Éducation : 20.01% d’enfants victimes d’un système défaillant, cet examen doit disparaître

Éducation : 20.01% d’enfants victimes d’un système défaillant, cet examen doit disparaître

Pendant que 79.99% des candidats inscrits à l’examen de cinquième réussissent à décrocher « le fameux sésame » qui va leur permettre d’accéder au cycle supérieur, 20.01% vont devoir attendre l’an prochain pour retenter leur chance. À défaut d’éliminer cette échéance, inutile, le ministère de l’éducation doit revoir sa copie et proposer un examen adapté aux besoins d’épanouissement de ces enfants.

Un coup dur à l’estime de soi

Quelques dizaines de milliers d’enfants d’à peine dix ans viennent de vivre leur premier échec scolaire. Les défenseurs de la vieille école vont certainement nous dire que c’est une bonne chose. C’est comme ça qu’ils vont apprendre à travailler dur pour obtenir de meilleurs notes.

Les enfants de cette âge ont besoin d’être encouragés. La priorité du système éducatif à ce niveau doit être le renforcement de l’estime de soi. Ils auront tout le temps pour intégrer la culture de la chasse aux notes durant les cycles suivants.

C’est au primaire que l’élève doit comprendre qu’il va à l’école pour s’épanouir, pour acquérir des compétences, et surtout pour construire une personnalité intègre qui sera mise au service de la société.

Comment expliquer à un enfant submergé par les youyous et les cris de joie des voisins qu’il n’a pas été à la hauteur ?

Non, contrairement à ce que l’on croit, un jeune de cet âge n’a pas besoin de ça pour améliorer ces résultats. La déception de ces proches ne va pas lui échapper, même si certains parents essaient de ne pas l’afficher.

Les adultes qui ont un minimum de pédagogie vont éviter de le culpabiliser, mais les enfants sont cruels entre eux. Ils ne vont pas manquer l’occasion de lui rappeler qu’il a échoué et ça risque d’avoir des répercussions sur le reste de son parcours s’il n’est pas suivi psychologiquement.

Former les enseignants pour déceler les compétences 

Les enseignants algériens sont « formés » pour décerné des notes au stylo rouge selon un barème préétabli, alors que leur mission doit se centrer sur l’accompagnement des enfants pour les aider à exprimer des talents propres à chacun d’eux.

Plusieurs pays développés ont déjà entamé leur marche vers l’abolition du système traditionnel pour le remplacer par une approche d’évaluation formative.

Pendant ce temps, l’Algérie instaure un système contre-productif qui accentue la frustration des élèves et l’impact des conditions socio-professionnelles des parents qui influencent leurs performances scolaires.

Comme s’il ne suffisait pas de leur imposer un examen discriminatoire, ceux qui réussissent à obtenir leur note de passage se retrouvent face à une autre source d’insatisfaction. La moyenne et la mention obtenue déclenchent des crises de larmes. Les élèves, qui ne vont plus à l’école pour s’instruire, en veulent toujours plus. Tout ce qui les intéresse c’est d’être devant leurs camarades dans le classement final.

C’est depuis le plus jeune âge que notre système éducatif commence la formation des fraudeurs au baccalauréat. Leur seul souci étant de s’asseoir sur les bancs de l’université, ils sont prêts à tout pour « réussir », et sans état d’âme.

Il est certainement plus qu’urgent de réfléchir à une nouvelle stratégie pour changer la relation qu’on a avec l’école qui doit retrouver sa vocation de lieu d’acquisition de valeurs et de savoir, pas un champ de bataille où le maître-mot est la performance.

S’il y a une chose par laquelle on devrait commencer la refonte de notre système éducatif, c’est certainement l’abolition du redoublement au primaire. Cette pratique désuète coûte cher au contribuable et porte atteinte à l’estime de soi de ces élèves qui sont en phase de construction de leur personnalité qui a plus besoin d’encouragements que de sanctions.

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Karim Arhab
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  • Zoubida Touimer
    13 juin 2016, 14 h 56 min

    Un grand merci pour cet article!! Il faut se mettre du côté de l’enfant comme le disait Alexander Sutherland Neil. Ce 20% d’échec (et l’examen sous-évalue très largement la réalité), c’est 100% d’échec du système scolaire. Non content d’échouer dans son propre cahier des charges (épanouissement, acquisition de compétences…) il assène un coup de grâce à ces petits anges qui ne demandent qu’à être heureux de vivre et d’apprendre dans la joie car ces à ça que les destinait à l’origine leur nature.
    "Les enfants sont cruels entre eux…". Les enfants ne sont pas cruels entre spontanément mais il le deviennent à cause d’une société soutenue à bras le corps par son propre système scolaire qui les transforme en coqs de combats incessamment dressés les uns contre les autres. Oui, il faut que les parents se réveillent et fassent que tout ça cesse!!!

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