Des dizaines de passagers musulmans touchés par le décret immigration de Trump

Des dizaines de passagers musulmans touchés par le décret immigration de Trump
AFP / Bryan R. Smith Manifestation de plusieurs milliers de personnes en soutien à des passagers bloqués à l'aéroport new-yorkais JFK le 28 janvier 2017

Des dizaines de passagers musulmans, soutenus par des défenseurs de droits civiques rapidement mobilisés, se sont retrouvés ce week-end affectés dans des aéroports par le décret sur l’immigration du président américain Donald Trump.

Les associations de défense des droits ont obtenu une première victoire avec le blocage partiel samedi soir par un juge d’expulsions des États-Unis de passagers originaires de sept pays visés par le décret américain (Irak, Iran, Yémen, Libye, Syrie, Soudan et Somalie).

« Il devient vraiment difficile de rester silencieux », résume Hanna Cowart, 21 ans, venue participer à l’aéroport new-yorkais JFK à une manifestation de plusieurs milliers de personnes en soutien à des passagers bloqués.

Le décret sur la « protection de la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux États-Unis » interdit pour 90 jours l’entrée aux États-Unis aux ressortissants des sept pays concernés, jugés à risque par Washington.

« Ça marche très bien. On le voit dans les aéroports, on le voit partout », s’est félicité samedi le président américain. Pour Donald Trump, la restriction de l’immigration est une priorité et il veut durcir les critères d’admission des réfugiés issus des pays ciblés.

L’application dès vendredi soir de son décret sur l’immigration a pris par surprise des personnes déjà dans un avion ou prêtes à embarquer. Des dizaines de passagers – entre 100 et 200, selon le quotidien New York Times – ont été interpellés à leur arrivée dans les aéroports américains et menacés d’expulsion.

– « Bienvenue chez vous » –

A JFK, deux parlementaires démocrates, Jerry Nadler et Nydia Velasquez, se sont joints samedi à des associations pour obtenir la libération d’un Irakien doté d’un visa et ayant travaillé pour le consulat américain d’Erbil, au Kurdistan irakien.

Au terme d’une journée de négociations avec les autorités, ce dernier est sorti de l’aéroport sous les acclamations de manifestants qui criaient « Bienvenue chez vous » ou « Les musulmans sont les bienvenus! »

AFP / Bryan R. SmithManifestation contre le décret sur l’immigration du président américain Donald Trump à l’aéroport new-yorkais JFK le 28 janvier 2017

Dès samedi matin, plusieurs associations dont la puissante Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) avaient attaqué en justice le décret sur l’immigration du nouveau président américain.

Ces associations le jugent discriminatoire et anticonstitutionnel, puisqu’il s’applique à des ressortissants disposant de papiers d’immigration en règle. Elles invoquent la Constitution pour estimer que toute mise en cause de leurs papiers ne peut être décidée arbitrairement par le gouvernement et nécessite une décision de justice.

Avec sa première décision bloquant les expulsions, la juge Ann Donnelly n’a pas tout réglé, a reconnu l’avocat de l’ACLU, Lee Gelernt. Une nouvelle audience est prévue en février. « L’important ce soir était que personne ne soit remis dans un avion », a souligné M. Gelernt.

Il a également indiqué que la juge avait ordonné au gouvernement de communiquer la liste de toutes les personnes interpellées dans les aéroports américains depuis vendredi soir. Cela devrait permettre aux associations de pouvoir se mobiliser pour toutes les personnes concernées, a-t-il précisé.

Une autre juge fédérale de Virginie (est) a annoncé une décision similaire, concernant cette fois les passagers interpellés à l’aéroport de Dulles, près de Washington, selon le quotidien The Charlotte Observer.

– Passagers refoulés –

A l’appel d’associations, plusieurs manifestations ont été signalées samedi dans des aéroports du pays, comme Chicago, Los Angeles, San Francisco, San Diego, Boston, Dallas, Denver ou Minneapolis.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnes ont au contraire salué les interpellations, illustration d’un pays très divisé depuis l’élection présidentielle.

L’application immédiate du décret a aussi des conséquences à l’étranger. A Téhéran, à Vienne, à Paris ou au Caire, des Iraniens et Irakiens notamment ont été empêchés samedi de prendre des vols à destination des États-Unis.

L’Iran, un des pays visés par le décret sur l’immigration et qui a décidé d’appliquer une mesure de réciprocité, a une nouvelle fois dénoncé dimanche une « discrimination ».

Ce décret « sera perçu dans l’histoire comme un grand cadeau aux extrémistes et à leurs protecteurs », a tweeté le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif.

En Europe, plusieurs pays dont la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, ont aussi critiqué la nouvelle approche américaine en matière d’immigration, la chancelière allemande Angela Merkel la jugeant « non justifiée ».

En Californie, la Silicon Valley, qui emploie des milliers d’immigrés, a aussi dénoncé le décret controversé. « Apple n’existerait pas sans l’immigration », a fustigé samedi son PDG Tim Cook, dans un document interne obtenu par l’AFP. Steve Jobs, le charismatique fondateur de la marque à la pomme, était fils d’un immigré syrien.

La mobilisation et les actions en justice laissent augurer un long bras de fer entre les défenseurs des immigrés et l’administration Trump.

« C’est la première salve d’une longue bataille devant les tribunaux », estime Michael Kagan, spécialiste du droit de l’immigration à l’Université du Nevada. Pour ce juriste, l’issue de cette bataille devant les tribunaux est incertaine car elle est « sans précédent dans l’histoire récente américaine ».

Tout dépendra de l’attitude des juges et pourrait remonter jusqu’à la Cour suprême, qui n’a pas eu à trancher sur des affaires d’immigration de ce type depuis la Loi sur l’exclusion des Chinois adoptée en 1882.

A l’époque, la loi avait interdit pendant plusieurs décennies l’entrée sur le territoire américain de tous les ressortissants chinois.

 

AFP

Sabrina Lallemand
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