Investir en Algérie: la mafia sévit toujours

Investir en Algérie: la mafia sévit toujours

Par Mohamed IDIR
Expert en gestion et communication de crise
Élite presse

Après quelques années d’investissement en Algérie c’est le temps du bilan et de la capitalisation des acquis de cette longue expérience qui m’a menée sur une route semée d’embûches dans l’espoir de donner quelques pistes aux autorités concernées qui, peut-être, vont prendre en considération les obstacles qui se dressent face aux investisseurs porteurs de projets innovants mais souffrant de la hogra initiée par quelques individus qui se croient intouchables. Une mafia qui paralyse l’économie nationale en décourageant les esprits les plus vifs de la nation faute de trouver une oreille suffisamment attentive pour les écouter.

L’expérience est notre meilleur maître

L’Algérie est plongée dans une crise qui risque de détruire un tissu économique naissant, certes, mais encore très fragile. Même si des efforts non négligeables ont été faits pour faciliter la vie aux investisseurs locaux et étrangers ils reste encore beaucoup à faire pour que notre pays soit hissé au rang des destinations attrayantes et attirantes pour les gens d’affaires qui sont surtout à la recherche d’un environnement sain offrant des garanties sur leur propre sécurité et celle de leurs biens. On en est pas encore là. Certains dirigeants semblent ignorer que le cerveau humain met en priorité la sécurité et la stabilité sur les bénéfices aussi alléchants soient-ils.

Il suffit pour le comprendre de consulter une référence aussi simple que la pyramide de Maslow qui illustre et hiérarchise assez bien les besoins d’un être humain par ordre d’importance. Le besoin de sécurité (du corps, de l’emploi, de la santé, de la propriété…) arrive à la deuxième place après le besoin de survie. Il n’est donc pas question de risquer sa vie pour développer une entreprise sur un territoire qui n’offre pas un climat des affaires sain avec des règles du jeu bien claires et applicables à tous les acteurs économiques.

Mon expérience personnelle et celle de nombreux entrepreneurs ne me permettent pas de dire qu’il est aisé de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale en Algérie. Beaucoup abandonnent avant même de commencer à cause des lenteurs administratives qui il faut l’avouer sont de plus en plus assouplies. D’autres passent au-delà de cet obstacle et se heurte au manque de formation, peut-être de conscience aussi, de certains fonctionnaires qui donnent l’impression qu’ils sont chez eux, gérant les administrations comme un bien personnel, non comme une institution qui devrait être au service du citoyen et de l’économie nationale. J’en ai vu plusieurs jeter l’éponge après des tentatives infructueuses. Ils préfèrent se trouver un emploi stable ou retourner dans leur pays d’accueil pour les algériens résidant à l’étranger. C’est comme ça que l’Algérie perd son élite, une force vive qui va profiter à des pays qui savent reconnaître leurs compétences.

Wesh rak dir hna ahreb ! (Que fait-tu là, fuit !)

Il ne passe pas un jour sans que je n’entende plusieurs fois cette réplique. Parfois ça donne envie de courir vers l’aéroport sans regarder un seul instant derrière mais je suis issu d’une famille révolutionnaire et mon génome ne porte point le gène de lâcheté. Hna ymout Kaci.
Après avoir fait face à des gens sans scrupules, que seul l’appât du gain intéresse j’aurais dû revoir mes plans mais il n’en n’est pas question. J’ai préféré faire face à ces voyous qui se croient intouchables parce qu’ils occupent des postes où ils utilisent leur influence afin de se remplir les poches et punir ceux qui ne se laissent pas faire.

De l’université Harvard à la prison d’El Harrach

Pendant que je passais mon temps à combattre les différentes administrations, je ne trouvais plus le temps de développer mes entreprises ni de concrétiser mes projets.
Je dois dire qu’il y a des gens honnêtes et d’autres beaucoup moins. J’ai constaté aussi que les virus ne se situent pas au niveau des hautes autorités. J’ai toujours été reçu les bras grands ouverts. Les ennemis de l’économie sont à un niveau plus bas mais j’ai l’impression qu’ils sont hors contrôle. Ils sévissent à leur guise et ils utilisent leur fonction et les institutions de l’état à leur bénéfice sans aucune  hésitation.
Il a suffit de mettre une fausse adresse sur une convocation, pour que je ne puisse pas la recevoir, d’un mandat d’arrêt qui a été émis en huit jours par un juge d’instruction pour que je rentre dans la liste des personnes recherchées et interdites de quitter le territoire.

