Découverte : les bactéries se rient des antibiotiques !

Découverte : les bactéries se rient des antibiotiques !
© Dr Graham Beards via Wikicommons CC BY-SA 4.0

Une expérience de laboratoire vient de montrer que les bactéries s’adaptent si bien aux antibiotiques qu’elles peuvent « retourner » la situation : sous l’effet d’un traitement massif, elles se reproduisent et croissent plus rapidement.

Dans la guerre contre la résistance des bactéries aux antibiotiques, la recherche médicale va devoir ouvrir un nouveau front : des chercheurs britanniques viennent de montrer que les antibiotiques pouvaient également… booster la vitesse de reproduction des bactéries et augmenter la taille de ses colonies.

Un résultat paradoxal qui sonne comme un défi de santé publique. Il met en lumière un phénomène inquiétant, mais qui résulte de stratégies de survie mises en place durant l’évolution chez de nombreuses espèces.

Les stratégies K et r

En effet, l’évolution suit souvent le principe du « compromis » avec l’environnement. En fonction de la stabilité de ce dernier, les espèces évoluent suivant deux stratégies générales : si l’environnement est stable, elles favorisent une croissance lente, une maturité sexuelle tardive, une durée de vie longue, un faible taux de reproduction – puisque la stabilité diminue les risques de surmortalité. C’est la « stratégie K ».

Mais si l’environnement devient instable, l’espèce peut acquérir au fil des générations le comportement inverse : croissance rapide, maturité sexuelle précoce, durée de vie courte, fort taux de reproduction et une colonie très grande – saturant ainsi l’espace pour parer au risque d’extinction. C’est la « stratégie r ». Ce type de changement a un coût, la perte de certaines capacités.

Un remède pire que le mal

Or les chercheurs ont montré que chez les bactéries Escherichia coli déjà résistantes – responsables chez l’homme de graves maux d’estomac, de diarrhée et d’insuffisance rénale – , l’espèce change de stratégie en quelques jours face à des attaques massifs d’antibiotiques : de K elles passent à r, se multipliant à grande vitesse et augmentant la taille de ses colonies…

Durant 4 jours en effet une colonie d’E. coli résistante à la tétracycline a subi 8 attaques (toutes les 12 heures) de doxycycline avec pour résultat (attendu) l’augmentation de sa résistance. Mais les chercheurs ont observé un 2e phénomène, inattendu celui-là : la colonie a triplé de taille. Et même en retirant l’antibiotique du milieu de culture, les bactéries ont gardé cet avantage.

Un coût malgré tout

L’analyse génétique des mutantes, 60e génération depuis le début de la manip, a révélé, outre les changements liés à la résistance, la perte d’un fragment d’ADN codant un génome viral présent dans le patrimoine d’E. coli (avant l’expérience) : celui-ci est responsable de… l’autodestruction de la bactérie.

Un suicide de masse programmé utile à la colonie : il crée un milieu de culture, un « biofilm », lui permettant de coloniser des surfaces (comme l’intérieur du siphon d’un lavabo).

Gare à la résistance !

Tel est donc le coût évolutif de la transition K vers r des bactéries E. coli : la perte de la capacité collective à former un biofilm, donc une diminution du nombre de ses habitats potentiels.

Mais cette perte ne rassure en rien les chercheurs, qui concluent leur article en alertant sur le fléau de l’abus d’antibiotiques lequel prépare le terrain à ces nouvelles bactéries ultra-résistantes.

 

 

Roman Ikonicoff

Source: science&vie.com

Samia Fali
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