Élections en Autriche : Le populisme à l’assaut de l’Europe

Élections en Autriche : Le populisme à l’assaut de l’Europe

Les élections autrichiennes nous prouvent encore une fois que le populisme a pris son assurance dans de nombreux pays européens et dans le monde.  La défaite du parti d’extrême droite ne doit pas nous faire oublier des scores qui font peur.

L’extrême droite autrichienne vient de perdre les élections avec une différence minime résultant de la comptabilisation des votes à l’étranger. C’est un score qui fait froid au dos et aucune défaite n’apparaît paradoxalement aussi dangereuse que celle des populistes autrichiens. Car d’autres élections suivront et les causes de la flambée populiste sont toujours présentes.

Sans complexe, sans heurts et avec une dextérité insolente, le populisme est donc de retour avec son nouveau visage. Partout dans le monde resurgit le nauséabond discours de la haine, du nationalisme et du repli sur soi. Des responsables de mouvements politiques en appellent au peuple pour qu’il réagisse et mette fin à la dictature de ce qu’ils appellent « l’establishment ». Ils profèrent des arguments simplistes, dangereusement comparables à ceux de nombreuses époques dans l’histoire qui ont annoncé malheur et effondrement.

Que se passe-t-il pour qu’un discours pareil puisse accaparer l’attention des foules alors que le niveau d’instruction s’est considérablement élevé à travers la planète, y compris dans les régions les moins favorisées ? Pourquoi des hommes et des femmes, souvent d’une classe moyenne aux aptitudes intellectuelles suffisamment affirmées, tombent dans une des plus anciennes arnaque que l’humain ait inventé pour manipuler les foules à son idée et aux fins de ses intérêts qui, d’ailleurs, peuvent être multiples ?

Rappelons les faits de cette élection présidentielle autrichienne et essayons de comprendre ce qu’est ce phénomène inquiétant qui resurgit d’outre-tombe.

Un président aux réels pouvoirs

A l’exception notoire du régime constitutionnel de la France dont nous avons hérité du plus mauvais, les présidents des autres états parlementaires en Europe sont les garants de la stabilité du régime institutionnel mais sans réels pouvoirs exécutifs. Il ont la dénomination de chef d’État, qu’ils soient souverains ou non, mais ce sont les premiers ministres qui gouvernent (chancelier pour la dénomination autrichienne).

Le plus grave dans cette affaire autrichienne est que le président de la république est à mi-chemin entre ces deux réalités et possède assez de pouvoirs pour que la crainte s’empare de l’Europe. Il nomme le chancelier, possède le titre de commandant en chef de l’armée et peut dissoudre le parlement.

Un « faux-ami » linguistique

Cela s’entend phonétiquement, le populisme tient sa racine latine de populus, le peuple. Mais l’expression dans l’acception que nous utilisons de nos jours est bien plus proche de nous historiquement. Elle est née au XIXè siècle en Russie avec l’émergence d’un mouvement protestataire qui luttait contre l’oppression tsariste. Dans cette configuration historique, il s’agissait surtout d’une revendication pour les transformations du monde agraire, composé d’une population pauvre et soumise à l’oppression.

Nous connaissons tous, en tout cas ceux qui ont suivi un cours d’anglais, l’expression « faux-ami ». Il s’agit d’un mot trompeur par son rapprochement, dans la prononciation ou l’écriture, avec un mot de la langue d’usage de celui qui s’exprime. Le terme de populisme peut donc effectivement être mal interprété et aboutir à des contresens. Il n’est pas un concept au service du peuple, bien au contraire.

Les mouvements populistes ont toujours eu un caractère constant et principal qui les qualifiait ainsi. Le populisme est tout discours qui s’adresse au peuple pour condamner les agissements des élites qui intenteraient aux libertés dans le seul but de protéger et renforcer leurs privilèges. Ils seraient responsables d’une immigration massive car elle sert leurs propres intérêts économiques et politiques.

De ce fait, le populisme détient un levier puissant pour galvaniser et haranguer les foules, pour tout individu qui aurait l’intention et les qualités de le faire. Cependant, il ne faut pas se méprendre, le populisme n’a pas de couleur politique appropriée. Il a prospéré au prix du sang de millions de personnes, aussi bien dans la folie du communisme que dans celle des fascismes de droite.

