Donner des antibiotiques au bétail bouleverse les microbes du sol

Donner des antibiotiques au bétail bouleverse les microbes du sol
© Pixabay/CC0

Des bactéries qui disparaissent ou au contraire se multiplient, stockent moins de carbone et deviennent résistantes aux antibiotiques… traiter les animaux d’élevage par ces médicaments a un impact considérable.

D’importants changements environnementaux sont induits par les quantités colossales d’antibiotiques que consomment les animaux d’élevage (650 tonnes annuelles en France). « C’est un sujet qui a été étonnamment peu étudié, car on a surtout étudié leur passage dans la viande et le lait », indique Michael Strickland, de l’Université de Virginia Tech, qui a conduit l’une des premières études sur la question.

Avec son équipe, il a fertilisé des prairies avec du fumier de bovins issus d’élevages donnant systématiquement des antibiotiques —une pratique plus commune aux USA qu’en France—, puis étudié les changements microbiologiques. Résultat ? De véritables bouleversements microbiens, certaines bactéries (par exemple les Firmicutes, fréquentes dans l’appareil digestif) augmentant leur effectif de 70%, d’autres disparaissant presque. Même les champignons, en principe insensibles aux antibiotiques, ont subi de considérables modifications.

La résistance aux antibiotiques augmente chez les bactéries terrestres

« Ce résultat est cohérent avec le fait connu que 50 à 95% des antibiotiques absorbés sont excrétés par les animaux vers l’environnement, et que les effets de ces substances sont très variables selon les microbes, commente le chercheur. Nous avons aussi constaté une multiplication par 5 du nombre de gènes résistants aux antibiotiques sur les parcelles qui avaient reçu le fumier, ce qui pourrait finir par poser des problèmes de santé humaine si ces gènes gagnaient des microbes virulents chez l’homme. » Fait étonnant, des gènes de résistance à des antibiotiques qui n’avaient pas été administrés ont augmenté également. « Peut-être que des champignons portant ces gènes sont devenus plus abondants ? » s’interroge Michael Strickland.

Les chercheurs ont enfin découvert que les microbes exposés aux antibiotiques sont plus stressés, ce qui se manifeste par une respiration accrue à poids égal. « Nous pensons que les microbes consomment plus d’énergie pour se défendre contre les antibiotiques, ce qui pourrait induire une plus grande consommation de carbone (pour produire cette énergie), et donc un moindre stockage dans le sol », raisonne le chercheur, qui souligne la nécessité de réduire toutes ces incertitudes par de nouveaux travaux.

 

Yves Sciama

Source: science&vie.com

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