France : Crèches dans les mairies, les musulmans s’en fichent !

France : Crèches dans les mairies, les musulmans s’en fichent !

Un bœuf, un âne et un petit enfant dans une étable, exposés dans des mairies et voilà la guerre des religions qui repart. Vraiment ? Non, absolument pas, les musulmans n’ont rien à avoir avec ce débat qui leur passe au-dessus de la tête. Certes, le questionnement sur la laïcité en France est dans une phase très aiguë, mais il y a assez à faire avec d’autres grands défis que celui des crèches dans les mairies.

L’auteur de cet article est profondément athée et laïc, une liberté que nulle religion n’interdit d’ailleurs (et encore moins le droit républicain).

Cependant, il n’a cessé de publier dans la presse algérienne son opposition à tous les coups de bouttoir assénés aux musulmans de France sous le couvert d’une laïcité qui semble avoir des interprétations contestables. De l’affaire du foulard jusqu’à celle du burkini, son exaspération est grande de constater la manipulation de la loi de 1905 à laquelle il adhère mais n’a pas exactement la même lecture que certains.

Les musulmans de France ont toujours vécu, comme leurs parents dans le pays d’origine, dans une société qui était ponctuée d’une temporalité festive et environnée d’architecture et de coutumes dont ils ne perçoivent même plus la signification religieuse. Beaucoup de musulmans fêtent le 25 décembre, mangent de la dinde et offrent des jouets à leurs enfants comme les Iraniens continuent de célébrer l’arrivée du printemps au nom d’un passé pré-islamique auquel ils n’ont vraiment pas une sympathie déclarée.

Aucun musulman, si ce n’est quelques rares sectaires, n’a demandé la destruction de la Basilique de St Denis, de la cathédrale Notre Dame de Paris, de Reims ou d’ailleurs. Pas plus qu’il n’exige l’arrêt du financement d’œuvres architecturales qui est une part d’un passé que nul ne veut remettre en cause. Il ne viendrait d’ailleurs à l’esprit d’aucun catholique européen censé de détruire les traces de l’Alhambra de Grenade ou les vestiges musulmans de Cordoue. De même, aucun oranais n’admettrait que l’on intente à l’intégrité de Santa Cruz sans que cela soit perçu comme un déchirement de l’âme profonde de la ville.

Bien entendu, si certains faibles d’esprit, anciens délinquants, n’étaient pas allés se mettre dans le cerveau (la nature a horreur du vide) le projet d’égorger des êtres humains et imposer un esclavage barbare aux femmes pour leur fantasme psychiatrique inassouvi, nous n’en serions pas là. Mais cette crise extraordinairement éruptive et dangereuse de gamins que nous avions, pour certains, eu en classe, ne doit pas nous dévier du sens de la mesure.

Ces barbares n’ont aucune chance d’aboutir à quoi que ce soit avec le projet démentiel qui est dans leur tête. Pour la plupart, les enseignants qui les ont côtoyés le savent, ne font même pas la différence entre le huitième siècle musulman et l’époque de Napoléon, de Platon ou de la souris Mickey. C’est dire qu’ils n’ont aucune chance de nous imposer une lecture déviante et menaçante de textes dont ils ne comprennent pas le moindre mot si ce n’est de les ânonner.

Nous faisons face à un vaste problème d’écroulement de l’éducation nationale, pas de religion. Et nous prenons une part grande de responsabilité dans cet effroyable échec. L’affaire est identique, à des degrés différents, pour les deux rives de la Méditerranée. Alors, pourquoi s’embarquer dans cette vaste guerre de religion qui n’en est pas une puisque le principe de laïcité avait tout réglé juridiquement et dans les esprits ? L’écrasante majorité des musulmans de France n’a jamais fait part de son sentiment sur les crèches dans les mairies sauf à se demander pourquoi la manifestation de leur propre culture est écartée, ce que nous verrons plus loin.

