peu tôt de comparer le système de jeu de Rajevac avec son prédécesseur. Sur ce match-là, je n’ai pas vu de différence.

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Pensez-vous qu’il est l’homme de la situation ?

Je ne connais ni l’homme ni l’entraîneur pour répondre à cette question. C’est l’avenir qui nous le dira. Je suis sceptique au niveau de la langue. Selon moi, le fait que cet entraîneur ne parle ni l’arabe ni le français peut causer des soucis au niveau de la communication. La langue a une grande importance dans la transmission des consignes, dans le coaching et la gestion du groupe. La communication n’a pas le même impact quand elle passe par un traducteur.

Plusieurs polémiques ont été lancées ces derniers temps, notamment la non-convocation de Bensebaini, ainsi que la non-titularisation de Feghouli et Brahimi. Qu’en dites-vous ?

Selon moi, Il ne devrait pas y avoir polémique. C’est le choix de l’entraineur et il faut les accepter. Feghouli et Brahimi n’ont pas assez de temps de jeu dans leurs clubs et manquent du rythme. Les places de titulaires ne sont pas garanties et cela est valable pour tous les joueurs.

Comment voyez-vous les chances de l’Algérie de décrocher ce billet qualificatif pour le Mondial 2018 ?

Le groupe B est un groupe très difficile et toutes les équipes ont leurs chances pour décrocher une qualification au Mondial 2018. Pour l’Algérie, il reste 15 points en jeu, si on travaille dur et si on corrige les lacunes, on aura de fortes de chances d’arracher une cinquième participation au mondial.

La CAN du Gabon approche à grands pas, les Verts peuvent-ils, selon vous, décrocher le titre ?

Oui, ils peuvent être champions d’Afrique. Cette équipe a les moyens de gagner ce titre mais à condition de corriger les lacunes défensives et hausser le niveau de jeu.

Comment jugez-vous le travail qui se fait actuellement au niveau des sélections nationales de jeunes catégories ?

Je suis de près ce qui se passe au niveau de toutes les équipes nationales. Concernant les équipes nationales des U17 et des U20, les résultats et la production de jeu ne sont pas à la hauteur des moyens et du potentiel des joueurs que possède l’Algérie. Les équipes nationales sont souvent éliminées tôt dans les compétitions internationales, elles sont en difficulté et bousculées par de modestes équipes africaines. Là, il doit y avoir une réflexion pour améliorer le jeu et les résultats. Normalement, il faut une sélection dans chaque catégorie de jeu : U16, U18, U20 et U23. Dans cette optique, je pourrai mettre au profit de la FAF mes compétences en matière de formation et d’encadrement de la relève. La formation suisse est l’une des meilleures en Europe, je suis bien placé pour le confirmer puisque je vois, de près, ce que l’Association suisse de football fait en matière de formation. La preuve, les équipes nationales suisses sont en nette progression depuis quelques années.

La FAF va lancer une académie pour les catégories jeunes. Comment voyez-vous ce projet ?

J’ai eu écho de cette information, et je dirai, dans ce sens, qu’il s’agit d’un excellent projet et un pas en direction de la formation des talents. Pour son bon développement, il serait idéal et optimal de faire appel aux compétences algériennes formées en Europe.

Justement, quand est-ce qu’on verra Ismail Djelid apporter son expérience au football algérien ?

Une bonne question. On me verra quand on me fera appel. Si on me fait appel, je serai disposé à mettre mon expérience et mes compétences acquises en Europe au service de la FAF et contribuer au développement du football algérien. En tout cas, le premier responsable de football algérien me connait et s’il a besoin de moi, je serai au service de football de mon pays. Diriger une des équipes nationales de mon pays et défendre les couleurs nationales sont un challenge excitant pour moi.

Entretien réalisé par Mohamed Benhamla

Mohamed Benhemla
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