Irak: la reprise totale de Mossoul à l’EI attendue bientôt

Irak: la reprise totale de Mossoul à l’EI attendue bientôt
AFP / AHMAD AL-RUBAYE La mosquée d'Al-Nouri détruite dans la Vieille ville de Mossoul, lors d'une offensive des forces irakiennes contre les jihadistes de l'EI, le 30 juin 2017

L’Irak proclamera dans les « prochains jours » sa victoire face au groupe Etat islamique (EI) à Mossoul, a annoncé vendredi un commandant irakien, au moment où l’organisation jihadiste est également sous pression accrue en Syrie voisine.

Trois ans après s’être emparés de vastes régions dans ces deux pays meurtris par des conflits, les jihadistes sont pris aujourd’hui en étau dans leurs principaux fiefs de Mossoul en Irak, et de Raqa en Syrie, et leur « califat » est désormais en lambeaux.

Avec l’aide cruciale de la coalition internationale antijihadistes dirigée par les Etats-Unis, les forces irakiennes ont lancé en octobre 2016 l’offensive pour reprendre Mossoul, dernier grand fief urbain de l’EI en Irak et deuxième ville du pays.

Soutenue par la même coalition, une force arabo-kurde syrienne a lancé en novembre 2016 une offensive pour chasser l’EI de Raqa, capitale de facto des jihadistes en Syrie, pays ravagé depuis 2011 par une guerre complexe aux multiples acteurs.

AFP / AHMAD AL-RUBAYEDes soldats des forces armées irakiennes tirent sur une position des jihadistes de l’EI, dans la Vieille ville de Mossoul, le 28 juin 2017

« Dans les prochains jours, nous annoncerons la victoire finale sur Daech », a dit le général Abdel Ghani al-Assadi à l’AFP à Mossoul, en utilisant un acronyme en arabe de l’EI.

Il a estimé qu’entre 200 à 300 combattants de l’EI, en majorité des étrangers, se trouvaient encore dans la vieille ville de Mossoul, dernier carré de la cité où ils ont été acculés.

Jeudi, le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a estimé que le « califat » proclamé par l’EI en juin 2014 sur les territoires conquis en Syrie et en Irak, touchait à sa fin. « Nous assistons à la fin du faux Etat de Daech ».

– Une question de ‘jours’ –

Le même jour, un porte-parole de la coalition internationale, le colonel américain Ryan Dillon, a dit que la reprise totale de Mossoul, ville tombée en juin 2014 aux mains de l’EI, était une question de « jours ».

AFP / AHMAD AL-RUBAYEUn membre de la police fédérale irakienne avance au milieu des ruines de bâtiments, le 28 juin 2017 dans la Vieille ville de Mossoul

Il a fallu huit mois aux forces irakiennes pour progresser jusqu’à Mossoul et reprendre la grande majorité de la ville face à la résistance farouche de l’EI, une organisation responsable d’atrocités dans les zones sous son contrôle et d’attentats meurtriers à travers le monde.

Vendredi, les combats se poursuivaient dans le Vieux Mossoul où les rues étroites et la présence de nombreux civils rendent l’avancée des forces irakiennes extrêmement délicate.

Des dizaines de milliers de civils y sont « retenus comme boucliers humains », selon les Nations unies.

L’ONU s’est en outre inquiétée des menaces croissantes, notamment d’évictions forcées, contre des civils à Mossoul soupçonnés de liens avec l’EI. Elle a appelé le gouvernement irakien à « agir pour mettre fin à de telles évictions ou à tout type de punition collective »

Jeudi, les forces irakiennes sont parvenues au site quasi-détruit de la mosquée emblématique Al-Nouri, où Abou Bakr al-Baghdadi avait fait en juillet 2014 son unique apparition publique connue en tant que chef de l’EI pour appeler tous les musulmans à lui « obéir ».

Le sort de Baghdadi demeure inconnu. Le 16 juin, la Russie a affirmé l’avoir probablement tué dans un raid de son aviation fin mai près de Raqa. La coalition internationale n’a pas confirmé sa mort.

La mosquée Al-Nouri et le minaret penché surnommé « la tour de Pise irakienne », ont été détruits le 21 juin par les jihadistes.

– L’EI en perte de vitesse –

La ville de Mossoul a été dévastée par les combats qui ont poussé des centaines de milliers d’habitants à la fuite. Aucun bilan global de victimes civiles ou militaires n’a été officiellement fourni mais certaines sources ont fait état de centaines de morts civils.

Malgré la pression accrue et les multiples offensives, l’EI continue de résister.

En Syrie, le groupe fait face en Syrie à une vaste offensive des Forces démocratiques syriennes (FDS) qui cherchent à le chasser de Raqa.

Les jihadistes sont désormais encerclés dans cette ville du nord syrien, où près de 100.000 civils sont « pris au piège » selon l’ONU.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), les FDS, sous le couvert de l’aviation de la coalition, continuaient vendredi de livrer des combats acharnés aux jihadistes à Raqa.

Mais l’EI, à la faveur de contre-attaques- attentats suicide, drones avec des charges explosives-, a réussi à reprendre le quartier al-Senaa conquis auparavant par les FDS, a précisé l’ONG.

Quelque 2.500 jihadistes combattent dans la ville, selon le général britannique Rupert Jones, commandant en second de la coalition internationale.

Selon une étude du cabinet d’analyse IHS Markit, l’EI a perdu en trois ans 60% du territoire qu’il occupait en Irak et en Syrie et 80% de ses revenus.

La montée en puissance de l’EI en 2014 avait été permise par la guerre dévastatrice en Syrie qui a fait plus de 320.000 morts depuis mars 2011, et par l’instabilité politique et sécuritaire en Irak.

 

AFP

Sabrina Lallemand
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