C’est le jour où je devais me déplacer au Canada pour l’anniversaire de ma fille et l’aid el Adha que j’ai été kidnappé à l’aéroport et que je me suis retrouvé à la prison d’El Harrach à enseigner le français, l’anglais, l’histoire et la géographie dans le service de réinsertion de la maison d’arrêt. Je parlais de la guerre froide à des prisonniers qui doivent passer le baccalauréat. Une très belle expérience malgré les circonstances et l’environnement indignes pour un être humain, je dirais même que même un animal ne devrait pas y être retenu.

Après environ un mois et demi de détention, une juge digne de ce nom me reconnaît innocent car le dossier monté est vide. Des documents falsifiés, de fausses déclarations, des vices de procédure flagrant, tout ça parce qu’une personne qui pense être intouchable grâce à son réseau voulait me soutirer de l’argent alors que c’est elle qui me doit une somme très importante, preuves et témoins à l’appui.

La justice existe en Algérie mais, j’aurais aimé éviter de perdre du temps et de l’argent à me battre pour qu’elle soit appliquée.

Je n’ai pas vu mes enfants depuis sept mois, parfois je regarde mon passeport et je lui parle en attendant de voir ce que vous allez encore me sortir pour m’empêcher d’avancer. L’Algérie doit se débarrasser de ces énergumènes si l’on veut construire une économie digne de ce nom.

Ce soir je me sens bien. J’ai enfin renoué avec l’une de mes valeurs les plus chères, l’authenticité.

Depuis que je suis revenue en Algérie j’ai mis de côté plusieurs de mes valeurs au nom de l’intérêt commun. Je me suis retenu de parler depuis plusieurs mois et j’ai pris plusieurs kilos. Là c’est fini, soit on protège la réputation de ce pays pour le construire ensemble, soit je vais exercer mon droit d’informer l’opinion publique des dépassements de certains voyous qui portent atteinte à l’Algérie et aux citoyens démunis. Soyez sûr d’une chose : Hna ymout Kaci !

 

 

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7 Commentaires

  • Hammoutene
    27 janvier 2019, 21 h 59 min

    Bonjour monsieur ,

    J’organise Le 16/02 une conférence débat sur les réalités de l’entrepreneuriat en Algérie (sans langue de bois) . Nous ferez vous l’honneur de votre présence ?
    N’hésitez pas me contacter par mail.

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  • Zenikheri khalil
    28 janvier 2019, 8 h 44 min

    Bonjour, bravo pour votre article et votre courage,

    REPLY
  • Nassima
    28 janvier 2019, 9 h 12 min

    Bonjour monsieur

    Je suis une "jeune" algérienne désireuse de me lancer dans l’enteprenariat… mais tous le monde autours me demande de fuir le pays…. qu’il n’y à plus aucun espoir, et que ça n’ira que vers le pire….

    Je vous salut pour votre courage et votre ténacité…. on à besoin de gens comme vous pour nous donner le courage de changer les choses…. l’Algérie ce beau pays…. qui serait si prospère si on laissait les gens travailler….

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  • Youcef
    30 janvier 2019, 15 h 25 min

    Bonjour
    J’aimerais connaitre le lieu et l’heure de la conference pour y assister je suis tres interesse.
    Ancien ex-patrie revenu pour investir en algerie comme vous .
    Merci

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  • Faiza
    31 janvier 2019, 6 h 34 min

    J’ai beaucoup aimé votre article qui retrace une réalité de la bureaucratie en Algérie. Actuellement je vis à peu pré le même problème, j avais demandé mon diplôme en restituant l attestation de réussite orignal , il me font traîner depuis mars 2018 en demandant des justificatifs à ne pas en finir , tout les documents demandés ont été donné, et là ils trouvent qu il y a une date qui n est pas équivalente à une autre autre et qui ne dépend pas de nous mais de leur travail bâclé et mal fait et j attends toujours. Vous parlez de petites personnes qui détiennent ce pouvoir, rendre la vie impossible au citoyen l’almda , mais la hiérarchie elle est où ? Pour redresser la situation et faire le ménage. Es ce que cette situation de kao n arrange la classe dirigeante ? Je suis triste de voir mon pays dans cette état dirigé par des personnes bornés et surtout par des personnes qui n ont aucune ouverture d esprit .

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