C’est la raison pour laquelle il faut avoir une compréhension plus large du populisme qui est tout simplement une manipulation par des hommes opportunistes, adaptable à toutes les situations historiques dès lors que certains éléments apparaissent. Lesquels ?

Les ressorts du populisme

Dans sa version actuelle, le populisme se nourrit essentiellement de deux origines. Le premier terreau sur lequel il prospère est le désarroi économique qui résulte d’une mondialisation mal maîtrisée qui menace les populations les plus fragiles de l’ancienne couche sociale dominante des classes moyennes.

La seconde cause résulte de la première et se décline en un malaise identitaire qui angoisse et fait perdre certains repères auxquels les populations concernées étaient habituées. Ces deux principales causes créent les conditions dans lesquelles le populisme étend sa toile.

Il prend ainsi appui sur l’angoisse et les peurs généralisées pour dénoncer le premier des boucs émissaires, l’étranger. Cet étranger est aussi bien dans les individus des autres nations qui trouvent résidence sur le sol national que les pays étrangers qui menaceraient les valeurs et l’économie du pays.

Entre alors en jeu le charisme des individus les plus malins qui trouvent en cette opportunité la chance d’abrutir et de dominer les autres. Le populiste prendra toujours la forme de l’homme aux discours simples et offensifs. « L’ennemi, nous pouvons l’abattre, il ne tient qu’à nous de résister et de montrer nos muscles ». « Notre tradition est ancestrale et pure, notre moralité, notre religion et nos valeurs sont le socle de notre civilisation ». « Elle est menacée, il faut réagir, un avenir meilleur nous attend en revenant à la pureté de nos origines et de nos traditions nationales ». Voilà en résumé le discours du populiste.

La technique est toujours la même, brandir la menace externe et interne, faire peur et promettre ce que chacun veut entendre alors qu’il est dans le désarroi le plus profond. Aucun pays au monde n’est alors épargné et nous voyons bien que la maladie prospère en ce moment.

La contagion populiste en Europe

C’est probablement la contagion populiste en Europe qui est la plus inquiétante car on aurait cru que le terrible drame historique continental, pas si lointain que cela, aurait refroidi les velléités du discours populiste.

Il n’en est rien car, à l’exception de l’Espagne, la plupart des autres pays européens sont touchés par une poussée de fièvre. Et si les partis populistes de ces pays sont différents, ils ont tous les mêmes caractéristiques, anti-européens, anti-immigration et anti-islam. Nous avons vu que ce dernier aspect est actuellement le ciment essentiel dans la relation de tous les populismes de droite (pour les deux derniers points, l’extrémisme de gauche se différencie des mouvements nationalistes d’extrême droite).

En France, les derniers sondages placent le Front national en tête devant tous les partis avec plus d’un tiers des intentions de vote. Et si nous nous tournons à gauche, Jean-Luc Mélenchon, bien que très loin derrière est néanmoins une musique populiste aussi affirmée.

En Grande-Bretagne, les souverainistes eurosceptiques de UKIP (UK Independence Party) sont arrivés en tête aux dernières élections européennes. Au Danemark, le mouvement populiste représenté par le Parti populaire danois et le Mouvement contre l’Union européenne menace de très près les partis traditionnels. Il en est de même aux Pays-Bas avec le Parti pour la liberté ainsi qu’en Belgique avec le Vlaams Belang, une formation d’extrême droite virulente.

En Allemagne, un pays qui pourtant devrait se rappeler de la tragédie que fut le populisme nazi, le nouveau parti eurosceptique Alternative für Deutschland a réalisé des scores qui menacent la gauche traditionnelle. En Hongrie, l’extrême droite prospère de jour en jour. Quant à la Grèce, dont nous connaissons les grosses difficultés économiques et celles liées à l’afflux des migrants, le parti néo-nazi Aube dorée, d’obédience résolument nationaliste et raciste, a totalisé un score inespéré de  9 % lors des dernières élections.

Et si nous rajoutons la Russie de Poutine ainsi que les autres pays de l’Est européen, la montée des nationalismes montre sa puissante et fulgurante expansion.

