G.-B.: Theresa May première ministre dès mercredi

G.-B.: Theresa May première ministre dès mercredi
Theresa May, une eurosceptique passée dans le camp du maintien dans l'UE pendant la campagne référendaire, a affirmé lundi qu'elle respecterait la victoire des pro-Brexit, laissant peu d'espoirs à ceux au Royaume-Uni qui réclament une deuxième consultation sur l'UE. PHOTO DANIEL LEAL-OLIVAS, AFP

Theresa May deviendra mercredi la nouvelle première ministre du Royaume-Uni après la décision surprise lundi de sa concurrente Andrea Leadsom de se retirer de la course.

« Nous aurons un nouveau ministre dans ce bâtiment derrière moi mercredi soir », a déclaré lundi le chef du gouvernement David Cameron devant le 10 Downing Street, ajoutant qu’il présenterait sa démission à la reine Élisabeth II mercredi après les questions au Parlement, et qu’il recommanderait Mme May comme son successeur.

Andrea Leadsom, pro-Brexit, a jeté l’éponge lors d’une brève allocution devant la presse à Londres, seulement quatre jours après avoir été sélectionnée par les députés pour concourir aux fonctions de leader du parti conservateur et de premier ministre.

Reconnaissant que Mme May avait recueilli davantage de soutien de la part des parlementaires tories, Andrea Leadsom s’est rangée derrière elle.

« Elle est idéalement placée pour mettre en oeuvre le Brexit de la meilleure manière possible pour les Britanniques et elle a promis qu’elle le ferait », a déclaré la secrétaire d’État.

Les deux femmes auraient dû être départagées cet été par un vote des 150 000 adhérents du parti pour une annonce du résultat le 9 septembre. Le retrait de Mme Leadsom a donc contribué à nettement accélérer le processus, après l’annonce de sa démission par David Cameron le 24 juin, peu après le résultat du référendum sur l’UE.

« Brexit is Brexit »

Mme May, une eurosceptique passée dans le camp du maintien dans l’UE pendant la campagne référendaire, a affirmé lundi qu’elle respecterait la victoire des pro-Brexit, laissant peu d’espoirs à ceux au Royaume-Uni qui réclament une deuxième consultation sur l’UE.

« Je ne saurais être plus claire : il n’y aura pas de tentative pour rester au sein de l’UE », a-t-elle affirmé lundi matin à Birmingham (centre de l’Angleterre).

« Brexit signifie Brexit » et « nous en ferons un succès », a insisté celle qui deviendra la deuxième femme à prendre les rênes du gouvernement après Margaret Thatcher (de 1979 à 1990).

« Plus tôt nous résoudrons cette situation compliquée, pour le dire de manière diplomatique, le mieux ce sera », lui a répondu depuis Bruxelles le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem.

Dimanche, la chancelière allemande Angela Merkel s’était montrée convaincue que le Royaume-Uni allait activer l’article 50 du Traité de Lisbonne pour officialiser sa décision de sortir de l’UE.

« La décision est de mon point de vue tombée » quand les Britanniques ont dit en majorité qu’ils souhaitaient sortir de l’UE, a-t-elle souligné.

Avec l’intronisation annoncée de Mme May, les autres partis britanniques ont appelé à l’organisation rapide de nouvelles élections législatives.

« Il est crucial, en regard de l’instabilité provoquée par le vote pour le Brexit, que ce pays ait un premier ministre démocratiquement élu », a ainsi déclaré le coordinateur travailliste pour les élections, Jon Trickett.

Pendant ce temps, la guerre des chefs se poursuivait chez les travaillistes, après que la députée Angela Eagle eut annoncé sa candidature pour contester le leadership de Jeremy Corbyn.

Cette candidature ouvre la voie à de nouvelles élections pour désigner le chef du parti, dont les divisions ont été exacerbées par la victoire du Brexit.

Triomphalement élu en septembre à la tête du Labour grâce au vote des militants, M. Corbyn n’a jamais réussi à s’imposer auprès d’une grande partie des cadres du parti, qui le jugent trop à gauche, et incapable de remporter des élections législatives.

Les critiques ont redoublé ces deux dernières semaines, avec une motion de défiance des députés travaillistes et la démission des deux tiers de son cabinet fantôme.

« Période dangereuse »

Le comité exécutif du parti doit se réunir mardi pour décider s’il doit recueillir le soutien de 50 députés pour concourir, ou s’il est automatiquement candidat.

Soulignant que le pays traversait une « période dangereuse », Angela Eagle a estimé lundi en lançant sa campagne que M. Corbyn n’était « pas capable de fournir le leadership » nécessaire.

« Il serait contraire à la justice et à l’équité que le leader en poste ne soit pas dans le scrutin », a répondu Diane Abbott, une proche de M. Corbyn, lundi matin sur la BBC.

