Contraception: il n’y a pas que la pilule

Contraception: il n’y a pas que la pilule
ILLUSTRATION LA PRESSE

AMÉLIE CLÉROUX

Collaboration spéciale

La Presse

Les femmes choisissent souvent leur méthode de contraception à l’adolescence. S’il n’y a pas de complications ou d’effets secondaires importants, elles remettent rarement ce choix en question. Pourtant, elles le devraient.

DES BESOINS QUI ÉVOLUENT

Opter pour un contraceptif n’a pas à être le choix d’une vie. Il devrait plutôt s’adapter et évoluer selon notre mode de vie.

«Il n’y a pas de problème à passer d’un moyen hormonal à un moyen dit « barrière » à quelques reprises au fil des années pour l’adapter à sa situation, souligne Isabelle Tardif, coordonnatrice clinique au Centre de santé des femmes de Montréal. C’est même un cheminement normal.»

Toutefois, les risques – rares – d’effets secondaires graves liés aux méthodes hormonales sont plus élevés les trois premiers mois d’utilisation. Ainsi, arrêter et recommencer la pilule contraceptive, par exemple, ne sera pas mis de l’avant par un professionnel de la santé, explique celle qui est aussi infirmière clinicienne.

Selon Isabelle Tardif, les femmes sont celles qui connaissent le mieux leur corps, les risques qu’elles sont prêtes à prendre et le potentiel de tomber enceinte.

Le pourcentage d’efficacité de plusieurs moyens de contraception varie d’ailleurs très peu. Selon Isabelle Tardif, il vaut mieux choisir une méthode un peu moins efficace en théorie que d’en utiliser une de la mauvaise manière. D’où la nécessité de s’informer sur des questions qui ne seraient peut-être jamais abordées par son médecin. Un mode de vie instable ou des voyages répétitifs ne riment pas toujours avec une utilisation rigoureuse et quotidienne, par exemple.

Source de stress

Pour Joanny Daigneault, les oublis fréquents de la prise de la pilule l’ont forcée à changer de moyen de contraception.

«Mon rythme de vie était changeant, je passais souvent tout droit. C’était une source de stress de toujours penser à apporter ma pilule.»

L’enseignante de français au secondaire est ensuite passée au timbre, une méthode qui lui paraissait moins contraignante. Mince amélioration: il y avait les oublis, mais le timbre décollait aussi régulièrement de sa peau. «Je pouvais avoir mes règles pendant deux semaines si je l’oubliais ou qu’il décollait sans que je m’en rende compte. C’était chose fréquente», confie-t-elle.

La prochaine étape pour la jeune femme de 27 ans : le stérilet en cuivre. «Je suis rendue là dans ma vie, mais c’est assez intimidant. Je ne pense pas que j’aurais été prête à ça plus jeune, surtout qu’on en parlait beaucoup moins qu’aujourd’hui.» Du même coup, elle veut prendre une pause des méthodes hormonales. «J’ai envie de donner une pause à mon corps et de reprendre un cycle naturel.»

Ces propos font écho à ceux de Marianne Desautels-Marissal, qui a choisi ce même dispositif intra-utérin pour se reconnecter avec son corps. Elle l’a finalement retiré au bout de longs mois de souffrances intolérables lors des menstruations. Avant lui, un stérilet avec hormones avait été un excellent allié pendant cinq ans, remplaçant à son tour la pilule contraceptive prise du début de l’adolescence jusqu’à la mi-vingtaine. La femme de 33 ans est en réflexion avec son conjoint : anneau vaginal, retour au stérilet hormonal, vasectomie? «Avec la contraception, c’est toujours la solution la moins pire, et plus souvent un fardeau pour la femme, et ce, même si mon conjoint est très sensibilisé», déplore-t-elle. En attendant, c’est le retour aux condoms.

Une affaire de femmes?

La sexologue et psychothérapeute Sylvie Lavallée indique d’ailleurs que la contraception est un enjeu de l’épanouissement sexuel chez beaucoup de couples. Le condom masculin, reconnu pour protéger des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), est associé aux hommes. Pour éviter une grossesse, il est souvent tenu pour acquis que la contraception est la responsabilité de la femme. «Jusque-là, c’est plutôt partagé, mais quand on décide de cesser l’utilisation du condom, un gros déséquilibre s’installe», soutient-elle.

Selon l’auteure du livre Êtes-vous en santé sexuelle?, la perte de désir chez une femme cache souvent une déception ou de l’amertume face à son conjoint qui sous-estime la charge financière, émotionnelle et physique de la contraception. Ce peut être le cas si ce dernier refuse la vasectomie, par exemple. «Elle sent qu’elle a tellement fait de sacrifices avec les effets secondaires du moyen de contraception, l’angoisse de la grossesse non désirée, puis peut-être les grossesses, les accouchements, l’allaitement. Elle voudrait que ce soit au tour de l’autre.»