Un populisme froid et lisse

Le populisme a plusieurs visages. Celui qui sévit en Europe s’est transformé en une nature beaucoup plus « lisse » que les formes anciennes dont nous étions habitués. Leurs dirigeants, tout au moins, sont le produit d’une éducation et d’une posture qui n’a rien à avoir avec celle des extrémistes de l’ancienne génération.

Ils se présentent comme des hommes respectables, souvent d’un bon niveau de culture et se gardent bien des grossièretés et de la violence verbale que nous percevons encore auprès de certains militants de base. C’est en réalité une approche beaucoup plus dangereuse car elle est sournoise et présente le visage de la respectabilité pour avancer masquée. Les populistes ne veulent plus renverser les institutions par la violence de la rue mais par les élections. Comme Hitler l’avait fait, ils veulent le cachet du pouvoir légal pour ne pas effrayer les masses moyennes de la population ni certaines élites qui les rejoignent parfois.

Ils n’ont plus rien en commun avec l’exemple de Maduro, président vénézuélien actuel qui insulte, vocifère et porte une casquette ridicule que le plus osé des hommes politiques n’oserait porter. Lorsqu’on regarde Maduro à la télévision, on a l’impression d’une bataille de vulgaires charretiers du XIXè siècle. Les nationalistes européens ont compris que des figures extravagantes comme Le Pen ne pouvaient les faire accéder au pouvoir. Il ont compris ce que sa propre fille a compris et qu’elle essaie de mettre en œuvre, soit la respectabilité électorale.

L’exception qui confirme la règle est cette de Donald Trump. Il est à lui seul une résurgence des clowns dangereux, comme le fut Mussolini en son temps. Mais d’une manière générale, en Europe comme dans la plupart des pays développés, les populismes essaient d’offrir un autre visage, plus présentable et non plus celui de l’ancien baroudeur, parachutiste et grossier.

Les lendemains douloureux

Là où le populisme a sévi, les lendemains ont été cruels pour les peuples qui ont adhéré à cette idéologie macabre. Les guerres, le sang répandu, la famine et les drames humanitaires ont toujours été le résultat des populismes et l’être humain retombe à chaque fois dans ce piège infernal.

Le populisme flatte les esprits, rassure et console. Il donne une impression de force collective qui soulèverait les montagnes. Il laisse espérer la réalisation de toutes les espérances et lorsqu’une d’entre elles se réalise, elle fait oublier que toutes les autres, pourtant fondamentales, sont loin d’avoir été satisfaites et même ont été annihilées. C’est le cas de toutes les libertés essentielles. Et lorsqu’il se réveille, il aura tout perdu, ses rêves et son honneur.

Toutes ces manipulations des masses sont aussi anciennes que l’être humain. Les algériens les ont connues et les connaissent encore. Elles font toujours recette au détriment de ceux qui se laissent berner par les raccourcis faciles et les idéologies absurdes. Au final, on s’aperçoit toujours que le manipulateur a agit pour ses propres intérêts ou ses basses pulsions, parfois maladivement hystériques.

Le scénario est toujours le même. Un jour, certains suivent aveuglément un homme moustachu, sec et sévère, au discours populiste qui vous parle de révolution, de socialisme, de la nation patriote et de je ne sais trop quoi. A ce moment de l’hypnose collective, ils ne ressentent même pas la douleur d’une privation de libertés. Et voilà qu’ils se réveillent réellement, quarante années après, avec leurs propres biens pillés et expatriés offshore par les amis et descendants politiques du grand gourou qui avait endormi les foules.

Le nationaliste proclame la nation mais jongle avec la corruption internationale. La religion détournée nous impose sa morale mystique mais ses adeptes déviants se gardent bien de la respecter. Tout cela est une très vielle arnaque, la plus ancienne du monde.

Mais l’homme s’y laisse à chaque fois prendre. Pendant des décennies, notre génération avait pensé qu’il ne s’agissait que d’un attrape nigaud pour gens illettrés. On avait oublié que les frustrations transcendaient les classes sociales et que l’instruction n’était qu’un rempart provisoire et bien fragile. Surtout lorsque l’intérêt financier s’y mêle.

SID LAKHDAR Boumédiene

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