Examinons tout d’abord la nouvelle montée de fièvre que représente cette affaire dont nous venons de prendre connaissance des attendus du rapporteur auprès du Conseil d’État. Puis nous reviendrons, encore et toujours, sur la mauvaise interprétation de la laïcité avant de terminer par les vrais enjeux qui nous attendent pour l’avenir.

Les crèches et la réponse du droit

Ce ne sont absolument pas des organisations musulmanes qui ont porté l’affaire devant les tribunaux mais la Fédération Nationale des Libres Penseurs (FNLP), ce qui est déjà une précision importante à noter pour notre analyse.

Les tribunaux ont rendu deux décisions contradictoires, l’une concernant la mairie de Melun, l’autre le Conseil général de Vendée. La Cour d’appel de Nantes a validé la décision d’installation de la crèche par le Conseil général de Vendée alors que celle de Paris a refusé d’accorder le bon droit à l’installation dans la mairie de Melun. L’affaire est portée auprès du Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative du pays, qui devra se prononcer pour dire le droit dans cette histoire.

La décision est attendue dans plusieurs semaines mais rarement la haute juridiction n’est allée dans le sens inverse du rapporteur public. Aurélie Bretonneau recommande au Conseil d’autoriser, sous conditions, l’installation des crèches. Pour le rapporteur, il y a infraction au fameux article 28 de la loi du 9 décembre 1905 que si le principe de neutralité n’est pas respecté, c’est à dire en cas de prosélytisme religieux. Et de rajouter deux autres conditions que sont le caractère temporaire de l’exposition et celui d’une manifestation purement culturelle et festive.

Les avocats de la personne qui avait défendu son droit de porter le burkini devraient se réjouir de cette décision car le port de l’habit avait une raison purement culturelle et non de prosélytisme. Il faut cependant rappeler que l’argument juridique défendu auprès des tribunaux pour justifier les arrêtés d’interdiction ne portaient pas sur le burkini mais sur le risque de « trouble à l’ordre public ». Nous voyons ainsi les chemins tortueux que prennent ces décisions pour éviter l’écueil de la non conformité avec la loi de 1905 et surtout, avec le texte suprême de la constitution.

Nous verrons donc ce qu’il adviendra avec la décision finale des juges car le suivi des recommandations, s’il est majoritairement constaté, n’est néanmoins pas systématique. Revenons au texte de l’article 28 de la loi de 1095, celui-ci est clair dans ses stipulations car il interdit la place de la religion dans un édifice public.

Oui, mais la question reste entière car il s’agit dans un second temps de déterminer le caractère de la crèche. La logique première est de dire qu’elle est une référence directe et sans ambiguïté à la religion catholique, c’est incontestable. Pourtant, la vraie question qui s’est imposée dans les débats postérieurs à la loi est de distinguer la frontière de ce qui est cultuel et de ce qui devient « cultuel ». Beaucoup se sont positionnés sur une interprétation pacifique de la loi au lieu d’en faire le juge de paix contre toute trace de la religion dans les manifestations publiques, ce qui est loin d’apaiser une société dans son lien avec son histoire et ses coutumes.

Et c’est justement cette limite qu’il faut maintenant analyser car ceux qui brandissent un peu trop souvent la loi de 1905 n’ont pas exactement compris ses objectifs et son esprit en s’arc-boutant sur la lettre du texte. La majorité des musulmans n’ont jamais demandé une interprétation figée du texte car ils savent, d’une part, que c’est un peu trop facilement opposé au détriment de leur droit. D’autre part, comme nous l’avons déjà précisé, ils ont toujours vécu, dans leur pays d’origine comme en France, environnés des symboles des autres religions dont ils n’ont jamais imaginé qu’ils étaient cultuels mais tout à fait culturels à leurs yeux.

Une interprétation erronée de la laïcité

Nous l’avons tellement répété et, particulièrement dans les colonnes des journaux algériens, la laïcité n’est pas la négation de la religion. Au contraire, son but est de protéger les intérêts de chacune d’elles et la liberté des croyances individuelles. Elle organise tout simplement une neutralité au niveau des institutions publiques et de ses édifices (administrations, écoles, tribunaux, parlement…).

