Egypte: les efforts d’Al Azhar pour lutter contre l’extrémisme religieux

Egypte: les efforts d’Al Azhar pour lutter contre l’extrémisme religieux
©AP

Dans un immeuble en verre du siège d’Al Azhar, à quelques minutes du souk touristique du Caire, un nouvel open-space flambant neuf vient d’être équipé d’une cinquantaine d’ordinateurs. C’est l’observatoire de l’extrémisme, précise son directeur, Kamal Boraiqa Abdelasalm. Une centaine de chercheurs diplômés de l’université de théologie de l’institution, la plus influente du monde sunnite, s’y relaient sept jours sur sept. Ibrahim Sayed, maître-assistant au département francophone d’islamologie, est chargé de passer en revue des sites et revues « fondamentalistes ou salafistes qui peuvent dériver vers le djihadisme ».

Depuis la suppression de dizaines de milliers de comptes Twitter faisant l’apologie du terrorisme, cette propagande est a priori moins accessible aux novices. Pour Ibrahim, il suffit de taper sur son clavier des mots clés en arabe, comme « hakemeya ». Ce terme utilisé par une secte du Ier siècle désigne un régime de gouvernance s’appuyant sur le Coran pour gérer les affaires courantes des musulmans.

Des réponses sur Facebook, Twitter ou Youtube

En cliquant sur les premiers sites sélectionnés par son moteur de recherche, on découvre quelques pages qui appellent à la lutte armée au nom de l’islam. « Les islamistes utilisent ce terme pour attirer les jeunes parce qu’ils prétendent vouloir rétablir ce système politique. Ce mot, qu’ils ont pu entendre à la mosquée, déconnecté de son contexte historique, peut mener directement à Daech », explique le chercheur.

En s’appuyant sur les rapports d’Ibrahim et ses collègues, un comité de cheikhs est ensuite chargé de proposer des contre-argumentaires citant le Coran et les livres compilant les paroles du prophète Mahomet. « Celui qui tue un homme tue l’humanité entière », peuvent lire les 20 000 fans de la page Facebook de l’observatoire d’Al Azhar. La démonstration qui suit est traduite sur son site officiel en dix langues, dont le français, le chinois ou encore le swahili parlé en Afrique subsaharienne. Pour réfuter les thèses développées par le dernier magazine d’un groupe taliban pakistanais, deux Egyptiennes voilées, parlant couramment ourdou, twittent des versets encourageant la coexistence pacifique avec les chrétiens et juifs.

Marge de manœuvre limitée

La marge de manœuvre de ces vigies est néanmoins limitée sur les réseaux sociaux. Interdits d’interpeller et d’interagir avec des internautes attirés par les sites radicaux, ils espèrent que ceux qui se posent des questions sur l’islam vont tomber naturellement sur les sites d’Al Azhar. Dans les prochains mois, l’institution de formation d’imams du monde entier espère élargir son audience grâce à son futur studio de télévision, où devraient être enregistrées des vidéos Youtube plus pédagogiques.

Ces efforts d’Al Azhar sont « louables mais ont peu d’impact sur la population égyptienne », regrette Sherif Mohy Eddin, spécialiste des questions lutte contre le terrorisme à l’ONG Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR). Théoriquement indépendant du régime militaire, le Grand imam Ahmed el Tayeb fait « en réalité partie de l’Etat répressif qu’il soutient publiquement dans ses déclarations », poursuit le chercheur qui appelle à « une véritable séparation (entre Etat et religion, NdlR) et à une réforme radicale du discours religieux ».

Des chrétiens « égarés »

Dans les programmes de l’université azharie, le travail a commencé par l’expurgation de 500 pages controversées d’un manuel religieux. « Beaucoup de livres de primaire continuent néanmoins de qualifier les chrétiens d’‘égarés’ », pointe le père Amir Jaje qui anime des séminaires avec des étudiants en islamologie et l’Institut dominicain d’études orientales du Caire.

Les condamnations d’attentats anti-chrétiens par Al Azhar n’atteignent pas non plus les prisons, « pépinière de Daech », où ses militants sont « majoritaires et recrutent à tour de bras des jeunes torturés en colère contre la police », selon Kari, un ancien prisonnier libéré il y a quelques mois. Pour ce jeune de gauche, si Al Azhar veut endiguer l’extrémisme en Egypte, elle doit aussi exiger la libération des 60 000 prisonniers politiques.

 

REPORTAGE ARIANE LAVRILLEUX CORRESPONDANTE AU CAIRE

Source : lalibre.be

Sabrina Lallemand
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