Interception de 113 millions de médicaments illégaux en Afrique

Interception de 113 millions de médicaments illégaux en Afrique
L'opération des douanes a été menée dans 16 ports maritimes africains (ici le port d'Abidjan en Cote d'Ivoire). LE MOINE MICHEL/SIPA

Une opération « choc » menée pendant 10 jours dans 16 ports d’Afrique par l’Organisation mondiale des douanes a permis de saisir 113 millions de médicaments illicites ou contrefaits. Un record.

TRAFIC. Les chiffres donnent le vertige : en 10 jours, 113 millions de médicaments illicites ou contrefaits (dont 248 000 produits vétérinaires) ont été saisis lors d’une opération d’envergure menée dans 16 ports maritimes africains conjointement par l’Organisation mondiale des douanes (OMD) et l’Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments (IRACM). Baptisée ACIM, ce « coup de filet » a été réalisé du 5 au 14 septembre 2016 – mais révélé seulement ce 20 janvier – à bord de… 243 conteneurs à peine. « C’est dire l’ampleur du phénomène ! », a reconnu Ana Hinojosa, directrice du contrôle de l’OMD.

La très grande majorité de ces produits provenait de Chine et d’Inde. Parmi eux, des médicaments de première nécessité : antipaludéen (26,63%), anti-inflammatoires (25,50%), antibiotiques (15,07%), analgésiques (13,05%). « Ce trafic représente l’équivalent de 10% du marché mondial de la pharmacie », a affirmé Jean-David Levitte, ambassadeur de France et président du conseil d’administration de l’IRACM. « Cela met la vie de millions de personnes en danger car celles-ci ne savent pas qu’elles ont affaire à des faux-médicaments, a poursuivi Bernard Leroy, directeur de l’IRACM. Sans compter que les faux antibiotiques peuvent être responsables de la montée d’antibios-résistances. » Ces produits illicites se présentent en effet sous la forme de médicaments « inventés » – n’ayant aucune existence sur le marché légal -, de contrefaçons mais aussi de médicaments ne répondant pas aux normes de conservation nécessaires (condition de température pour le transport…). « Nous constatons également de plus en plus de médicaments génériques illicites », écrit l’IRCAM dans son rapport. Depuis 2012, quatre opérations de ce type ont été menées, conduisant à la saisie de 869 millions de produits pour un montant global de 400 millions d’euros.

« Nous avons conscience qu’il s’agit d’opérations ponctuelles et il est difficile d’en extrapoler des chiffres généraux »

Ces « coups de filet » sont-ils pour autant le vrai reflet de la réalité ? « Nous avons conscience qu’il s’agit d’opérations ponctuelles à un instant T et il est difficile d’en extrapoler des chiffres généraux », reconnait Ana Hinojosa qui insiste sur l’extrême difficulté de coordonner des opérations de cette envergure avec l’ensemble des pays concernés. D’autant que ces analyses sont coûteuses, hors de portée de très nombreux pays, particulièrement des pays africains : « L’analyse d’une seule pilule coûte 5 euros et la machine pour le faire in situ, au pied des conteneurs, en vaut 40 000 ! » ,ajoute Bernard Leroy.

Spectaculaires, ces opérations sont-elles aussi suivies d’effets ? « La réponse est quasiment non », reconnait Bernard Leroy qui pointe le manque d’engagement des Etats concernés. Les poursuites et arrestations n’ont presque jamais lieu. « Stopper le trafic de faux-médicaments n’est pas une priorité » explique-t-il, en raison du manque de moyens et de formation des services douaniers, mais aussi en raison des législations inadaptées et de la corruption. Une indifférence qui touche quasiment tous les pays du monde y compris ceux de l’Europe puisque la convention MediCrim adoptée par le Conseil de l’Europe en 2010 – qui souhaite favoriser la coopération internationale et érige en infraction pénale la fabrication de produits médicaux de contrefaçon – n’a été ratifiée que par 9 pays dont la France (Ukraine, Espagne, Hongrie, Moldavie, Guinée, Arménie, Albanie, Belgique).

Si l’opération ACIM pointe l’ampleur du trafic vers les pays d’Afrique, elle ne saurait occulter les trafics à nos portes, sur le continent européen : selon l’IRACM, le crime organisé italien serait ainsi derrière la distribution en 2014 d’un médicament anticancéreux (Herceptin) volé et contrefait, en Europe de l’Ouest (Royaume-Uni, Finlande, Allemagne, Autriche et Suède). D’un coût d’environ 675 dollars, ce médicament était volé dans des camions chargés de leur approvisionnement, puis dilués, avant d’être remis dans le circuit de distribution.

 

Carole Chatelain

Source: sciencesetavenir.fr

 

Sabrina Lallemand
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