Sur le front économique, le ministre des Finances George Osborne devait se rendre lundi à New York pour convaincre de la volonté de son pays de maintenir un climat favorable aux affaires, malgré le Brexit, avant d’aller réitérer le message en Chine et à Singapour.

Dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal, il a réitéré son souhait de diminuer l’impôt sur les sociétés au Royaume-Uni d’environ 20 % actuellement à 15 %, voire moins, malgré les critiques de plusieurs pays européens qui y voient une forme de dumping fiscal.

Angela Eagle se lance à l’assaut du Labour

LONDRES – Fine tacticienne, douée pour les joutes oratoires, la députée Angela Eagle, 55 ans, a décidé de contester la tête du Parti travailliste à un Jeremy Corbyn désavoué par l’appareil du Labour depuis le Brexit.

« Je suis là pour gagner, » a-t-elle affirmé lundi en officialisant sa décision. Confirmation que celle qui a mené une carrière politique plutôt discrète jusqu’ici – elle n’a jamais occupé de fonction de premier plan dans un gouvernement travailliste – a désormais l’ambition d’accéder au premier rôle au sein de son parti, et au plan national.

Née le 17 février 1961 dans le Yorkshire – son père est employé d’imprimerie, sa mère couturière -, elle a fréquenté les bancs de l’école publique avant d’étudier la philosophie, la politique et l’économie à Oxford.

Dans sa jeunesse, elle s’illustre en remportant des championnats d’échecs, signe qu’« elle a le genre de cerveau parfait » pour gérer les situations de crise comme celle que traverse le Labour, conclut le quotidien Evening Standard.

Après un passage par le militantisme syndical, à la confédération des employés des services de santé (COHSE), elle entre en politique et est élue pour la première fois députée en 1992, dans la circonscription de Wallasey (nord-ouest de l’Angleterre).

En 2001, elle entre au gouvernement de Tony Blair, avant de succomber l’année suivante à un remaniement.

Gordon Brown fait de nouveau appel à elle à partir de 2007, lui confiant notamment le secrétariat d’État au Travail et aux retraites de 2009 à 2010.

Épisode cuisant de cette période, elle échoue à prédire l’éclatement de la bulle immobilière en 2008, qualifiant en plein Parlement de « fiction catastrophiste » la crainte des libéraux-démocrates d’une récession.

Une fois le Parti travailliste dans l’opposition, elle a été membre du cabinet fantôme, sorte de gouvernement virtuel de l’opposition, de Ed Miliband, et depuis septembre 2015 de celui de Jeremy Corbyn.

« Drôle et percutante »

Réputée très disciplinée – elle a toujours respecté les consignes de vote de sa direction sauf en fin d’année dernière lorsqu’elle a voté pour les frappes contre le groupe État islamique en Syrie -, sa démission il y a 15 jours du cabinet fantôme a sonné l’hallali, provoquant le départ des deux tiers des autres membres.

Autant Jeremy Corbyn n’a pas convaincu face au premier ministre David Cameron lors des séances hebdomadaires de questions devant le Parlement, autant Angela Eagle, chargée de porter la contradiction en son absence, a été « percutante et drôle », estime le quotidien conservateur Daily Telegraph.

Figure de la gauche du parti, celle qui ne s’est jamais associée à la ligne sociale-démocrate de Blair ou Brown « peut sincèrement convaincre les membres du parti qu’elle a essayé de travailler avec Corbyn mais que ça n’a pas marché », ajoute le journal.

Lundi, elle a répété qu’elle n’était d’aucune obédience. « Je suis mon propre maître », a-t-elle signifié.

Alors que tout le monde attendait qu’elle défie Corbyn il y a dix jours déjà, elle a dans un premier temps décidé de temporiser, pour lui laisser le temps de partir sans drame. Un signe de prudence mais aussi de loyauté envers le parti, selon les commentateurs. « Le Parti travailliste est plus important que n’importe quelle personnalité », avait-elle déclaré en février à l’hebdomadaire The Observer.

Angela Eagle, la première membre du Parlement britannique à annoncer publiquement son homosexualité – c’était en 1997 -, vit en partenariat civil depuis 2008 avec sa compagne de longue date, la syndicaliste Maria Exall.

« Eagle est bien dans sa peau et peut parler de manière convaincante à tous types d’électeurs, des classes populaires du nord au hipster de Shoreditch [quartier londonien très branché, NDLR]. C’est exactement ce dont le Labour a besoin » , estime le Daily Telegraph.

Autre signe particulier de la quinquagénaire : avec sa soeur Maria, députée depuis 1997, elle forme le premier duo de jumelles (et jumeaux) jamais élu au Parlement britannique.

 

EDOUARD GUIHAIRE
Agence France-Presse
LONDRES
Lapresse.ca

Sabrina Lallemand
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