Erdogan accuse l’Occident de soutenir le «terrorisme» et les putschistes

Erdogan accuse l’Occident de soutenir le «terrorisme» et les putschistes
Le président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan PHOTO BAZ RATNER, ARCHIVES REUTERS

Le président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan a lancé son attaque la plus virulente contre l’Occident depuis la tentative de coup d’État ratée en Turquie, accusant les pays occidentaux de soutenir le «terrorisme» et les putschistes qui ont failli le renverser.

«Malheureusement, l’Occident soutient le terrorisme et se range aux côtés des putschistes», a déclaré le chef de l’État dans un discours à Ankara, en réponse aux critiques des États-Unis et de l’Europe sur l’ampleur des purges après le putsch avorté du 15 juillet.

«Ceux que nous imaginions être nos amis prennent le parti des putschistes et des terroristes», a-t-il répété lors d’un forum économique à la présidence.

Il a affirmé que le scénario du putsch «avait été écrit depuis l’étranger». Ankara accuse le prédicateur Fethullah Gülen, en exil aux États-Unis, d’être le cerveau du coup d’État, ce que ce dernier dément vigoureusement.

Le chef de l’État s’est par ailleurs insurgé contre la décision des autorités allemandes de lui interdire de s’adresser par un lien vidéo à ses partisans rassemblés dimanche dernier à Cologne (ouest) pour soutenir la démocratie.

Il a reproché à Berlin d’avoir laissé récemment s’exprimer par vidéoconférence la rébellion kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considérée comme une organisation terroriste par la Turquie, mais aussi les États-Unis et l’Union européenne.

Il a rejeté les critiques des Européens sur les mesures prises après le coup, soutenant que «l’état d’urgence respecte les procédures européennes».

«Regardez ce qu’a fait la France: trois plus trois plus six, elle a déclaré un an d’état d’urgence», a-t-il rappelé.

La santé touchée

La purge tous azimuts lancée en Turquie depuis le putsch raté a gagné mardi l’un des derniers secteurs qui semblaient épargnés, la santé, avec des mandats d’arrêt contre 98 membres du personnel d’un grand hôpital militaire d’Ankara, dont des médecins, a annoncé un responsable turc.

La chasse aux sympathisants, réels ou présumés, du prédicateur Fethullah Gülen est implacable depuis deux semaines et demie. Elle avait jusqu’ici surtout touché massivement l’armée — dont la moitié des généraux a été limogée — de même que la justice, l’éducation et la presse.

Mais mardi, après un raid de la police, une cinquantaine d’employés du GATA (Gulhane Military Medical Academy) ont été placés en garde à vue, dont des médecins militaires, a annoncé l’agence Anadolu.

Le responsable turc, qui s’exprimait sous couvert de l’anonymat, a expliqué qu’ils étaient soupçonnés d’avoir permis l’infiltration de sympathisants de Gülen dans l’armée et leur rapide progression dans la carrière militaire.

«Il y a des éléments forts qui laissent penser que les membres du FETO (terme désignant les réseaux de Gülen) ont infiltré cette institution (hospitalière) pour ralentir la carrière de leurs rivaux dans l’armée et permettre à leurs sympathisants de progresser rapidement dans leur propre carrière», a-t-il précisé.

Par ailleurs, le ministre du Commerce a livré une première estimation très élevée du coût économique du putsch qui avait fait vaciller le pouvoir : près de 90 milliards d’euros.

«Si nous prenons en compte tous les avions de chasse, les hélicoptères, les armes, les bombes et les bâtiments (endommagés), le coût est de 300 milliards de lires au minimum, selon nos premiers calculs», a précisé au quotidien Hurriyet M. Tüfenkci.

Refonte du renseignement

Le ministre a ajouté que «de nombreuses commandes de l’étranger» avaient été annulées et que beaucoup d’étrangers avaient cessé de visiter la Turquie, un pays où les attentats attribués depuis un an aux djihadistes ou à la guérilla kurde ont sinistré le tourisme.

Par ailleurs, le putsch avorté ayant mis en évidence de graves failles dans le service de renseignement, la Turquie devrait scinder celui-ci en deux entités, l’une pour l’espionnage extérieur et l’autre pour la surveillance intérieure, a rapporté le quotidien Hurriyet.

Le président Erdogan avait notamment regretté les retards du MIT à l’informer du putsch, affirmant avoir été mis au courant du putsch par son beau-frère.

D’après le journal, le service de renseignement intérieur relèverait en grande partie de la police et de la gendarmerie, et celui qui sera chargé de l’action extérieure dépendrait de la présidence.

 

ISABELLE WESSELINGH, PASCALE TROUILLAUD
Agence France-Presse
Istanbul
Lapresse.ca

Sabrina Lallemand
ADMINISTRATOR
PROFILE

Voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse électronique ne sera pas publiée. Les champs Exigés sont marqués avec *

Cancel reply