Échec ou réussite au BAC : l’influence négative des parents

Échec ou réussite au BAC : l’influence négative des parents

Dans le cursus scolaire, les examens, d’une manière générale, et surtout permettant de passer d’un cycle à un autre, ou décrocher un diplôme, sont, avant tout, l’une des premières formes de demande de reconnaissance que fait un enfant à son entourage.

En clair, un individu travaille dur pour décrocher un titre, qui va lui conférer une place dans la société. La société algérienne a tellement sacralisé les diplômes, que c’est même devenu une partie de notre identité, au point où les gens se définissent par leur métier, leur diplôme, ou encore leur niveau d’études.

C’est pour cette raison, justement, que les gens se présentent souvent en disant : « je suis médecin… je suis le docteur X… je suis étudiant en … ». Cela revient à dire qu’« un individu sans diplômes n’est finalement personne !».

Notre personnalité se construit avec le regard qu’on porte sur soi, mais aussi par celui que nos proches, nos pairs, nos amis, ou nos collaborateurs portent sur nous. Le baccalauréat est ce fameux sésame qui permet de rejoindre un groupe restreints de personnes, qui est vu comme étant l’élite de la société. Cela procure un sentiment d’appartenance et la satisfaction d’être, enfin, « quelqu’un ».

La pression exercée sur l’élève est très importante, d’autant qu’en Algérie le succès et l’échec sont, souvent, une affaire familiale. C’est même « une question d’honneur » chez beaucoup de familles algériennes.

Imaginez, aussi, ce que peut ressentir un jeune de 17 ans qui risque de voir ses amis proches aller à l’université sans lui. C’est tout son système familial et personnel qui risque de voler en éclat.

Le jour du Bac, les connaissances et la personnalité de l’élève sont sur le banc des accusés. Il doit démontrer à la société et surtout à ses parents qu’il est « digne » de faire partie de leur clan.

Les parents algériens, par amour pour leurs enfants bien évidemment, veulent toujours en faire plus. J’entends beaucoup de parents dire : « on a tout fait pour lui… Il n’a jamais manqué de rien… On lui demande juste d’étudier », ou encore pire : « regarde le fils du voisin, il n’a même pas de bureau pour réviser et il a de meilleurs notes que toi ! ».

Cette façon « maladroite » d’exercer une pression sur un jeune qui en supporte déjà beaucoup, est, tout simplement « inutile ».

Les parents doivent être disponibles pour leur enfant, mais discrètement. Leur rôle est de lui offrir un environnement sain pour qu’il puisse se préparer sereinement pour le « jour J ». Les menaces, les avertissements, les sous-entendus, et même le fait de lui promettre un gros cadeau sont des facteurs d’aggravation du niveau de stress et du risque d’échec.

Pendant l’attente des résultats, surtout avec le site archaïque de l’ONEC, les parents doivent éviter les scènes de dramatisation. On a vu à la télévision des familles entières regroupées derrière un ordinateur dans l’attente des résultats. Un père confiait à une chaîne d’information : « moi je suis instruit, ma femme aussi, et je ne vous cache pas que j’attends qu’il ME ramène le bac et pas à avec n’importe quelle moyenne. On a tout mis à sa disposition et on veut des résultats ».

Le jeune qui entend ces propos de son père est confronté à un tourbillon d’émotions qui peut le mener jusqu’au suicide, s’il ne réussit pas à décrocher ce « fameux sésame ».

En écoutant certaines déclarations des candidats admis, force est de constater qu’ils dédient leur succès à leurs parents. C’est une bonne chose, certes, mais ces élèves perdent, entre temps, le sentiment de satisfaction et d’accomplissement personnel pour assouvir les désirs de leurs parent qui reprennent le mythe de l’enfant parfait, vécu comme une prolongation narcissique de soi.

Ils misent tout sur leurs enfants surtout quand ils sont insatisfaits de leur vie personnelle ou professionnelle.

Cette influence se prolonge, aussi, dans le choix de la spécialité à l’université. Les parents jouent un rôle important dans le choix qui est fait par un enfant, qui sera obligé, dans certains cas, de suivre et vivre avec un métier qu’il n’a pas choisi.

Le fait d’avoir refait les épreuves du Bac peut être à mon avis bénéfique pour ceux qui ont bien préparé leurs examens pendant les trois années passées au lycée et même avant. La majorité des candidats ont eu la chance de vivre l’expérience du baccalauréat dans des conditions réelles et cela permet d’évacuer le stress lié à l’attente de l’échéance.

Ils savent comment ça se passe et leur cerveau est nettement plus disponible à la deuxième épreuve. On peut dire que c’est un bon entraînement.

Les succès et les échecs des enfants ne sont pas ceux des parents, ils appartiennent aux enfants, et seulement aux enfants.

Safia Latmi

Docteur en psychologie, Montréal

 

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