Finale Euro 2016 : la victoire des Bleus n’aurait pas augmenté le PIB de la France

Finale Euro 2016 : la victoire des Bleus n’aurait pas augmenté le PIB de la France
France - Allemagne AFP

Contrairement à une affirmation récurrente largement reprise par la presse, la victoire d’une nation dans une grande compétition sportive n’a pas d’impact sur son économie.

MATHÉMATIQUES. France 2 – Portugal 0. Voilà le pronostic quasi unanime de la rédaction de Sciences et Avenir avant la finale de l’Euro 2016 ce dimanche 10 juillet 2016. Une prévision qui, il faut admettre, relève plus d’un processus divinatoire obscur que d’une analyse rationnelle tenant compte de la condition physique des joueurs, de la stratégie mathématique des sélectionneurs ou encore des caractéristiques mécaniques de la pelouse.

Mais quel que soit le score final — du moment que la France l’emporte —, certains espèrent de cette victoire des Bleus, un impact beaucoup plus large que la simple joie des supporters. Par exemple, quelques dixièmes de points de croissance salvateurs, une hausse de la confiance des ménages et donc de la consommation et pourquoi pas une inversion de la courbe du chômage.

 

FOOTBALLOGIE. Effectivement, en footballogie de comptoir, il est largement admis qu’une victoire dans une grande compétition internationale telle que l’Euro ou la coupe du monde, coïncide toujours avec une augmentation du produit intérieur brut (PIB) de la nation victorieuse. Malheureusement il n’en est rien : “La victoire n’a pas de véritable impact sur la croissance.

Quand la France a gagné la coupe du monde en 1998 puis le championnat d’Europe en 2000, cela n’a pas eu d’effets positifs sur le PIB”, rappelle Luc Arrondel, directeur de recherche CNRS à l’École d’économie de Paris. Passé, l’euphorie de la victoire, chacun retrouve son quotidien sans contribuer à relancer la consommation.

“En 1998, les chiffres de l’Insee montraient un petit rebond entre juillet et septembre de l’indice de confiance des consommateurs, une sorte d’indicateur de l’optimisme des Français. Mais il est très vite retombé sans laisser de trace sur l’économie”, précise Luc Arrondel.

 

“La volonté de montrer au monde son pouvoir économique et politique”

 

CROISSANCE. Plus ennuyeux encore, le fait d’organiser une grande compétition internationale n’a pas non plus d’effets sur la croissance. “Les chiffres montrent clairement que la coupe du monde de 2006 en Allemagne n’a pas été bénéfique pour l’emploi et l’économie du pays.

Seules deux compétitions ont été rentables : les jeux Olympiques de Los Angeles en 1984 et ceux de Barcelone 1992. Les Américains avaient réussi à imposer leurs conditions au Comité international olympique (CIO) car ils étaient les seuls candidats.

Quant aux Espagnols, la rénovation urbaine a eu un effet positif sur le tourisme et l’emploi : elle est aujourd’hui la cinquième destination touristique (13e dans les années 1990)”, explique Luc Arrondel.

L’enjeu de ces grandes manifestations n’est finalement pas économique. Il est surtout d’asseoir la visibilité d’un pays. “Il est difficile d’expliquer les sommes énormes dépensées pour l’organisation des jeux de Sotchi en 2014 (51 milliards de dollars) ou ceux de Pékin en 2008 (45 milliards de dollars) sinon par la volonté de montrer au monde son pouvoir politique et économique”, ajoute le chercheur.

Mais ce n’est pas parce qu’une victoire des Bleus ne rapportera rien d’autre que de la joie aux Français qu’il faut arrêter d’y croire.

 

Olivier Hertel

lapresse.ca

Lamia Siffaoui
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