Quand la santé s’en mêle

Myriam Daguzan Bernier a une situation particulière, mais pas unique. Toute sa vie, la journaliste et étudiante en sexologie a souffert d’énormes douleurs menstruelles, en plus de faiblesse accentuée par ses problèmes d’anémie. Les symptômes liés aux hormones de la pilule contraceptive se sont révélés invivables: migraines avec aura, nausées, étourdissements. «Rien ne fonctionnait. Avec le timbre, j’ai passé un mois entier avec le corps tout enflé», ajoute la femme de 38 ans. La méthode du dispositif intra-utérin n’était donc pas une chose qu’elle souhaitait essayer, qu’il soit hormonal ou en cuivre. Les condoms sans latex sont l’unique possibilité pour sa situation, ce qui est tout sauf pratique et spontané pour la vie sexuelle de son couple.

Pour plusieurs femmes, le constat est clair: la méthode parfaite n’existe pas. Elles ont toutes des effets secondaires ou des désavantages à l’usage.

«Il n’y a pas UNE bonne méthode, c’est à chaque individu de choisir celle qui lui convient», résume Isabelle Tardif.

La pilule du lendemain: entre mythe et tabou

«La pilule du lendemain n’est pas une méthode de contraception, mais ce n’est pas non plus une méthode d’avortement puisque l’on empêche la fécondation», explique Isabelle Tardif. C’est une piste de secours, idéale dans les 24 heures suivant une relation sexuelle à risque. De plus, elle n’est plus ce qu’elle était. «C’est faux de penser que l’on est super malade et que ça endommage son corps. Il ne faut pas banaliser son usage, mais c’est important de le savoir.»

Le pourcentage d'efficacité de plusieurs moyens de contraception... (Photo Carlo Allegri, Archives Reuters) - image 2.0

Le pourcentage d’efficacité de plusieurs moyens de contraception varie très peu. Selon les experts, il vaut mieux choisir une méthode un peu moins efficace en théorie que d’en utiliser une de la mauvaise manière.

PHOTO CARLO ALLEGRI, ARCHIVES REUTERS

LES DIFFÉRENTS MOYENS DE CONTRACEPTION

Comment trouver le contraceptif idéal en fonction de ses besoins? Coup d’oeil sur les principaux moyens de contraception.

Les contraceptifs hormonaux combinés

Les plus

Obtention facile et sans examen gynécologique; réduisent généralement les symptômes liés aux règles.

Les moins

Demandent parfois une période d’essais et erreurs pour trouver la bonne combinaison d’hormones et peuvent causer certains effets secondaires ; comportent un poids économique à long terme.

Pourquoi pas?

Partager les coûts mensuels avec son conjoint. Après tout, le risque de conception se fait à deux.

Les exemples

> Pilule contraceptive

«La majorité des femmes qui l’utilisent sont satisfaites et n’ont pas d’effets secondaires qui nuisent à leur qualité de vie», rappelle Isabelle Tardif, du Centre de santé des femmes de Montréal.

Idéale si: On a un mode de vie stable et qu’on est apte à s’instaurer une routine.

> Timbre

Solution de rechange intéressante à la rigueur quotidienne de la pilule et simple d’utilisation.

Idéal si: On a la discipline pour le changement de timbre chaque semaine.

> Anneau vaginal

«C’est méconnu, mais c’est plus simple à installer qu’une coupe menstruelle et c’est très efficace», lance Isabelle Tardif.

Idéal si: On a un quotidien changeant, mais la discipline de faire son suivi mensuel. On est un tant soit peu à l’aise avec son corps (utilisation du tampon ou de la coupe menstruelle, par exemple).

Les dispositifs intra-utérins

Les plus

Durée de cinq ans en moyenne; généralement économiques à long terme.

Les moins

Méthode plus invasive et installation parfois douloureuse qui demande un spécialiste; risque accru de complication (infection pelvienne) en contractant une ITSS.

Pourquoi pas?

C’est un moyen tout indiqué si on a un mode de vie instable (nomadisme, voyages).

Exemples

> Stérilet hormonal (progestatif)

C’est le moyen le plus efficace de tous; peut causer des effets secondaires liés à l’hormone progestative.

Idéal si: On souhaite du même coup diminuer les symptômes liés aux règles (résultats dans la plupart des cas).

> Stérilet de cuivre

Il est presque aussi efficace et permet de continuer d’ovuler.

Idéal si: On veut retrouver son cycle hormonal et menstruel naturel ou même sa libido. On n’a ni trop de douleur ni un flux trop abondant lors des menstruations, car il accentue ces symptômes dans la grande majorité des cas (parfois transitoire).

Et les méthodes barrières?

Ce qu’en dit Isabelle Tardif, coordonnatrice clinique au Centre de santé des femmes de Montréal.

> Le condom externe (ou masculin)

«C’est LA solution pour se protéger des ITSS et du VIH, mais il est aussi assez efficace comme moyen de contraception complémentaire, épisodique ou quand on n’a pas d’autres options.»

> Le condom interne ou le condom féminin

«Dans la réalité: bonne chance pour en dénicher.»

> Le diaphragme, combiné à un gel contraceptif

«Soyons francs, c’est une méthode assez complexe et contraignante que l’on recommande surtout aux couples stables. Elle s’adresse surtout aux personnes pour qui les autres moyens ne fonctionnent pas et qui veulent une protection de plus au condom.»

Sabrina Lallemand
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