Cette précaution est sage car comment empêcher la suprématie autoritaire des uns sur les autres ? Il en a été ainsi lorsqu’il s’est agi du rapport de la religion catholique avec les protestants ou les juifs. Il en sera inévitablement ainsi puisqu’il s’agit maintenant du tour de la religion musulmane. Les laïcs sont tout à fait ouverts aux religions dès lors qu’il y a neutralité dans la sphère publique. Et «sphère publique» ne veut pas dire «endroit public» comme on veut bien nous le faire croire pour la plage, l’université, un moyen de transport ou une salle de spectacle. La seule exception que les laïcs ont accepté et soutenu est l’interdiction du signe ostentatoire à l’école pour des raisons évidentes tenant à la particularité du public et du sens fédérateur de l’institution fondamentale de la république.

La démocratie est un acte très difficile et il en coûte beaucoup à l’auteur de l’article d’avoir cette position mesurée. S’il devait écouter ses sentiments profonds, la force de ses réactions serait étonnamment contradictoire avec ses propos. Mais la vie en société et la règle humaniste et démocratique est de taire ses pulsions intimes afin d’aller à la rencontre des autres et de défendre leurs droits comme s’il étaient les siens.

Dépassons l’insignifiant, les défis sont ailleurs

Pour autant, il ne faut surtout pas se le cacher, la France se trouve face à un questionnement lourd auquel il faudra répondre. L’intégration n’est pas tout à fait une réussite et les derniers événements de nos intellectuels djihadistes ne sont pas pour arranger les choses. La France s’interroge, elle a peur et on la comprend.

C’est la raison pour laquelle nous perdons notre temps avec ces histoires de bouts de tissus portés sur une plage ou de crèche exposée dans une mairie. Le défi est bien plus grand et plus lourd et il faut s’y atteler en commençant par une réorganisation totale de l’éducation nationale, dans ses objectifs comme dans ses règles internes.

Et puis, il faudra que la France affronte ce qu’elle n’avait jamais imaginé jusqu’à présent, soit un concordat sérieux et pérenne avec les musulmans. Et au premier rang des conditions, revoir de fond en comble les systèmes de représentation ainsi que les financements et les formations provenant de pays étrangers. L’histoire des religions en Europe est parallèle aux histoires des nombreux concordats qui ont pris naissance, avec plus ou moins de réussite, mais toujours en calmant les esprits et en ayant pour conséquence de tourner la page.

Le concordat n’est pas simple car la religion catholique avait obtenu des aménagements de la part de la république laïque lorsqu’elle était seule, ou presque, à régner sur les consciences religieuses. Mais si nous nous plaçons dans un point de vue historique plus long, l’affaire n’est pas insurmontable. Ce sont des petits détails, parfois insignifiants mais tellement créateurs de frustration comme les fêtes musulmanes, la possibilité de se rendre à la mosquée un vendredi, la réglementation de la viande hallal et un certains nombre d’autres choses qui ne sont, franchement pas, dans l’ordre des bouleversements de l’humanité.

La seconde génération de musulmans en France n’a pas de chance, elle a été confrontée à un effondrement de l’éducation nationale, à un laxisme qui a été un désastre pour elle-même et son avenir. Et pour couronner le tout, une situation économique qui n’a pas favorisé l’absorption de tous ces problèmes par un climat plus apaisé.

Il est certain que les imbéciles qui ont voulu terroriser le monde entier avec une interprétation faussée de l’Islam a rendu la situation transitoire encore plus difficile. Ils sont au bout de leur fuite en avant macabre, la majorité écrasante des musulmans de France a compris qu’elle voulait tout simplement une place dans la citoyenneté, comme les autres composantes du pays.

La crèche dans les mairies, ils s’en contrefichent comme ils se désintéresseront un jour prochain de ce qu’ils ont cru être leur identité profonde (ou plutôt mal interprétée) alors qu’ils ne demandaient qu’à être des citoyens à part entière d’un pays qui est désormais le leur.

SID LAKHDAR Boumédiene

Enseignant

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