L’atmosphère est tendue, des coups sont échangés: des manifestants ont laissé éclater leur colère après l’incendie de Londres qui a fait au moins 30 morts en envahissant vendredi la mairie du quartier dont dépend la tour ravagée par les flammes.

Ce devait être au départ un rassemblement pacifiste, mais le sentiment d’exaspération qui couvait depuis le sinistre, survenu dans la nuit de mardi à mercredi, a fini par emporter la foule.

Il est environ 16H30 (15H30 GMT) quand des dizaines de personnes s’engouffrent dans le hall de la mairie de Kensington et Chelsea. A l’intérieur, l’accès aux étages est barré par des agents d’une société privée de sécurité en gilets jaunes.

Le face-à-face est tendu, des coups sont échangés. Un policier est frappé aux testicules.

« Nous réclamons justice », « Honte à vous », « Tueurs », crient des manifestants, parmi lesquels se trouvent de nombreux jeunes.

Certains brandissent des pancartes « Justice pour Grenfell », réclament la vérité pour « les amis et les familles (des victimes) ».

L’un d’entre eux crie « Cet homme doit être arrêté » en brandissant une petite affiche « wanted » montrant la photo du patron de la compagnie qui a réalisé les travaux de rénovation de l’immeuble, jugée très déficiente par des résidents de la tour.

 ‘Piège mortel’ 

« C’était un piège mortel et ils le savaient », entend-on également.

Un des manifestants, courte barbe blanche, tente péniblement de calmer les esprits, appelle ses compagnons à faire attention, à réaliser ce qu’ils font, les prévenant qu’ils risquent de « finir en prison ».

Mais la colère a du mal à retomber et la situation n’est pas loin de dégénérer.

Macabre rappel de la tragédie, on peut voir dans le hall des livres de condoléances ouverts pour rendre hommage aux victimes de l’incendie, un des plus meurtriers de ces dernières années dans un immeuble d’habitation.

Des renforts de police finissent par sécuriser en partie l’accès à la mairie mais quelques manifestants restaient à l’intérieur en fin d’après-midi, tandis que d’autres essayaient d’y entrer.

A l’extérieur, l’atmosphère est tout aussi électrique. Plusieurs centaines de personnes, des jeunes, des enfants ou des personnes âgées, sont rassemblées, cernant presque totalement le grand bâtiment de la mairie, situé dans l’ouest de la capitale britannique.

Certains montrent aux médias des affiches avec les photos de personnes toujours portées disparues.

Depuis l’incendie, de nombreuses personnes ont sévèrement critiqué la gestion de l’immeuble, jugée défaillante, beaucoup estimant qu’elle était due au fait qu’il s’agissait de logements sociaux. Leurs mises en garde contre le danger d’incendie ont été ignorées pendant des années, soulignent-ils.

Le revêtement installé l’an dernier sur la façade aurait en outre favorisé la propagation de l’incendie. Selon le Times, le recours à ce revêtement est proscrit aux États-Unis pour les immeubles dépassant 12 mètres de haut.